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Pour une nouvelle exigence critique

Chapeau : Les entours festifs de l’Année du Brésil voudraient nous le faire oublier mais, face à la crise profonde que traversent actuellement le gouvernement et la société brésiliens, il faut (re)poser la question de ce qui « nao deu certo » (n’a pas marché), selon les mots de Darcy Ribeiro.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : analyse (Mots-clés : )

Genre Ressource : texte d'analyse

Apparence :

Rubrique : Espace critique

Catherine DAVID rédacteur
Darcy RIBEIRO écrivain
Hélio OITICICA plasticien

Texte : Biographie :) Catherine David est critique et commissaire d’exposition, métier qu’elle exerça au Centre Pompidou (1980-1994) et à la galerie nationale du jeu de Paume (1990-1994). Elle fut aussi directrice artistique de la Documenta X et du Witt de Witt à Rotterdam, et professeur à l’Ecole du Louvre et à l’université Paris X de Nanterre. Elle a organisé de nombreuses expositions : Cildo Mireiles, Tunga et Helio Oiticica, etc.

L’élection de Luis Ignacio Lula da Silva (Lula), leader historique et charismatique du Parti des Travailleurs à la présidence en 2002, avait pourtant, dans ce pays de tradition paternaliste, autoritaire et terriblement inégalitaire, constitué une révolution au niveau symbolique. En 1995, Darcy Ribeiro écrivait encore : « Il n’y a pas, il n’y a jamais eu ici un peuple libre, maître de son destin et à la recherche de sa propre prospérité. Ce qu’il y a eu et ce qu’il y a, c’est une masse de travailleurs exploités, humiliés et offensés par une minorité dominante, terriblement efficace dans la formulation et le maintien de son propre projet de prospérité, toujours prête à écraser toute menace de réforme de l’ordre social en vigueur. »(1) Pour la première fois avec l’élection de Lula, une longue tradition de répression sociale et classiste semblait pouvoir s’interrompre et une majorité de la population prendre son destin en mains. Trois ans plus tard, le bilan est lourd, l’horizon plombé. Il ne m’appartient pas ici de faire l’analyse des occasions manquées, des erreurs tactiques et des compromis fatals ; d’autres sont plus qualifiés pour dresser un constat précis et sévère(2). Reste l’accroissement sensible des inégalités et de l’exclusion (économique et civique) d’une immense partie de la population, la permanence d’une violence quasi structurelle acceptée ou subie par le plus grand nombre comme une malédiction. On peut prendre deux exemples : la mortalité à Capão Redondo, un quartier périphérique « dur » de São Paulo, équivaut à celle de zones en guerre classées de « faible intensité » par les « experts » ; en 2003, les trafiquants qui contrôlent certaines favelas de Rio ont réussi à imposer le black out total pendant toute une journée, sans que la police municipale ou fédérale ait pu intervenir ni même tenter de le faire. Reste également la poursuite d’une politique stricte d’ajustement néolibéral de l’économie entrepris par le gouvernement Collor(3) au profit de l’accélération des flux de capitaux internationaux, le recul des droits sociaux, des services éducatifs, et l’abandon du projet national. Mais apparaissent aussi de nouvelles formes de luttes radicales et non violentes, comme les MST (Mouvement des Sans Terre) ou les mouvements de moradores (habitants) s’opposant aux nombreuses expulsions qui ponctuent les avancées du capital immobilier à la recherche de nouveaux « centres » de services et de prestige dans les villes, particulièrement visibles à São Paulo(4). Ce n’est sans doute pas un hasard non plus si certains travaux pertinents s’inventent aujourd’hui aux confins de pratiques interdisciplinaires (urbanisme, sociologie, photographie documentaire) et critiques, attentives à la matérialisation évidente des progrès socio-économiques et politiques qui ont transformé le Brésil des années 1990.


Date de publication : 23/09/2005


Mots-clés : Brésil, critique
Inséré le : 22/12/2005 00:00
Thèmes : arts plastiques, arts visuels, Brésil,