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Nouveau Mexique

"¡Que Viva Mexico!", ciné-concert au Café de la Danse

Chapeau : Samedi 1er avril, au Café de la Danse à Paris, NLF3 donne à voir et à entendre ¡Que Viva Mexico!, son ciné-concert créé l’an passé au Printemps de Septembre : sur les images d’un chef-d’œuvre méconnu de Sergueï Eisenstein, le trio interprète un rock instrumental aux horizons panoramiques.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : brève (Mots-clés : )

Genre Ressource : brève / notice

Apparence :

Rubrique : Espace critique

Sergei EISENSTEIN cinéaste
NLF3 groupe de musique
David SANSON rédacteur

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Légende : NLF3 réinterprète le ¡Que Viva Mexico! d’Eisenstein. Photo : D.R.

du 01/04/2006 00:00 au 01/04/2006 00:00
Salle : Café de la Danse
5 passage Louis Philippe
01 40 21 70 70
Métro Bastille
Paris France (Ile-de-France)




Texte : NLF3, une bande originale
Durant les années 1990, Nicolas (guitare/chant) et Fabrice (basse) Laureau constituaient, avec le batteur Ludovic Morillon, le noyau dur de Prohibition : un groupe dont le nom (qui a inspiré également l’intitulé du label dirigé par les frères Laureau, Prohibited Records) claquait comme une bannière, et qui fut effectivement le porte-étendard d’une certaine idée, radicale et partageuse, d’un rock français très influencé par l’Amérique. En 2000, les trois jeunes gens réunissaient les initiales de leurs prénoms pour former NLF3 : un trio de multi-instrumentistes bien décidés à laisser libre cours à des goûts musicaux panoramiques, allant de Fela à Sonic Youth, en passant par Steve Reich et John Coltrane. Là où les morceaux de Prohibition restaient relativement fidèles à un format « pop », ceux de NLF3 se jouent de tous les interdits, jouant avec intelligence des vertus de l’improvisation. L’idée qui sous-tend ces improvisations, de même que le traitement auxquelles elles sont ensuite soumises en studio, est celle de ce que Nicolas Laureau appelle « un suspense » – et en ce sens, il n’est guère étonnant que le trio ait été formé, à l’origine, pour répondre à la commande d’un cinéaste : il s’agit d’instaurer une véritable dramaturgie musicale, qui ne serait jamais fermée à la surprise, à l’imprévu ; de dresser le portrait fidèle d’un groupe de musiciens en action et, en même temps, de rendre la virtuosité négligeable. Solidement déstructurée, éminemment évocatrice, la musique de NLF3, comme en témoignent notamment deux albums remarquables, se situe ainsi, en quelque sorte, au confluent du documentaire et de la fiction : exactement comme ¡Qué Viva Mexico!

Eisenstein, l’art du contrepoint
En 1928, à l’aube du cinéma parlant, Sergueï Mikhaïlovitch Eisenstein co-signait, avec les cinéastes Vsevolod Poudovkine et Grigori Alerandrov, un Manifeste du contrepoint orchestral dans lequel il écrivait : « Seul un usage contrapuintique du son en relation avec l’unité de montage visuel offrira une nouvelle possibilité de développer et de perfectioner le montage », ajoutant par ailleurs : « Le son introduira inévitablement un moyen nouveau et extrêmement affectif d’exprimer et de résoudre les problèmes complexes auxquels nous nous sommes heurtés jusqu’à présent, et que nous n’avions pu résoudre en raison de l’impossibilité où l’on était de leur trouver une solution à l’aide des seuls éléments visuels. » Certes, il est ici question de son et non simplement de musique. Mais de tels propos soulignent ce que la relecture musicale des films du géant russe – dont on rappelle qu’il forma avec Serge Prokofiev, pour Alexandre Nevski et Ivan le Terrible, l’une des associations les plus fructueuses de l’histoire de la musique au cinéma – peut avoir de stimulant.

Nouveau Mexique
A la demande du Printemps de Septembre, c’est autour d’un opus plus méconnu du cinéaste, ¡Qué Viva Mexico! (1931-32), qu’ont œuvré les improvisateurs sans œillères de NLF3 : commandé par la Paramount lors de l’infructueux séjour hollywoodien du réalisateur, le film ne fut jamais achevé, et ce n’est qu’en 1979 que Grigori Alexandrov, ancien assistant d’Eisenstein, a réalisé un montage de ce saisissant documentaire-fiction retraçant l’histoire des Indiens du Mexique. Mêlant ses guitares, synthétiseurs et percussions aux propres sons du film, nlf3 esquissent des paysages sonores hybrides, cosmopolites, aux climats changeants, dessinant à sa manière un Nouveau Mexique – et prouvant, à l’instar d’un Olivier Mellano revisitant avec sa seule guitare L’Autore, le chef-d’œuvre de Murnau (spectacle récemment créé aux Soirées Nomades de la Fondation Cartier), que l’électricité du (post-)rock n’est nullement anachronique dans ces circonstances… La réussite du projet ¡Qué Viva Mexico! a permis aux musiciens de présenter leur cié-concerts dans de nombreux festivals, jusqu’à la Cité de la Musique récemment. Aujourd’hui, cette bande originale a donné naissance à un magnifique disque publié sur leur label, Prohibited Records (chronique de cet album dans le prochain numéro de Mouvement. C’est pour marquer cette parution, couronnement d’une démarche d’une rare exigence, que NLF3 propose aux Parisiens de les retrouver, ce samedi 1er avril, au Café de la Danse.

David Sanson
(Textes originellement parus dans les programmes de la Cité de la Musique.)

¡Qué Viva Mexico!, ciné-concert de NLF3, le samedi 1er avril à Paris, Café de la Danse. Tél. 01 47 00 57 59 Plus d’infos sur le site de Probibited Records.



Date de publication : 30/03/2006


Mots-clés : post-rock, cinéma, Mexique, musique
Inséré le : 29/03/2006 00:00
Thèmes : cinéma, musique, rock, ciné-concert,