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Chapeau : Le collectif d'artistes viennois récemment rebaptisé Gelitin (et non plus Gelatine) donne à voir et à expérimenter une œuvre boulimique et désinhibante. Portrait de ces nouveaux révolutionnaires hippies, qui puisent leur force motrice de création dans la joie, l'excès et l'humour.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : portrait (Mots-clés : )
Genre Ressource : portrait
Apparence :
Rubrique : Espace critique
Rubrique : 40
GELITIN Metteur en scène
Mathilde VILLENEUVE rédacteur
Texte : Happy togetherGelitin se compose de Florian Reither, Tobias Urban, Wolfgang Gantner et Ali Janka, et de tous ceux que le collectif invite régulièrement à participer à l'élaboration de ses pièces, comme ce fut le cas lors de leur récente exposition monographique au Kunsthaus de Bregenz, en Autriche. Certains d'entre eux avaient alors été sollicités pour produire quelques crottes en forme de lettres, photographiées, rassemblées en mots, puis encadrées et épinglées au mur. Cette œuvre collective scato et kitsch, mais jamais trash, d'une expérience privée devenue publique, Gelitin en avait déjà fait la démonstration à la Biennale de Moscou en 2005. Ils avaient alors suspendu une sculpture collective,
Zapf de Pipi, à l'extérieur du musée Lénine : une stalactite qui grossissait au fur et à mesure que les spectateurs allaient se soulager dans les toilettes en bois conçues pour l'occasion. A l'image aussi de ces peintures grand format sculptées en groupe dans une pâte épaisse et brunâtre, et qui de loin ressemblent à une masse informe marécageuse, mais qui, de près, laissent émerger un ensemble fragmentaire composé d'orifices et de morceaux d'anatomie.
Le langage de Gelitin, on l'aura compris, est celui du corps, pris comme une entité simple reconnaissable par tous, voire une machine digestive, qui produit, performe et participe. A travers leurs œuvres qui intègrent d'une ma-nière concrète la définition d'un art dit relationnel – à cette différence qu'elles apparaissent plus chaotiques –, les Gelitin mettent en place les conditions de situations joyeuses et de jouissances physiques offertes à un spectateur alors désorienté. Ce dernier peut tour à tour se relaxer dans un sauna extérieur, plonger dans un bassin et découvrir, au fond des limbes, le trésor caché, ou s'enfoncer jusqu'à mi-cuisse, nu ou vêtu des vêtements mis à sa disposition, dans un bain de boue inondant une salle entière d'un musée.
Body buildersSi, chez Emmanuel Perrotin (galerie parisienne où ils exposent ce mois de juillet), ils prétendent
« to rokoko the visitors », les quatre garçons ne rechignent pas pour autant à se mettre eux-mêmes en scène. Lors de la foire de Frieze 2003, ils s'imaginaient en gâteau humain, des bougies plantées dans les fesses, les oreilles ou la bouche. A la Koenig Gallery à Chelsea, en 2005, ils s'enfermaient durant une semaine dans une boîte de la taille d'une petite maison, et, équipés de toutes sortes de matériaux de récupération, s'attelaient, tels des ouvriers dans leur usine, à confectionner sur commande des objets d'art. En fait, cette œuvre (
Tantamounter 24/7) se présente comme une sorte de machine à copier humaine qui reproduit de manière approximative, mais avec une ingéniosité et capacité d'improvisation remarquables, l'objet original que les spectateurs étaient invités à déposer dans la trappe prévue à cet effet – allant du porte-monnaie aux vêtements, en passant par le bébé d'un confrère artiste (!). Un tantinet plus provocateurs, ces agitateurs gais s'infiltraient en l'an 2000 au 91e étage du World Trade Center pour remplacer une fenêtre par un balcon fabriqué main, sur lequel ils prenaient place à tour de rôle durant quelques dizaines de minutes. Si cette performance risquée défiait alors le système de sécurité du bâtiment, elle répondait surtout à la volonté de réaliser un rêve : se tenir en suspension (bancale) dans les hauteurs du monstre sacré... Plus romantiques encore, les Gelitin installaient en 2005 un gigantesque lapin rose au sommet des montagnes italiennes, investissant une fois de plus l'espace public de leurs objets poétiques, ici
in process et d'une échelle monumentale. Comme un ovni tombé du ciel ou une créature tout droit sortie du monde de Gulliver, la bête cousue main et bourrée de paille se désintégrera au fil des années. En attendant, elle constitue le meilleur refuge des animaux et une nouvelle attraction touristique.
Résolument anti-conceptuels, les Gelitin ne prétendent à rien, si ce n'est prendre du plaisir et en procurer. Si leur œuvre,
in situ, et qui requiert la participation du spectateur, renvoie aux pratiques interventionnistes de Fluxus, des Situationnistes ou encore du Land Art, elle s'en différencie dans sa volonté de produire, avec une sincérité déconcertante, un sentiment de liberté et d'amusement, et se place résolument du côté de la gratuité et de la non-efficacité. C'est bien le seul attribut politique de cette œuvre utopique, ludique et généreuse... Rien de grave, ni d'idéologique : jamais de sang, rien que du ketchup.
Mathilde Villeneuve
> Qu'ils mangent de la brioche, gelitin, à la Galerie Emmanuel Perrotin, jusqu'au 29 juillet.
www.galerieperrotin.com
Date de publication : 20/06/2006
Mots-clés : collectif, art plastique, galerie
Inséré le : 27/09/2006 00:00
Thèmes : arts plastiques, exposition,