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Voir les choses au-delà d’elles-mêmes

Entretien avec Olivier Py

Chapeau : Jusqu'au 3 juin, Olivier Py s’installe pour un mois au Théâtre du Rond-Point, à Paris, avec plusieurs spectacles. Extraits de l’entretien avec le poète et metteur en scène, publié dans le dernier numéro de Mouvement.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : brève (Mots-clés : )

Genre Ressource : brève / notice

Apparence :

Rubrique : Espace critique

Olivier PY Metteur en scène
Bertolt BRECHT dramaturge
Jean-Louis PERRIER rédacteur
Bruno TACKELS rédacteur

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Légende : La Couronne d’Olivier, dernier volet de la trilogie Les Vainqueurs d’Olivier Py, présentée au Théâtre du Rond-Point. Photo : Alain Fonteray

du 25/04/2006 00:00 au 03/06/2006 00:00
Salle : Théâtre du Rond-Point
2 bis, avenue Franklin D. Roosevelt
01 44 95 98 21
Paris 75008 France (Ile-de-France)




Texte : « Le théâtre d’Olivier Py n’est pas moderne, si par là on entend les tentatives d’en finir avec le jugement du dieu de parole, écrit Bruno Tackels dans le dernier numéro de Mouvement (n° 39, avril-juin 2006, 164 pages, 9 €, actuellement en kiosques). Cela ne veut pas dire pour autant qu’il appelle de ses vœux le retour à l’identique des valeurs anciennes. D’où le nom qu’il (se) donne dans l’Epître aux jeunes acteurs : le personnage qu’il incarne n’est pas « la tragédie » qui imposerait ses idées, mais le poète qui joue en tragédie. Toute la différence tient dans cet appel au jeu qui éloigne radicalement le théâtre de Py de toute injonction religieuse. Mais à l'inverse, le théâtre d’Olivier Py est moderne si l’on y puise les nombreuses tentatives de libération des individus englués dans la morale qui bride les corps et entrave le désir des hommes. Il explore, dans nombre de ses figures, une quête hédoniste qui remet l’individu au centre de sa vie, dans la pureté de son présent, indéfiniment continué. »

Dans le même numéro de Mouvement, Jean-Louis Perrier et Bruno Tackels ont réalisé un entretien avec Olivier Py, dont nous livrons ci-dessous quelques extraits :

« Mon travail n’est pas d’imposer une forme ou une lecture. Mon travail n’est pas d’imposer une forme ou une lecture. Cela m’embêterait car ce serait encore trop proche du travail universitaire, de l’interprétation. Je suis face à des comédiens, pour qui le terme d’interprétation est honni. Ni Michel Fau, ni Philippe Girard, ni Bruno Sermonne, ni Elizabeth Mazev ne cherchent de l’interprétation : ils cherchent de l’incarnation. En tant que poète, je cherchais un théâtre de l’incarnation, et eux, en tant qu’acteurs, sortaient de l’interprétation au sens psychologique, réaliste, architecturé, pour entrer dans l’incarnation. Ce qu’ils ne pouvaient faire qu’en prenant sur eux une grande parole. Cette aventure-là, qui avance, n’avancerait pas du tout avec un metteur en scène qui serait critique.

Ces êtres en scène, étant également des allégories, ne sont pas simplement dans l’incarnation, ou alors ils incarnent d’autres choses qui débordent l’humain.
« C’est exactement ça, ils mettent tout en résonance. C’est pourquoi, dans l’écriture poétique, je dois être à l’endroit du risque. Quand j’écris Les Vainqueurs, je fais dialoguer en moi Dionysos et le Christ, mais je ne sais pas ce qu’il en sortira. Je ne sais même pas ce qu’il en sortira par le plateau, parce que le metteur en scène va créer du jeu avec le corps des acteurs, avec la matière même du théâtre. De là va naître une pensée qui est en ce sens prophétique puisqu’elle est plus grande que moi, puisqu’elle passe par un corps plus grand que le mien, qui est le corps agrandi de la troupe, dans cette mise en résonance des signes que permet le théâtre. Un metteur en scène ne peut pas assumer tous les signes de la représentation. Il y en a trop. Quelque chose va émerger qui le dépassera toujours. Plus il voudra, dramaturgiquement, inscrire le sens dans sa vision, plus il lui échappera. Un metteur en scène n’est pas quelqu’un qui produit du sens. Il a juste à faire des machines d’où émerge un sens.

Dans Les Vainqueurs, vous convoquez l’histoire contemporaine, une question toujours à l’œuvre chez vous.
« Mon intuition est que le monde n’est plus politique. Je ne sais pas comment on fait pour vivre dans un monde qui n’est pas politique. Je ne sais pas ce qui vient à la place, s’il y a même quelque chose qui vient à la place. C’est pourquoi Les Vainqueurs s’ouvrent avec une pièce brechtienne où les personnages, petit à petit, se rendent compte que la dramaturgie brechtienne ne tient plus et qu’ils tournent en roue libre, comme de petits engrenages qui n’entraîneraient plus les grands parce qu’ils sont trop politiques, qu’ils se débattent dans des conspirations sans écho. La politique française est devenue du show-business, elle n’est plus politique. Mais qu’est-ce qu’un monde qui n’est pas politique ? Je ne le sais pas. C’est là que je pose la question au théâtre. En retirant le politique de la dramaturgie, ou en montrant qu’il vire à sa propre parodie, ou en le mettant face au vide, qu’est-ce qui se passe ? Qu’est-ce que va être le monde de demain ? […]

[Le théâtre] remet le politique en jeu, autrement ?
« Le théâtre est là parce qu’il vit avec les fondements de l’homme. C’est le monde qui vit en dehors de l’humanité quand il n’est plus politique. C’est le monde qui fait de l’homme une marchandise quand il est enivré de virtualité ou de spéculations abstraites. C’est le monde qui est une virtualité aujourd’hui, et c’est le théâtre qui est le réel. Cette seule vertu en fait pour demain un objet incroyable.

Et en même temps vous en faites le lieu de la métaphysique.
« Je me méfie toujours de la métaphysique, je me méfie de moi-même.

Est-ce qu’il y a de l’irreprésentable au théâtre ?
« Ce qui est irreprésentable, c’est la Joie. La Joie se mesure en perte d’identité. Plus on est proche de la Joie, plus on perd son identité, donc comment pourrions-nous donner la moindre représentation de la Joie ? Dans le théâtre, comme dans la théologie catholique, l’invisible vient dans le visible, et ce qui est irreprésentable vient dans la représentation. C’est une sorte d’habitude à prendre par rapport aux choses du monde que de les voir au-delà d’elles-mêmes… »

Propos recueillis par Jean-Louis Perrier et Bruno Tackels

La Grande Parade d’Olivier Py, du 25 avril au 3 juin, au Théâtre du Rond-Point à Paris. Tél. 01 44 95 98 21 www.theatredurondpoint.fr


Date de publication : 13/04/2006


Mots-clés : théâtre, modernité, incarnation, joie, Dieu, jouer
Inséré le : 12/04/2006 00:00
Thèmes : écriture, théâtre,