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Les jeux premiers de la langue
Chapeau : Ta ta ta, de Fanny de Chaillé, s’attache à observer les mécanismes de la langue telle qu’elle se produit au théâtre. Usant des procédés traditionnels du théâtre populaire, elle finit par les essouffler pour n’en retenir que la part vivante : celle d’une langue ancrée dans les corps.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : portrait (Mots-clés : )
Genre Ressource : portrait
Apparence :
Rubrique : Espace critique
Fanny DE CHAILLÉ Metteur en scène
Alexandra BAUDELOT rédacteur
Texte : Biographie : C’est à la performance orale et à la poésie sonore que Fanny de Chaillé a consacré ses recherches universitaires. Parallèlement à ses travaux théoriques, elle collabore avec le chorégraphe Daniel Larrieu. Depuis 1998, elle réalise ses propres projets sous formes d’installations performatives qui intègrent à chaque fois différents aspects formels du corps :
Le Karaokurt (karaoké réalisé à partir de l’
Ursonate de Kurt Schwitters),
La Pierre de Causette (fac-similé de la pierre de Rosette),
Le Robert (intervention pour un danseur et un dictionnaire),
Le Voyage d’hiver (lecture synonymique d’un texte de Georges Perec),
Wake Up (un concert de réveille-matin) et
Underwear (2002), projet chorégraphique pour huit danseurs mettant en scène une certaine politique du défilé de mode.
Et si ce que l’on tient comme étant du théâtre ne tenait qu’à des codes de langage, de mise en scène et d’interprétation ? Et si, pour qu’il y ait théâtre, il devait nécessairement y avoir théâtralité, c’est-à-dire un mode spécifique de jeu et de travail sur le texte, la voix et la mise en scène ? Traditionnellement, en France, si le théâtre n’est pas Tragédie, il aime bien claquer les portes. Pourquoi ? Parce que tout doit être réactif dans le théâtre, parce que le théâtre se méfie du vide, et quoi de mieux qu’une porte qui claque sans appel sur le passage d’un comédien gonflé à bloc. L’image, certes un peu grossière, offre une face suffisamment claire pour comprendre ce théâtre pensé comme une science quasi exacte, qui sait quand il faut se manger une porte ou se prendre les pieds dedans pour faire rire le public (et ça marche, souvent).
Dans
Ta ta ta, Fanny de Chaillé fait claquer beaucoup de portes. Rien d’étonnant à cela puisqu’elle use ici, entre autres, des vieux systèmes du théâtre populaire pour s’interroger sur ce qui constitue les fondements de la théâtralité et de la langue – domaine
a priori réservé au théâtre dans l’univers du spectacle vivant. Le théâtre n’étant pas ici une fin en soi. Il n’est qu’un prétexte pour remettre à plat les mécanismes du jeu et de la construction du langage sur scène dans le but, à moitié avoué, de mieux comprendre ce qui les nourrit et ce qui leur confère nécessité et artificialité. L’horizon ainsi posé, nous pouvons commencer à observer par exemple ce qui précéderait l’instant d’une parole, et l’extrême concentration qui présiderait à faire jaillir un mot et un geste. A voir le spectacle de Fanny de Chaillé, on se dit que ce geste, cette parole, c’est quelque chose de presque fou. Qu’il y a en eux des possibilités d’existence qui ne tiennent finalement pas à grand-chose. Bref, que la nécessité qui consiste à user du langage et à agir sur scène est chose fragile. Au-delà des frasques agitées et généralement surjouées des acteurs, il existerait donc un espace, quasi originel ou simplement déviant, où la langue et le mouvement seraient ce lieu de possible invention et de prise de risque pour dire un texte et lui inventer une physicalité. Pour se faire, Fanny de Chaillé n’hésite pas à disséquer la langue en la faisant parler, non par les mots eux-mêmes, mais par la respiration sur laquelle viennent d’ordinaire se caler les mots, ou encore par les voix et les rôles interchangeables en autant de combinaisons qu’il y a d’acteurs. Ainsi,
Le Songe d’une nuit d’été de Shakespeare se transforme en un échange de souffle entre cinq protagonistes assis face au public, l’un à côté de l’autre. Souffle accroché à la métrique et au rythme des phrases, acteurs officiant poumons ouverts ou fermés au gré des entrées et sorties dans le texte. Il n’y a rien à comprendre dans ce songe respiratoire, mais un travail sur la langue à entendre. Une langue qui se tient juste à côté des mots sans jamais s’octroyer ni le pouvoir du sens et des images, ni le trémolo efficace, baromètre du degré émotionnel atteint par la dramaturgie des mots.
Date de publication : 23/09/2005
Mots-clés : théâtre, langue, détournement, écriture
Inséré le : 23/12/2005 00:00
Thèmes : théâtre,