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Radieuses ellipses

Autour de "Mother Tongue" de Liza Lim

Chapeau : Commande du Festival d’Automne 2005 à la compositrice australienne d’origine chinoise Liza Lim, Mother Tongue est une œuvre pour soprano et quinze instruments qui interroge les origines du langage, sur un poème de sa compatriote Patricia Sykes. Cette dernière revient sur cette collaboration.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : texte d'artiste (Mots-clés : )

Genre Ressource : texte d'artiste

Apparence :

Rubrique : Espace critique

Patricia SYKES rédacteur
Liza LIM compositeur

Texte : Biographie : Liza Lim est née en 1966 à Perth (Australie de l’Ouest), dans une famille originaire du Fujian, province chinoise dont la langue aura bientôt disparu. Elle a étudié la composition avec Richard David Hames et Ricardo Formosa à Melbourne et avec Ton de Leeuw à Amsterdam. Le catalogue de ses œuvres s’étend de l’opéra et de la musique symphonique à des installations sonores, en collaboration avec des plasticiens. Son œuvre pour grand orchestre, Ecstatic architecture, commande de l’Orchestre philharmonique de Los Angeles, a été créée pour l’inauguration du Walt Disney Concert Hall conçu par Frank Gehry. Liza Lim vit et travaille à Brisbane. Mais elle se trouve cette année en résidence de l’Orchestre de Sydney.

Juillet, et la terre sur son ellipse annuelle a parcouru le mitan de l’hiver. Soudain, je me surprends à envisager « quotients de forme »… La métaphore, accouchée d’elle-même, se joue à l’infini dans la caisse de résonance de l’imagination. Je sais d’emblée qu’elle n’a rien à voir avec le climat de la simple mesure. Une collaboration ne se plie pas facilement aux orbites fixes et aux trajectoires quantifiables. Elle peut être aussi aberrante que détournée. On s’accorde, on écoute, on vagabonde, on fait marche arrière, par besoin d’ajuster et de modeler sa réflexion aux idées de l’autre sans se gêner mutuellement dans son cheminement ni renoncer à sa propre vision.
A la suite de nos rencontres, à Liza et à moi, par e-mails, coups de téléphone et face-à-face, j’ai temporairement troqué notre ellipse novice contre la circonférence de ma vision. J’avais besoin d’écouter un autre « ailleurs », de délibérer silencieusement avec mon moi extériorisé, dans l’oasis intime où foisonnent mes images, mots, tropes, rythmes. Une façon d’examiner ses pensées comme si elles étaient visibles en trois dimensions. On projette ses inspirations dans un environnement où il devient possible de les observer, les écouter, les manipuler tels des phénomènes, d’en jouer comme au royaume des métamorphoses. Sitôt prêtes, on les reprend en soi, en son imaginaire intérieur, pour les retouches finales. A cet égard, la créativité m’apparaît comme une enfant qui joue gravement au milieu du public, à son insu, jusqu’au moment où elle est prête à l’affronter.
A l’instant où j’écris ces mots, je n’ai pas encore pris connaissance de la partition terminée de Mother Tongue – La Langue Mère –, pas plus que je ne l’aie entendu jouer. Mais je n’ai pas créé le livret ex nihilo. Lorsque Liza m’a chargée d’écrire le texte poétique, elle en avait déjà choisi le titre, elle le savait destiné à une soprano et à quinze instruments pour une durée de 35 minutes. Il y avait d’autres données, outre son intention d’explorer la nature complexe de la relation humaine au langage, en particulier le rapport intime à la langue maternelle, la langue des premiers mots et de l’identité. Au centre de tout cela, l’idée d’extinction et de survivance de la langue. Liza souhaitait aussi englober la notion de mort des langues, tout particulièrement en relation avec la culture indigène, ainsi que la perte d’une vision du monde, d’un savoir spécifique et de modes d’expression qui vont de pair. Elle doit une grande partie de l’inspiration de Mother Tongue à une liste de 92 mots d’australien aborigène que l’une de ses amies, linguiste, compilait à l’époque – liste fondée sur les souvenirs d’une vieille femme yorta-yorta. En même temps qu’elle est un document poignant sur l’endurance et la résistance, elle témoigne du combat auquel bien des langues menacées sont confrontées à travers le monde.


Date de publication : 23/09/2005


Mots-clés : musique contemporaine, Asie, Australie, langue, langage, poésie
Inséré le : 23/12/2005 00:00
Thèmes : musique, Asie, musique contemporaine,