Si la page ne s'affiche pas, cliquez ici !!!

« Bilal-Le Creusot : 2 minutes d’arrêt »

Le Temps-machine d’Enki Bilal.

Chapeau : Du 21 janvier au 4 mars, la scène nationale de l’Arc accueille 200 pièces du dessinateur-prophète : dessins, lithographies, affiches, pochoirs… Films, rencontres et spectacles seront au rendez-vous au cœur de cette ville post-industrielle, étrange et avide de futur. Rencontre avec Enki Bilal.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : brève (Mots-clés : )

Genre Ressource : brève / notice

Apparence :

Rubrique : 2006

Enki BILAL dessinateur
Anne-Sophie VERGNE rédacteur

du 21/01/2006 00:00 au 04/03/2006 00:00
Salle : L'Arc
Le Creusot 71000 France (Est)




Texte : Il y a 30 ans, Le Creusot aurait pu servir de modèle à Bilal pour La Ville qui n’existait pas (1977) : l’intrigue a lieu dans une petite ville industrielle du Nord de la France et raconte l’échec d’une utopie sociale. La BD sert de base aujourd’hui à un spectacle en marge de l’exposition : trois musiciens de jazz accompagnent les vignettes du livre projetées sur grand écran. En 1984, au Creusot, le XIXe et le XXe siècles se sont heurtés de plein front. La ville a failli mourir. Une histoire, un paysage dont la violence n’a pu laisser Bilal indifférent. « Le sentiment que le XXe siècle est derrière nous, appartient au passé, me permet de mieux comprendre La Ville qui n’existait pas, mais aussi le siècle qui nous a fabriqué. L’homme a toujours eu des problèmes avec l’Histoire. Mais dans une période de désarroi comme aujourd’hui, il est plus facile de se tourner vers le passé que de faire face à l’avenir. »
L’avenir, Enki Bilal semble le deviner dans ses fictions dessinées. Partie de chasse (1983) peignait la déliquescence du bloc communiste : « Avec ce livre, nous avons eu le sentiment vertigineux, Pierre Christin et moi, d’avoir précédé la fin de l’empire soviétique. » Cette prophétie du présent, Bilal ne va pas la chercher dans la lecture des astres mais dans celle des journaux. « La prospective est aisée quand on suit l’actualité. En fait, cette projection dans un futur – un futur souvent très proche – est une manière de régler mes comptes avec le passé et le présent. La BD permet de gérer en toute liberté les trois dimensions du temps sur une feuille de papier, de telle sorte qu’en émerge un univers qui reflète notre monde. En fait, dans la relation du présent et du passé, j’introduis le futur. » Cette faculté « visionnaire » d’Enki Bilal vient-elle de ce que le « monstre » de l’Histoire se mêle, dès le début, intimement à sa vie ? Mère tchèque, père yougoslave (un musulman laïque, ex-tailleur de Tito), naissance à Belgrade en 1951, exil en France en 1960… « Disons que je fais une sorte d’autofiction collective. L’éclatement de la Yougoslavie, où l’ombre du fondamentalisme et du nationalisme planait déjà, a produit en moi une vision apocalyptique du futur. Des thèmes qui hantent mes fictions… et la réalité. Ce n’est pas si difficile d’être prophète. »
Le troisième volume du Sommeil du monstre paraîtra en mai ou juin prochain. Cela devait être le dernier. « J’arrive à la fin d’un cycle. Mais la rupture – graphique – dont j’ai envie sera retardée par le dernier volume du Sommeil du monstre, qui ne sera pas cette fois une trilogie, puisque j’ai décidé qu’il y aurait un quatrième volume. C’est d’ailleurs Calcutta, où l’exposition transite avant Le Creusot, qui m’en a tout récemment inspiré la fin… La BD est un art conservateur. On parle aujourd’hui beaucoup de roman graphique. Pourquoi pas ? J’adore écrire et j’ai ressenti la nécessité de raconter cette guerre qui s’est déroulée dans le pays où je suis né. Pourtant, je savais que je refuserai de la dessiner. Mon rapport à la guerre de Yougoslavie devait passer par les mots : Nike se souvient de la guerre alors qu’il était encore, en 1993, dans le ventre de sa mère, mais le dessin raconte son présent d’adulte, en 2026, un présent qui est tout entier contenu dans ce commencement. Ce grand écart temporel est censé produire un effet qui n’est pas celui de la science fiction. Et créer un objet à partir de deux matières qui s’affrontent, ce n’est pas de la BD classique… Sans cette guerre, j’aurais peut-être fait quelque chose de plus banal. » Et comment envisage-t-il sa prochaine métamorphose ? Bilal avoue son désir d’adapter Le Sommeil du monstre au théâtre : « La BD n’a pas plus de lien avec le cinéma qu’avec le théâtre. » Nike, le narrateur du Sommeil du monstre serait incarné par un comédien sur la scène. Sur l’écran, les dessins de l’album, sans les textes : « Un spectacle léger et simple. »

Anne-Sophie Vergne

Exposition Enki Bilal, du 21 janvier au 4 mars à L’Arc, Scène nationale du Creusot. Tél. 03 85 55 13 11 / www.larcscenenationale.fr
En parallèle à cet événement : la projection des films d’Enki Bilal et une rencontre autour du thème de la transmission avec Vladimir Velickovic et Ernest Pignon Ernest (21 janvier, 15h). Enfin, La Ville qui n’existait pas (1977) sera mis en musique par Jean-Paul Autin, Christian Millanvois et Alain Rellay (21 janvier, 20h30).


Date de publication : 16/01/2006


Mots-clés : bande dessinée, science-fiction
Inséré le : 18/01/2006 00:00
Thèmes : bande dessinée,