Chapeau : Anatoli Vassiliev est l'un des metteurs en scène qui aura marqué avec le plus d'éclat l'art théâtral dans l'Europe contemporaine. Dans cet entretien, il livre des réflexions inattendues à propos de son travail, pédagogique et artistique.
Texte :Anatoli Vassiliev: C'est comme dans la célèbre pièce de Cyrano de Bergerac, le final de l'acte I: «à la fin de l'envoi, je touche!». C'est à la fin qu'il tue! Ça, c'est un problème très français: on prépare, on prépare, «et, à la fin, on touche!». A la suite de ça, il n'y a plus qu'à se griller une cigarette et rentrer chez soi.
Il faut parfois des détours pour nourrir la pensée. . . C'est une vraie question adressée à l'art du théâtre. . . Si c'est du boulevard, les questions philosophiques vont le mettre à mort. Elles vont tout stopper net. Comme si on demandait à un touriste dans la rue: «Pourquoi vis-tu ?». Il cesserait sur le champ toutes ses visites et retournerait dans son pays par le premier train. . . pour réfléchir.
Mais quand même, la question que vous avez posée est très sérieuse. . .. Si on évite l'expression un peu «hard» de «théâtre de boulevard» pour dire simplement «un théâtre pour le public», on peut être sûr que ces questions vont le paralyser aussi. .
Est-ce que cela veut dire alors que les vraies questions et le geste de questionnement passent par un resserrement de l'activité d'exposition? Faut-il resserrer les conditions qui font que l'on peut montrer et établir un rapport de travail avec un public donné? Oui. . . Celui qui se met à poser ces questions s'éloigne du théâtre «pour le public». . . Pour l'exprimer de manière arithmétique, je dirais qu'on réduit le nombre de spectateurs. Ou pour emprunter la terminologie de Grotowski, qu'on transforme le spectateur en témoin. Et ça reste un problème d'arithmétique: peut-il y avoir des milliers de témoins? Si l'oeuvre dramatique est nulle, c'est possible... ils sont tous assis, là...