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Du Liban, les films d’une génération
Une rétrospective au festival Côté Court
Chapeau : A Pantin, le festival « Côté Court » propose notamment un choix de films réalisés au Liban entre 1995 et 2005. Cinéma expérimental, dispositifs, documentaires ou fictions : des images où la jeune génération fabrique la conscience de tout un pays. Du 31 mars au 9 avril.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : brève (Mots-clés : )
Genre Ressource : brève / notice
Apparence :
Rubrique : 2006
Anne-Sophie VERGNE rédacteur
du 31/03/2006 00:00 au 09/04/2006 00:00
Pantin 93500 France (Ile-de-France)
Texte : « Je te vends pas des radis, mais du patrimoine. C’est 200 dollars pour les lignes de démarcation, 400 dollars pour les lieux d’enlèvements ou de tortures. » Ainsi se négocie, dans un café de Beyrouth, le prix de la mémoire entre une jeune femme de retour d’exil, Danielle Arbid, et cet homme qui symbolise, à sa manière, un Liban qui a liquidé son passé proche par un oubli immédiat.
Seule avec la guerre (2000) est une introduction quasi indispensable pour comprendre cette génération de cinéastes qui a grandi pendant les conflits et qui n’en finit pas d’enquêter sur une guerre et une paix introuvables. Danielle Arbid se rend sur les lieux des massacres, à la Quarantaine ou à Chatila, mais aucune statue, aucun « je me souviens » ne rend hommage aux morts. Elle interroge une population qui visiblement sait mais refuse de parler.
« Si je me posais des questions aujourd’hui, j’aurais mauvaise conscience toute ma vie », finit par avouer un ancien milicien, expliquant ainsi le silence de tout un peuple malade de sa violence. De façon plus distancée, plus « intellectuelle », cet imaginaire de la guerre occupe tout entier le projet de Walid Raad,
The Bachar Tapes (2001).
Khiam de Joana Hadlithomas et Khalil Joreige (2000) manifeste un besoin de documenter de façon urgente la guerre : ils sont partis filmer la célèbre prison israélienne, l’année même où le Sud Liban est enfin libéré. Dans un tout autre style, humoristique cette fois, le même couple de réalisateurs montrent dans
Cendres (2003) les archaïsmes paradoxaux de la société libanaise : un jeune homme rapporte à Beyrouth les cendres de son père décédé à l’étranger. Mais comment vivre son chagrin quand la famille met toute son énergie à sauver la face en dissimulant une incinération que réprouve la tradition ? Autres témoignages de la violence qu’un groupe (indifféremment chrétien ou musulman) exerce sur ses individus : Danielle Arbid brosse dans
Conversation de salon (2004) un portrait des femmes libanaises et de leur condition ; Akram Zaatari filme dans
Majnounak (1997) les confessions intimes des jeunes hommes libanais, qui révèlent ingénument la violence des archétypes masculins concernant la sexualité. Enfin, à la frontière du cinéma expérimental, le beau film de Lamia Joreige,
Replay bis (2002), superpose de manière onirique et mémoire individuelle mémoire collective à travers un parcours visuel où les images se font réminiscences : un effort de conscience qui ressemble à un rêve ou, tout simplement, à un souvenir d’enfance.
Anne-Sophie Vergne
« Présence libanaise », dans le cadre de Côté Court, 15e festival du film court métrage, du 31 mars au 9 avril au Ciné 104 de Pantin, 104, avenue Jean Lolive (M° Eglise de Pantin). Tél. 01 48 46 95 08.
www.cotecourt.org.
Deux tables rondes sont organisées à Pantin. Le jeudi 6 avril à 17h30 : « Pratiques de cinéastes : la forme essai. La guerre comme élément récurrent dans les films », avec : Danielle Arbid, Nadim Tabet, Hany Tamba, Akram Zaatari. Le vendredi 7 avril à 17h30 : « 1995-2005 : les conditions d’une émergence », avec Joana Hadjithomas, Khalil Joreige, Pierre Saraf et Hassan Zbib.
Date de publication : 30/03/2006
Mots-clés : Liban, courts métrages, cinéma, documentaire, guerre
Inséré le : 29/03/2006 00:00
Thèmes : cinéma, Liban,