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Dans l’océan du son
Archipel, à Genève, jusqu'au 2 avril
Chapeau : Mêlant musiques contemporaine et électronique, concerts, dispositifs et déambulations, l’édition 2006 d’Archipel, festival des « musiques d’aujourd’hui », multiplie les pistes d’approche et les propositions pour tenter de cerner l’« avant » et l’« après » de la musique, sa création et son écoute.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : brève (Mots-clés : )
Genre Ressource : brève / notice
Apparence :
Rubrique : Le Vrac
Texte : « Avant, il y a le passé, dont on hérite, oeuvres grandes et petites, instruments dont on ne joue plus, époques révolues où l’on composait autrement, la ligne courbe de l’histoire qui nous enveloppe.
Avant, il y a l’enfance qui nous fait tel ou tel, où l’on apprend, goûte, rejette, et puis celle dont on se souvient et qu’on invente, et aussi celle dans laquelle une musique nous fait retomber et qu’on voudrait ne plus quitter.
Avant, il y a ce qui précède la musique : il y a le silence juste avant le premier son, qui est attente et, déjà, écoute ; il y a les idées mêlées d’affects, les calculs, les images, les mouvements, les souvenirs qui s’élèvent et s’organisent dans la tête du musicien, compositeur ou improvisateur, devant sa partition ou avant qu’il n’entre en scène.
Après, il y a ce que le musicien fait de ce passé trop vaste pour être absorbé, ce qu’il retient, ce qu’il laisse, et puis ce qui demeure malgré lui et dont il faudra bien faire quelque chose ; il y a les possibles que dicte l’histoire et les nouveaux possibles que l’œuvre fait surgir.
Après, il y a ce que l’enfant devient, quelqu’un qui n’a plus rien d’enfantin mais qui n’a pas renoncé à l’enfance, et qui, par la grâce éphémère de la musique, y retourne comme on va dans un pays intime et lointain.
Après, il y a l’œuvre, et son interprétation, il y a le concert ou la performance, et puis il y a le
souvenir que l’on garde et qui s’efface progressivement de la mémoire, il y a donc des traces qui finissent par ne renvoyer qu’à elles- mêmes, celles dont les musiciens font d’autres musiques. » En introduction au dossier de presse, ce beau texte de Bastien Gallet, dont c’est la dernière année à la direction artistique de cette manifestation, annonce poétiquement les enjeux d’Archipel, festival genevois dédié aux musiques d’aujourd’hui : bâtir des passerelles, non seulement entre l’« avant » et l’« après » (de là, la remarquable programmation à destination du jeune public, à commencer par l’espace de découverte sonore
« Fresh air », installé à la Maison Communale), mais surtout s’en servir comme des tremplins, des invitations à la découverte et au vagabondage. Découverte, ou plutôt redécouverte d’une ville dont le festival investit de nombreux espaces. Vagabondage entre les styles et les disciplines, dans un double mouvement d’ouverture et d’exigence. Le concert d’ouverture, le 25 mars, était ainsi consacré à la transcription, sous la houlette de Jérôme Combier (accompagné de son ensemble Cairn, dirigé par Bertrand Causse) et Gérard Pesson, avec un concert en forme d’allers-retours entre l’« avant » (Schubert, Ravel, Webern, etc. transcrits et retranscrits par des compositeurs d’(aujourd’hui, tels que Salvatore Sciarrino ou Michel Petrossian) et l’« après », envisageant les différentes questions de cet art noble et méconnu de la transcription – entre traduction et trahison, filtrage et citation. Le lendemain, dans l’espace du Théâtre Pitoëff, des formes courtes mettront aux prises des comédiens, des musiciens et des plasticiens, tous égaux devant l’improvisation. Croisement toujours avec la soirée
Microwaves, confrontant l’électronique minimale, abstraite et néanmoins dansante, du duo finlandais Pan Sonic avec des représentants de la musique « écrite ». On pourrait énumérer à l’infini les exemples de confrontations passionnantes, du moins sur le papier, et de concerts originaux – citons par exemple, du 31 mars au 2 avril, une passionnante approche du monde de l’orgue, avec des œuvres de Kagel, Ligeti ou Florentz) – formant un archipel singulier, mais non isolé – grand ouvert, comme devraient l’être nos oreilles, sur le monde.
Festival Archipel, jusqu'au 2 avril à Genève (Suisse). Tél. (+ 41) 22 329 24 22
www.archipel.org.
Date de publication : 16/03/2006
Inséré le : 15/03/2006 00:00
Thèmes : musique,