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La performance d’une vie
Autour d'Anna Halprin
Chapeau : Un livre conçu et réalisé par Jacqueline Caux, et une exposition au Musée d’art contemporain de Lyon, consacrent enfin l’influence essentielle qu’a eue Anna Halprin dans l’art de la seconde moitié du XXe siècle.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : brève (Mots-clés : )
Genre Ressource : brève / notice
Apparence :
Rubrique : Espace critique
Anna HALPRIN chorégraphe-interprète
Jean-Marc ADOLPHE rédacteur
Jacqueline CAUX auteur
du 03/02/2006 00:00 au 14/05/2006 00:00
Salle : Musée d'art contemporain
04 72 69 17 17
Lyon France (Est)
Texte : Invitée du Festival d’Automne à Paris en 2004, le Musée d’art contemporain de Lyon lui consacre, jusqu’au 14 mai, une importante rétrospective (1). Même si le nom d’Anna Halprin reste encore relativement méconnu, la place qu’elle occupe dans l’art de la seconde moitié du XXe siècle est loin d’être anecdotique. Pour s’en convaincre, il suffit de commencer le livre que lui consacre Jacqueline Caux… par ses dernières pages. Outre la chronologie de ses performances de 1938 à aujourd’hui, les notices biographiques des principaux auteurs et artistes cités sont éloquentes – du peintre Josef Albers, transfuge exilé du Bauhaus que l’on retrouva au Black Mountain College, au compositeur La Monte Young. On glanera ainsi les noms de Luciano Berio, Stan Brakhage, Trisha Brown, John Cage, Merce Cunningham, Simone Forti, Doris Humphrey et Charles Weidman, George Maciunas, Meredith Monk, Terry Riley, Frank Lloyd Wright, etc., parmi les artistes qu’Anna Halprin a croisés ou avec qui elle a travaillé. De même, le glossaire égrène les noms de ces mouvements, tels que la
Beat Generation, le Flower Power, le Judson Dance Theater, dont elle fut la contemporaine et parfois la pionnière, sans se laisser cependant enfermer dans aucun cadre. Sa formidable recherche de liberté est en effet l’un des leitmotive qui parcourt le long entretien qu’elle accorde à Jacqueline Caux.
Si elle fut, comme le souligne Thierry Raspail dans sa préface,
« la première à danser partout et à oser le nu » (après le scandale de
Parades and Changes, en 1967 à New York, la pièce fut interdite pendant plus de vingt ans), on doit encore à Anna Halprin d’avoir introduit la notion de « tâche », dont allait s’inspirer toute la génération de la post modern dance ainsi que des musiciens expérimentaux, dont La Monte Young et Terry Riley, alors étudiants à Berkeley, et qui devinrent en 1959 et 1960 les codirecteurs musicaux de son travail, élaborant les premières pièces du courant minimaliste. En 1960, pour Two Sounds, les deux jeunes compositeurs frottent contre les fenêtres du studio de danse d’Anna Halprin toutes sortes d’objets métalliques. Puis, lors d’une performance à Los Angeles, ils traînent sur les marches d’un escalier, derrière la scène, des poubelles en métal :
« Cela produisait un son d’une violence inouïe !, raconte Terry Riley.
C’était tellement intense que les spectateurs ont été effrayés ! Ils ont pensé qu’une catastrophe était arrivée et qu’il leur fallait quitter la scène au plus vite !… C’était pourtant ce genre de choses qu’Anna encourageait… » Où l’on se rappelle, au passage, que le minimalisme musical a bien vu le jour en Californie…
Jacqueline Caux vient ainsi rappeler, fort à propos, que
« la trajectoire artistique d’Anna Halprin s’inscrit dans le phénomène créatif – encore insuffisamment reconnu et pourtant d’ores et déjà historique – de la côte Ouest des Etats-Unis. » « Nous nous sentions libres de mener nos recherches et nos improvisations en indépendance totale vis-à-vis de ce qui se faisait à New York », confie Anna Halprin. Avant même que le mot de « performance » n’entre dans le vocabulaire artistique, elle en avait développé les premières souches. Elle dit n’avoir jamais rien planifié, et en deçà de toute pensée conceptuelle, avoir simplement suivi un travail d’« explorations » dont le corps fut le guide essentiel :
« Si la fonction kinesthésique nous conduit à du sens, c’est parce qu’elle véhicule une forme de pensée sensorielle. »En donnant ainsi la parole à Anna Halprin, puis, de façon substantielle, à La Monte Young, Terry Riley, Simone Forti et Morton Subotnick, en des pages généreusement illustrées de documents et de photographies, Jacqueline Caux évoque une vie de performances qui est aussi la performance d’une vie. Engagée sur plusieurs fronts politiques (contre la guerre du Vietnam) ou « communautaires » (dans le quartier de Watts, à Los Angeles, après qu’eurent lieu des émeutes violemment réprimées en 1965, et plus récemment auprès de malades atteints du cancer ou du sida et de personnes âgées), Anna Halprin confie, à plus de 85 ans :
« Ce que je recherche toujours, c’est un lien avec la réalité de la vie. »Jean-Marc Adolphe
1. L'exposition au musée d’Art contemporain de Lyon met en évidence l’impact de la réflexion artistique d’Anna Halprin sur la création contemporaine à travers toutes sortes de documents d'archives et des entretiens filmés réalisés spécifiquement pour cette occasion.
Une seconde exposition, Soundtrack for an Exhibition
, commissionnée par Mathieu Copeland, repose sur l’association de musiques, de cinéma et de peinture autour de l’idée de construction/déconstruction de l’œuvre. Jacqueline Caux, Anna Halprin à l’origine de la performance, Editions du Panama, co-édition musée d’Art contemporain de Lyon, 174 pages.
Anna Halprin, A l'origine de la performance, et
Soundtrack for an Exhibition, au Musée d’art contemporain de Lyon, jusqu’au 14 mai. Tél. 04 72 69 17 17
www.moca-lyon.org
Date de publication : 16/03/2006
Mots-clés : performance, danse contemporaine, minimalisme, Etats-Unis, beat generation
Inséré le : 15/03/2006 00:00
Thèmes : danse, musique contemporaine, danse contemporaine,