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Archéologie du visage
Germana Civera au festival ¡Mira!
Chapeau : Invitée du festival ¡Mira!, qui se tient jusqu’au 8 avril à Bordeaux et Toulouse (voir également ci-dessus), la chorégraphe Germania Civera présente, au CDC de Toulouse, son spectacle Figures, fascinante expérience d’« archéologie du visage ».
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : brève (Mots-clés : )
Genre Ressource : brève / notice
Apparence :
Rubrique : Espace critique
germana CIVERA chorégraphe-interprète
civera.jpg ()
Légende : Germana Civera,
Figures. Photo : D.R.
du 04/04/2006 00:00 au 04/04/2006 00:00
Salle : CDC
5, avenue Etienne Billières
05 61 59 98 78
Toulouse 31000 France (Sud-Ouest)
Texte : Un visage, un seul au centre de ces
Figures pourtant multiples,
marquées du
s du pluriel. Le visage de Germana Civera se déploie en
écho sur la largeur de la scène... Quatre écrans où un visage se
creuse, se déforme, se gonfle, s'absente et se donne à voir tout à la
fois, comme il ne sera jamais possible de le voir : depuis ses couches
internes, sa chair, ses nerfs, jusqu'à l'expression, la projection d'un
visage qui se dit, se révèle à autrui, et en passant par la surface
même, à fleur de peau. Et à une extrémité de la scène, Germana elle-
même, simplement assise à une table, apparemment impassible.
Faire exister cet organe si complexe qu'est le visage, c'est forcément
jouer sur différent niveaux, et voir comment ceux-ci jouent entre eux. Où
s'arrête le visage? Certainement pas à cet ovale que l'on dessinerait
au crayon... Même s'il est ici découpé, de manière graphique, par
l'éclairage de Laurent Goldring, s'il est extrait, isolé, décapité, à
l'envers, il existe toujours comme un n½ud au centre d'un réseau, non
seulement parce qu'il est constitué d'un nombre incroyable d'organes,
de muscles, de nerfs, mais aussi, principalement, parce que le visage est
le lieu d'autrui.
Les écrans construisent une dimension, la plus évidente peut-être.
C'est l'horizontalité du dispositif, les deux dimensions de l'image, où
l'on découvre subjugué ce qu'est un visage. Toutefois Figures creuse un
autre sillon, bien plus profond, une ligne qui devient de plus en plus
profonde à mesure que le temps s'y inscrit, à mesure qu'une infinité
d'autres lignes s'y inscrivent
La juxtaposition fait office de montage et construit un visage
complexe, fait de plusieurs visages. Ce n'est donc pas seulement une
certaine iconographie de l'histoire picturale qui est convoquée, celle
de la peinture de la lumière, mais aussi une certaine image de la
modernité en peinture, ou celle du collage, celle du choc, de la
collision des images. Ce n'est donc peut-être plus seulement le visage
de Germana qui nous est donné à voir, mais toute une histoire, où
surgissent d'autre figures, comme cette sorcière, Valeska Gert, qui
déforme son visage devant une caméra archaïque et qui, encore maintenant,
nous hante.
"A l'école, on m'appelait la sorcière, à cause d'un
personnage de dessin animé qui à l'époque passait à la télévision", nous dira la bande son.
Mais le visage de Germana n'est pas le visage de l'expressionnisme, il
ne projette pas une hypothétique intériorité, il est bien au contraire
un réceptacle. Germana écrit pour nous l'histoire de tous ces gens auxquels elle a confié son visage, qui y ont imprimé, marqué quelque chose,
à commencer par sa s½ur, pour laquelle elle servait de modèle. Une histoire
qui peu à peu se déplie, s'étend un peu plus loin, jusqu'à
rencontrer d'autres histoires, emprunter d'autres voix, des
voix sans visage. Durant cette pièce, Germana jamais n'ouvrira la
bouche, préférant confier sa voix à un haut-parleur, comme abandonnant
au spectateur, ce fameux visage neutre du danseur, pour qu'il en fasse
autre chose. Ce spectateur, quant à lui, sans le regard d'autrui,
s'apercevra-t-il à quel point ses yeux ont parcouru l'espace ? A quel
point son propre visage a capté les expressions de ces visages qui lui
ont fait face ?
Explorant strates après strates, Germana qualifie
Figures d'
"archéologie du visage". Non une archéologie de
son visage, mais
du visage,
"voire de la boîte crânienne", ajoute-t-elle. Germana, dont l'image nous écrase pourtant, est-elle bien réellement le centre du dispositif, ou bien est-ce un leurre ? Et si ce visage qui occupe tout l'écran nous donnait autre chose à voir ? C'est un subtil travail de
mise à jour, où la figure centrale n'est que le point de départ d'un
réseau complexe de ramifications.
Florent Delval
Figures, de Germana Civera et Laurent Goldring, au CDC de Toulouse, dans le cadre de ¡ Mira !, le 4 avril à 19 h 30.
Date de publication : 30/03/2006
Mots-clés : visages, visage, danse, Espagne
Inséré le : 29/03/2006 00:00
Thèmes : danse, vidéo, vidéodanse, Espagne, danse contemporaine,