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Le souffle de la matière
Autour de Valère Novarina
Chapeau : Un mois lui est consacré au Lavoir Moderne Parisien, et il entre à la Comédie-Francaise avec
L’Espace furieux. Ecrivain et metteur en scène, Valère Novarina (à l’honneur également du nouveau numéro de
Mouvement) fait jaillir la langue en première ligne quand le langage est abusé.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : entretien (Mots-clés : )
Genre Ressource : entretien
Apparence :
Rubrique : Espace critique
Rubrique : 38
Rubrique : Dossiers
Valère NOVARINA écrivain
Jean-Louis PERRIER rédacteur
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Texte : Indivisible Novarina. Tous ses écrits proviennent d’un seul livre. Ses peintures, ses mises en scène sont du même. Aussi clos, aussi défini qu’il puisse paraître, chaque titre est ouvert à l’autre. Il lui tend la main, et c’est tout le corps qui est pris, l’esprit. Change, échange de souffles. Front glacé contre front brûlant. L’orage est au centre de la scène, de part et d’autre du livre. Qu’il pleuve de l’animal, du végétal, du minéral, ils ont voix d’homme. Ils émanent de courants de plus en plus complexes, de chaos, de tourbillons, dédiés au rebrassage du monde. Car le monde est sorti de ses gonds, ouvert sur le spectacle consternant de sa décomposition. Devant son fatras bavard, même les pierres se résignent à se taire. De texte en texte, de texte à texte, Novarina s’acharne à lier ce qui reste liable, à le relier, à le relire comme pour tenter de réinitialiser le monde. Le reconduire fermement à se retrouver, à se reconnaître de lui-même. A se réécrire. Sans cela, pas de place, ou peu de place pour nous. Il y va de notre sort, de notre délivrance, laquelle s’affirme à travers la multitude, qui est une, elle aussi. Une piétaille qui se sait d’autant moins missionnaire qu’elle est en costume de tous les jours, pour mieux nous porter, nous emporter avec elle à coup d’aphorismes, de bégaiements, de chants, de commentaires, de constats, de cris, de graphes et monologues, de répliques et de tirades dansées qui viennent piétiner au plus près de la vérité pour la dessiner en creux. Novarina est chez lui chez ces personnages. Il leur appartient. Il est à la base de leur généalogie et au sommet de l’arbre – des arbres –, là où ça vibre et se bouscule dans les rafales de l’actualité, en un comique involontaire. Il est le premier à faire corps avec les textes. A en éprouver la furieuse dangerosité. Avant d’en soumettre l’exactitude à l’acteur, à sa générosité. Contre la rhétorique dominante, le babil des classes communicantes, les prédateurs et déprédateurs du langage, les acteurs forment un dernier rempart. Un fragile service d’ordre opposé au désordre planétaire. Une instance devenue proprement politique. Qui reprend la politique par les racines, là où la langue est en première ligne devant le langage abusé. Le théâtre, dans sa clôture et son obscurité, est propice à laisser la communication à la porte. A la mettre en dérangement. Panne bienvenue que toute lueur éclaire, devenant fait de résistance, ne serait-ce que le temps d’une représentation. Novarina, l’indivisible, ne fait rien d’autre. Livres, disque, film le confirment début 2006, avec un hommage de l’un de ses premiers compagnons de route, le Lavoir Moderne Parisien, où l’ancienne et la nouvelle génération engendrées par ses textes viennent croiser leurs versions. En même temps, il entre à la Comédie-Française dans son mouvement propre, inchangé. Après sept grandes mises en scène à domicile, chez les siens, il reprend
L’Espace furieux, créé il y a quinze ans au Théâtre de la Bastille. C'est le moiment de l'interroger sur un engagement des plus secrets : celui du metteur en scène.
J.-L. P.
