Du machinique et du vivant à La Réserve
La Réserve, lieu de stockage d’?uvres d’art situé à 70 kilomètres de Paris, est pour la galerie Xippas un terrain d’expérimentations. L’exposition qui y est organisée actuellement par Régis Durand rassemble, sur le thème de la machine, des ?uvres d’artistes défendus par plusieurs galeries parisiennes.
Il était donc osé, pour ce faire, d’organiser une exposition dans un lieu situé à 70 kilomètres de Paris, dans une zone artisanale au charme peu pittoresque, ouvert trois jours par semaine. Pourtant la manifestation vaut le voyage, tant pour la rigueur scientifique de la réflexion menée par Régis Durand, commissaire de l’exposition, que pour la qualité des œuvres. Les rapports entre l’art et la machine imprègnent l’imaginaire des artistes depuis la Renaissance, des projets utopistes de Léonard de Vinci jusqu’au Cloaca de Wim Delvoye. Ne se bornant pas au strict thème de la machine dans l’art, Régis Durand aborde le sujet du « machinique » dans une conception élargie aux notions de « programme, interface et dispositif », telles qu’il les a repérées dans l’art contemporain. Tout ce qui, finalement, est antérieur à l’œuvre et suppose de la part de l’artiste une mise en œuvre, le déclenchement d’un processus, la fécondation du matériau par l’idée.
Avant d’être programmatique, le « machinique » est, dès les débuts du XXe siècle, avec les futuristes et Dada, un concept esthétique. La machine fascine par sa beauté plastique. C’est à la photographie que Régis Durand a choisi de confier le rôle de la révélation de cette beauté, en sélectionnant notamment un all-over acidulé d’une chaîne de montage Toyota par Stéphane Couturier (Melting Point Toyota #6, 2005), ou un fascinant gros plan sur le barillet d’un 44 Magnum par Andres Serrano (Virginia Dragoon 44 Magnum, 1992).
De manière obsessionnelle, la notion de machine est, dans l’exposition, synonyme de violence. Deimantas Narkevicius évoque la violence sociale dans la vidéo Energy Lithuania (2000), où est décrite une industrie annihilant l’homme. Fonctionnant en cercle clos, le jeu vidéo et le Drone (2005-2006) d’Ultralab, illustrations du dispositif de guerre, fonctionnent comme des interfaces virtuelles entre l’homme et la réalité : la machine est ici ce qui lie l’homme au monde et à sa représentation.
Pour d’autres, le délire machinique génère l’absurde : ainsi suit-on avec délice le mouvement perpétuel des deux chiens robots Aïbos reprogrammés par Stéphane Sautour (Fight Club, 2002), ou l’absurde ballet virtuel de la vidéo I Dance (2007) de Pierre Giner. Du décalage surgit la poésie, comme dans les œuvres les plus technicistes de Marcel Duchamp : Eric Duyckaerts, dans sa Conférence sur la main (1993), devient lui-même une machine à parole, lancée sans but dans la production de sens, tandis que Céleste Boursier-Mougenot, provoquant la rencontre sonore d’assiettes en porcelaine dans une piscine de jardin (Untitled (series V), 2007), amène à réfléchir sur la poésie de l’aléatoire. Concluant de manière lumineuse l’exposition, l’installation aux néons Journey (2007), du Danois Nikolaj Bendix Skyum Larsen, réitère le rêve de l’homme volant de Léonard de Vinci. L’œuvre accomplit le retour de la machine à l’humain, de l’idée à sa matérialisation.
Du machinique et du vivant, du 7 octobre au 12 janvier, La Réserve, route de Paris, Zone d’activité Le Chemin de Mantes, Horizon 2000, Bat. 3, Pacy-sur-Eure.
Ouverture au public : vendredi à dimanche de 14h à 18h et sur RDV (01 40 27 05 55).
(Lire sur notre site : http://www.mouvement.net/index.php?idStarter=203033)
Artiste(s) :
Magali Lesauvage rédacteur
Agenda :
du 07/10/2007 00:00 au 12/01/2008 00:00
La Réserve
route de Paris, Zone d’activité Le Chemin de Mantes, Horizon 2000, Bat. 3, Pacy-sur-Eure
01 40 27 05 55
Publié le 17/10/2007 00:00
Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)