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Alter/vs Ego
Chapeau : Derrière les rythmes jazz et
house qui ont fait sa renommée se cache un musicien à la fois accompli et engagé, qui prend le monde comme matériau sonore. Tout en revenant à la chanson avec son album
Scale, Matthew Herbert s'improvise chef d'Etat virtuel avec le projet Country X.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : portrait (Mots-clés : )
Genre Ressource : portrait
Apparence :
Rubrique : Espace critique
Rubrique : 40
Matthew HERBERT musicien
Dorothée SMITH rédacteur
Texte : Biographie : Fils d'un ingénieur du son de la BBC, Matthew Herbert naît au Royaume-Uni en 1972. Pianiste et violoniste de formation, il découvre la musique concrète et les travaux de Reich et de Xenakis au collège. Il devient claviériste dans un big band
de 25 membres en 1988, avec lequel il commence à jouer à l'étranger. Il suit les cours de théâtre de l'université d'Exeter et s'intéresse aux liens entre musique et performance. Les premiers morceaux qu'il compose ont pour source sonore les objets de son environnement les plus improbables : en 1995, le matériel de sa première performance, sous le pseudonyme de Wishmoutain, se limite à un sampler
, un synthétiseur et... un paquet de chips. Voyant sa créativité restreinte par les contraintes de composition imposées par ce personnage, Matthew Herbert, dans une perspective plus mélodique, crée ensuite les personnages de Dr. Rockit et de Radio Boy, sa signature la plus expérimentale. C'est dans la continuité de ces approches de la composition que s'inscrit, par la suite, sa démarche ; à l'affût d'objets sonores porteurs d'une histoire et d'un sens, il concentre aujourd'hui ses recherches sur la dimension politique de ses compositions, qu'il publie dorénavant sous son propre patronyme.Le monde comme matériau sonoreMatthew Herbert part du constat que tout objet du monde est potentiellement producteur de son – et, de fait, à l'origine d'une éventuelle œuvre musicale. Porté par l'ambition de composer des morceaux dont les sources musicales sont encore inouïes, le compositeur, depuis ses débuts, a considéré son univers immédiat comme un matériau sonore privilégié. Sa découverte précoce du
sampler, machine-instrument capable d'enregistrer des sons, de les stocker et de les restituer, lui permet d'emprunter des fragments sonores à son environnement.
« Je me souviens de ma première expédition au Canada, pour pêcher le saumon. J'avais capturé et enfermé dans un sac une dizaine de crabes, dont je n'ai pu m'empêcher d'enregistrer le crissement des pinces contre le plastique. “Voilà un son,
avais-je pensé, enthousiaste, que personne n'a encore jamais entendu !” »Intéressé tant par la texture et l'originalité des sons que par leur histoire, il les utilise souvent pour le sens qu'ils renferment, avant de considérer leurs qualités musicales. La plupart du temps, les sons qu'il emprunte au réel sont intégrés sans traitement préalable dans les morceaux. Se jouant des possibilités de l'écoute réduite, introduite par le compositeur Pierre Schaeffer (lui-même inspiré par la réduction phénoménologique de Husserl), Herbert explique que son objectif est de donner à entendre des sons du quotidien dans un contexte musical qui contribue à les rendre indéterminables :
« La plupart des sons que j'utilise sont tout à fait communs : des klaxons de voiture, des chants d'oiseaux, des céréales versées dans un bol... Et parce qu'il s'agit de musique et qu'ils sont extraits de leur contexte, les gens les entendent différemment. On peut reprocher à cela le fait que, sans lire les notes que je propose dans chaque album, il n'est pas possible de reconnaître ces sons. Mais il y a toujours un indice, dans la musique ou dans les paroles, qui permet de déterminer le sens du morceau. » L'écoute réduite correspond à une « activité perceptive » intentionnelle, qui vise à écouter le son pour lui-même, en mettant de côté sa source et sa signification. Aussi la musique d'Herbert nécessite-t-elle, pour être pleinement comprise, au moins deux écoutes : une écoute réduite permettant d'apprécier la qualité musicale de ses compositions, et une écoute
« causale » puis
« sémantique » (pour reprendre les termes de Michel Chion dans son livre
L'audio-vision) visant à identifier l'origine du son, et à en comprendre le sens.
Radicalisant les préceptes de la musique concrète, dont il déplore la primauté de l'aspect intellectuel au détriment d'une approche plus mélodieuse et affective, Herbert établit en 2000 un équivalent musical du Dogme cinématographique : le
Personal Contract for the Composition of Music (PCCOM). Ce manifeste exige, de la part du compositeur, la promesse de ne manipuler que des sons recueillis par ses propres soins dans son environnement. Aucun son pré-composé, par exemple issu d'un logiciel ou d'un morceau existant, ne doit être utilisé en l'état. L'allure dictatoriale de ce manifeste est tempérée par sa dernière clause, qui stipule que
« le morceau doit toujours aspirer à être bon, la médiocrité n'étant pas un objectif acceptable ». Le PCCOM est accompagné du Manifeste des Erreurs :
« En tant qu'être humain, explique Herbert, je considère que les éventuelles erreurs que je peux réaliser ne sont en aucun cas honteuses. A l'inverse de ceux qui cherchent à atteindre un son parfaitement propre, épuré de tout accident, j'essaie de mettre en avant ces produits du hasard dans ma musique. » Egalement DJ de renom et considéré comme l'un des compositeurs de musique
house les plus influents, Herbert est parvenu, en une quinzaine de parutions, dont quatre albums profondément marquants, à concilier l'impératif des
dancefloors et sa volonté d'y imposer une dimension intellectuelle pertinente. Passionné de jazz et armé d'une maîtrise remarquable du rythme, Herbert, s'interdisant l'utilisation de toute boîte à rythme, confère à ses compositions une dimension originale dont attestent certains de ces albums, tel
Bodily Functions. Quoique pertinente, l'assimilation de son travail au mouvement
house, né au début des années 1980 à Chigago, et dont les compositions sont caractérisées par un rythme minimal et funky et des voix synthétiques, est assez contingente, car il en propose da-vantage un renouveau qu'une illustration révérencieuse.
> Dernier disque paru
Scape (Studio !K7/Pias)
> Discographie sélective
Doctor Rockit : The Music Of Sound (Clear)
Herbert : Around The House (Phonography/Style/Studio!K7/Pias)
Herbert : Bodily Functions (Studio !K7/Pias)
Radio Boy : The Mechanics Of Destruction www.themechanicsofdestruction.org
Matthew Herbert : Plat Du Jour (Accidental/Discograph)
> Matthew Herbert en concert
Le 13 juillet au Festival de Montreux (Suisse), le 16 à Dour (Belgique), le 17 à Gand (Belgique), les 24, 25 et 26 au Festival de San Sebastian (Espagne), le 23 septembre à Lyon (Biennale de la Danse), le 29 à Marseille (festival Marsatac), le 30 à Strasbourg (festival Ososphère), et le 14 octobre à Paris (festival Factory).
> Contacts
www.magicandaccident.com (le site de Matthew Herbert)
et
www.matthewherbert.net (site de fans très documenté)
Date de publication : 20/06/2006
Mots-clés : musique, musique contemporaine, électro, compositeur, composition
Inséré le : 28/09/2006 00:00
Thèmes : composition, musique, musique contemporaine,