Entretien /
Parlons de la place du metteur en scène.« Nous évoquions cette question du rôle du metteur en scène récemment avec Joël Huthwohl, le conservateur-archiviste de la Comédie-Française. Ayant été l’élève de Bernard Dort, j’ai appris que la mise en scène venait des Meininger et d’Antoine. J’ai demandé à Joël Huthwohl :
“Comment ça se passait avant ? Sarah Bernhard disait-elle je veux aller là et là ?” – “Oui et non. Avant, les auteurs avaient une influence ; Victor Hugo venait à la Comédie-Française, montait sur le plateau et donnait des indications aux acteurs…” Pendant longtemps, les pièces ont été mises en scène par leurs auteurs. C’est un point de l’histoire du théâtre qu’on oublie.
Quelle est la différence avec vos mises en scène précédentes ?« Jusqu’à maintenant, la mise en scène se faisait quasiment dans le mouvement de l’écriture, de la peinture, dans la continuité, dans la poursuite du geste… Le lieu où le spectacle devait être créé agissait sur l’écriture tout autant que la distribution ; il devenait comme la matrice du texte. Le Théâtre de la Bastille ou le Cloître des Carmes choisissaient leurs scènes dans la forêt du livre. Tout se faisait en un seul acte, d’un trait, sur deux ans. Aujourd’hui, le mouvement est tout autre. Les temps de réflexion, de préméditation ne sont pas du tout les mêmes. Il a fallu par exemple remettre les maquettes des décors, des costumes bien longtemps à l’avance,
préméditer la mise en scène.
Entre tous vos textes, pourquoi avoir choisi L’Espace furieux ?« J’y suis très attaché. J’en pratique souvent la lecture à l’étranger. Il y a des rôles, vraiment, des partitions pour les acteurs. Le texte est resserré. La pièce repose beaucoup sur les acteurs. J’ai retravaillé deux monologues au début de la pièce, deux monologues dont le face-à-face m’avait toujours posé problème. Leurs espaces n’étaient pas assez dissemblables. Chaque rôle a été renourri d’une nouvelle énergie venant de son nouvel interprète. Et le rôle de l’Enfant d’Outrebref qui, au troisième acte, devient le Prophète a été divisé pour deux actrices : Véronique Vella et Christine Fersen. Je suis allé refouiner dans la pièce-mère, le roman,
Je suis. Je ne voulais pas innover
ex nihilo. J’ai travaillé de janvier à juin à cette réadaptation, surtout pour me réapproprier la pièce.
> L’Espace furieux, à la Comédie française (salle Richelieu). Avec Christine Fersen, Catherine Salviat, Gérard Giroudon, Véronique Vella, Alexandre Pavloff, Daniel Znyk, François Chattot, Richard Pierre et Christian Paccoud (musique). A partir du 21 janvier, en alternance.
www.comedie-francaise.fr> « Les Nourritures Novarina », pour les vingt ans du Lavoir Moderne parisien.
Devant la parole, mis en scène par Louis Castel, jusqu'au 10 février à 21 heures.
Le Monologue d’Adramélech, par Régis Kermorvant et Bastien Theilliez, jusqu'au 10 février à 19h15.
Vous qui habitez le temps, mis en scène par Nicolas Goussef, du 14 au 24 février à 21 heures.
Le Discours aux animaux, par André Marcon, le 15 février à 19h15.
Radio : Ecoute et commentaires des bandes de France Culture, les 21 et 22 février à 19h15.
Concert : Christian Paccoud, les 14 janvier et 25 février à 21 heures. Tél. 01 42 52 42 63
www.rueleon.net > Livres : Lumières du corps, de Valère Novarina (Editions P.O.L.).
Valère Novarina, d’Olivier Dubouclez (Adpf).
Valère Novarina, la physique du drame, d’Olivier Dubouclez (Les Presses du réel).
> CD : Au Dieu inconnu, lecture des noms de Dieu par Laurence Mayor et
Sauve qui peut, extraits de
L’Origine rouge, par Daniel Znyk (P.O.L.).
> DVD : En Scène, filmé par Virgile Novarina et Céline Schaeffer (P.O.L.).
Date de publication : 19/12/2005
Mots-clés : théâtre, écriture, ecrivain
Inséré le : 18/01/2006 00:00
Thèmes : écriture, théâtre,