Jean-Baptiste André, le distorsionniste

« Intérieur nuit », en création à Lille.

Jean-Baptiste André, fraîchement issu du Centre national des arts du cirque et de retour d'une tournée avec Iris de Philippe Découflé, signe au Prato de Lille, sa première création, Intérieur nuit. En tournée du 3 avril au 2 août 2004.

Jean-Baptiste André, équilibriste et clown de 25 ans, sorti de la 14e promotion du Centre national des arts du cirque avec les félicitations du jury, signe avec Intérieur nuit, sa première création (co-produite par le Prato à Lille, Théâtre international de quartier). Il n'aime pas « les étiquettes qui grattent dans le dos », et jongle avec souplesse entre danse -avec Hervé Robbe pour conseiller artistique et après une tournée au Japon avec Philippe Découflé-, équilibre et clown, en « distortionniste », tel qu'il se définit lui-même. Ancien élève d'hypokhâgne et amoureux des mots, Jean-Baptiste André rejoindrait en acte ceux de Bellmer : « Le corps est comparable à une phrase qui nous inviterait à la désarticuler, pour que se recomposent, à travers une série d'anagrammes sans fin, ses contenus véritables. » Passionné par la question de la métamorphose, il explore dans Intérieur nuit la complexité du corps dans son rapport à l'espace et à la perception, autour du concept d'« horizerticalité ». Entre torsions, équilibres avec centre de gravité éclaté et escalades des deux murs du décor qui scellent à demi le cadre de cet « intérieur », des projections vidéo nous donnent à voir en trompe-l'oeil tout un canevas d'échos et de perspectives inversés entre le danseur et son ombre. Le nom de sa compagnie, W, renvoie aussi graphiquement à cette dualité qu'illustrent parfaitement pour lui, le clown blanc et l'Auguste, comme les deux tendances d'une même personnalité irréconciliable.
Intérieur nuit, solo de la solitude du temps nocturne suspendu et de la didascalie scénique, de l'aparté intime dans les formes diurnes, se compose comme une série de séquences où les plans sont volontairement déroutés de l'ordre spatial et temporel, tels les bris du jour qu'agencent à leur gré les rêves. Les mains et les pieds se confondent dès lors dans une marche incongrue, créatures en apesanteur d'une planète inconnue. Quand l'intérieur nuit par trop d'enfermement et de conscience nyctalope, les exercices quotidiens -habillage, déshabillage- sont l'occasion de rages inouïes, « ennui échoué sur la plage de textiles sauvages » (Tristan Tzara). La nudité peut alors, apaisée, se glisser à l'heure bleue dans une intimité privilégiée avec la lumière, devenue caresse insomniaque.
Parfois manque un peu le fil qui lierait entre elles ces propositions, libérées de l'excellence prolixe des travaux de fin d'études ; mais la poésie qui s'éprouve là ne peut que se distiller dans le tamis du temps à venir, tel le parfum qui évolue dans la salle du début à la fin du spectacle.
Christophe Sechet pour la création musicale et Jacques Bertrand pour la création lumière, accompagnent l'éclosion de cette recherche forte en promesses qui ne demande qu'à s'épanouir, lâchant la proie pour l'ombre et suivant la métamorphose selon Eluard: « Le sablier d'une robe qui tombe et d'un corps nu qui se redresse. »


Intérieur nuit, conception, mise en scène et interprétation de Jean-Baptiste André, a été créé les 30 et 31 mars au Prato (Aeronef, Lille).

Tournée du 3 avril au 2 août 2004 :
En avril
Le 10 : Centre chorégraphique national du Havre.
Du 23 au 25 : Les subsistances, à Lyon (69)

En mai
Les 8 et 9 : Chai du Terral, St Jean de Vedas (Montpellier)
Les 24 et 25 : Le Manège de Reims, en ouverture du festival « Décadrage »
Les 27 et 28 : ACB scène nationale de Bar-le-Duc.

Cet été
Du 29 juin au 1er juillet : Festa Del Circo, -Brescia, Italie
Le 2 août : Festival Mimos, Périgueux




(Lire sur notre site : http://www.mouvement.net/index.php?idStarter=5806)

Artiste(s) :
Cécile Faggiano rédacteur
Jean-Baptiste ANDRE clown
Philippe DECOUFLE chorégraphe

Publié le 08/04/2004 00:00

Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)