Deleuze, reviens, le pouvoir les rend fous !

L’édito de Jean-Marc Adolphe

Sarkozy veut remettre la France en mouvement. Pour ça, il avait besoin d’une (belle) âme. C’est Frédéric Mitterrand qui s’y colle, avec entre autres missions, « un contrôle plus appuyé des scènes subventionnées. »

Pardon. Ce sera un édito à la va-vite. De Montpellier où je suis arrivé hier, à temps pour découvrir El Final de este estado de cosas, Redux, une pièce prodigieusement inouïe d’Israel Galván, qui trace sa voie dans les sentes buissonnières de l’apocalypse. Bon, on en reparlera, pour sûr.
Là, je dois faire vite, quitte à oublier en chemin (provisoirement) beaucoup des choses que je voulais dire. Allons à l’essentiel – même si l’essentiel est très largement ailleurs. Comme chacun sait, la semaine écoulée a connu un remaniement ministériel (mais pas un remaniement politique !) qui voit arriver au ministère de la Culture un nouveau fou du roi, Frédéric Mitterrand. Ici même, voici environ un an, j’avais annoncé que Christine Albanel s’apprêtait à demander l’asile politique à Rome, avec pension de retraite à la Villa Médicis. Il lui a fallu tout ce temps pour faire ses valises, mais désormais la voie est libre. Arrivederci !

Avant d’en venir à Frédéric Mitterrand, arrêtons-nous un instant sur le Congrès réuni par Nicolas Sarkozy à Versailles… Dans le rôle du Roi Soleil (ou plutôt, du roitelet aux lunettes de soleil), Sarkozy avait, paraît-il, des annonces fracassantes à faire. Mais la plume s’émoustille. Car rien de ce qui fut dit à Versailles n’avait de quoi mobiliser un tel faste. Sauf une chose : Nicolas Sarkozy a une ambition : « Remettre la France en mouvement. » Que diable ! Sacrée prétention. Il n’a pas précisé, au demeurant, comment il allait s’y prendre pour la mettre en mouvement, cette France pataude et immobile. A coups de fouet ? Ou de baguette magique ?
Ici, forcément, on en connaît un rayon, en matière de « mouvement. » Et si on avait un conseil à donner au président de la République, ce serait de relire Gilles Deleuze (ou tout simplement, de le lire, vu qu’il ne connaît certainement pas). Dans ses cours de 1986-1987, le philosophe disait notamment ceci, qu’il serait bon de méditer :

« L’acte présent ne peut être parfait qu’à condition que son propre mouvement ait une unité. Ce qui définit la perfection de l’acte, ce n’est pas qu’il soit fait, c’est que le mouvement par lequel il se fait ait une unité. Il faut une unité du mouvement en train de se faire. Et bien voilà… Qu’est-ce qui donne à un mouvement de l’unité ? Le mouvement par lui-même ? Non. C’est un pur relatif. Relativité du mouvement. Ce qui donne une unité au mouvement, c’est l’âme. C’est l’âme du mouvement. Seule l’âme est l’unité du mouvement. (…) Qu’est-ce que l’acte parfait ? L’acte parfait, c’est l’acte qui reçoit de l’âme qu’il inclut l’unité d’un mouvement en train de se faire. C’est vous dire à quel point l’acte parfait n’est pas l’acte une fois fait. C’est le contraire. C’est l’acte présent. D’où nouvelle définition de l’acte libre… Je disais, l’acte libre, c’est l’acte qui exprime le moi, c’est-à-dire qui exprime l’âme dans toute son amplitude à un moment de la durée, et je dis maintenant : l’acte libre, c’est celui qui reçoit de l’âme qu’il inclut – et c’est l’acte présent qui l’inclut présentement – l’unité d’un mouvement en train de se faire. »

Bon. Pour l’âme (la « culture »), Sarkozy s’en est donc allé dénicher un Mitterrand (Frédéric), que tous les médias ont qualifié de « prise de guerre. » Ce qui pose un sacré problème d’entendement. Car pour qu’il y ait « prise de guerre », encore faudrait-il qu’il y ait « guerre. » Contre qui Sarkozy mènerait-il la guerre ? Contre le Parti socialiste, si on comprend bien. Faire la guerre à un corps mort, ce n’est pas très excitant. C’est comme faire l’amour avec un fantôme. On lui souhaite, au petit Nicolas, que ça se passe mieux que ça avec Carla.
En attendant, Frédéric Mitterrand, on lui souhaite bien du courage. Cela suffira t-il d’être « cultivé, charmant, glamour », pour s’attaquer aux chantiers qui l’attendent, selon Le Figaro de ce jour (25 juin 2009) : le service après-vente de la loi Hadopi, le changement de statut de l’AFP et la restructuration industrielle du secteur ; et enfin, « le dossier difficile du spectacle vivant, avec en ligne de mire la réforme et un contrôle plus appuyé des scènes subventionnées ». Il va lui falloir un sacré sens politique, à Frédéric Mitterrand, d’autant que les lettres de cadrage budgétaire 2010 qui viennent d’êtres envoyées aux différents ministères resserrent de plusieurs crans la ceinture des dépenses possibles ! Le patron d’Etoiles va vite revenir les pieds sur terre. Et nul besoin d’être Madame Soleil pour prédire à Frédéric Mitterrand : plus dure sera la chute… Les paris sont ouverts. A quelle date le nouveau ministre de la Culture sera-t-il contraint de présenter sa démission ? Personnellement, je lui donne six mois, grand maximum. On verra bien…

Photo :
© Didier Plowy/MCC



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Artiste(s) :
Frédéric MITTERRAND ministre de la culture
Christine Albanel ministre de la culture
Nicolas SARKOZY président
Jean-Marc ADOLPHE rédacteur

Publié le 25/06/2009 00:00

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