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La Station fête ses 10 ans
Chapeau : Pour fêter ses 10 ans, l'association niçoise La Station a été invitée à organiser une grande exposition au Confort Moderne de Poitiers.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : brève (Mots-clés : )
Genre Ressource : brève / notice
Apparence :
Rubrique : Espace critique
Mathilde VILLENEUVE rédacteur
Texte : La Station, qui désigne à la fois un regroupement d'artistes et un lieu de pensée et de créativité, soit un espace d'amitié dont la plupart des protagonistes se sont rencontrés à la Villa Arson, fait aujourd'hui parti intégrante du paysage de l'art contemporain niçois. Alors qu'en 1996, ils ouvraient leur premier espace d'exposition dans une station service, invitant des artistes tels que Bertrand Lavier, Bruno Serralongue ou Philippe Ramette, ils déclinent depuis leur programmation dans des expositions, des performances, des conférences, des lectures, mais aussi dans des expositions hors les murs dont certaines ont largement participé à leur renommée. C'est le cas entre autres de « Drive in », qui a eu lieu dans un parking en 1999, au cours de laquelle le spectateur était invité à circuler entre les œuvres au volant de sa voiture.
Le groupe a aujourd'hui évolué (il est composé notamment de Cedric Teisseire, Marc Chevalier, Emilie Perotto, David Ancelin, Julien Bouillon) et le lieu a changé d'emplacement (il se trouve désormais dans les locaux de la Fondation Dabray, à Nice toujours). Leur activité, elle, n'a pas déchanté et leur volonté de soutenir la jeune scène niçoise non plus. Preuve de l'intérêt qu'ils ont su susciter durant ces années, la quasi-totalité des artistes ont répondu positivement à l'invitation qui leur a été faite pour cette exposition anniversaire. Si on y retrouve ceux du début - Francis Baudevin, Philippe Mayaux, ou Olivier Mosset – c'est une jeune artiste qui ouvre l'exposition : Emilie Perotto installe dans l'entrée une sorte de parc d'attraction pour chat, tout en bois et couleurs vives, soit un parcours d'équilibre digne d'une fable d'Alice aux pays des merveilles. Il renvoie au géant rideau noir que Paul Ritter a étiré sur un mur adjacent et marqué à la bombe d'un dessin d'une petite fille. Fayçal Baghriche quant à lui aurait retiré la photo originelle du fameux saut dans le vide d'Yves Klein, en y soustrayant la présence de l'artiste, tandis que Ramette, penché sur son rocher au bord de la route, défie les lois de l'attraction.
Bien que quelques échos s'établissent d'emblée entre les pièces, l'agencement reste instinctif et ne se plie à d'autres règles qu'à la reproduction de l'espace en L de la Station à l'intérieur du Confort Moderne. En dehors de ce marquage de territoire, les « stationautes », tout comme l'équipe du Confort Moderne, a préféré penser l'aménagement des espaces selon les travaux des artistes et privilégier ainsi une libre circulation du spectateur généré par un travail collectif plutôt que par l'autorité d'un seul commissaire.
Pour faciliter la lecture de cette exposition, on pourra alors décrire un regroupement de peintures abstraites, de Mosset ou de Baudevin, ou encore, un peu plus loin, une tendance donnée au noir et blanc, avec un nouveau wall painting d'Olivier Nottelet, tout proche d'une des premières salles peinte systématiquement en noir qui accueille les objets précieux de Pierre Vadi - un cadis en résine transparente et une chaîne déposée sur le sol, parsemée de délicats papillons noirs. Sur le mur, Baghriche remplace l'écriture en néon (matériau de prédilection d'un grand nombre d'artistes aujourd'hui) par des bâtonnets de cocktails à la durée de vie ridiculement courte tandis que Natacha Lesueur et Ingrid Luche exposent un gros gâteau meringue au-dessus duquel elles projettent l'image de leur corps entraînés dans une danse. Ailleurs, c'est le mobilier qui est mis à l'honneur sous différentes formes : les photos et objets rococo de Bruno Pelassi qui revendiquent l'abondance du toc, une fontaine de Vincent Ganivet construite dans l'évier, un « OH NO » de l'américain Dustin Larson fabriqué à partir d'une roue, d'une chaise, d'un escabeau. Enfin, un cabinet de curiosité libère ses monstres tels que les dessins sarcastiques de Béatrice Cussol, mêlant l'acrylique et le feutre qui donnent naissance à des personnages hybrides, ou encore une peinture sur le mur de Philippe Mayaux d'une branche d'arbre...ou s'agit-il d'un corps recroquevillé inspiré de
La Métamorphose de Kafka ou de
La Mouche de Cronenberg ? D'autres œuvres, comme les tags amoureux de Jean-Baptiste Ganne qu'il a collectés à Rome et reproduit ici blanc sur blanc sont disséminées dans l'espace d'exposition. D'autres encore sont plus isolées. Il en va ainsi du sol de David Ancelin qui investit un lieu de passage d'une sculpture plate et mouvante sous les pas du spectateur (il recouvre le sol de tomettes qu'il laboure à l'aide d'un motoculteur) ou de la projection du nouveau film de Alexia Walther qui débute sur un texte de La Guerre des Gaules de César pour se poursuivre par un twist déchaîné poussé à la caricature.
Cette programmation dense et généreuse ne s'arrête pas là. Elle comprend également quatre temps forts avec l'organisation de soirée concerts, de performances et de lectures. On pourra notamment assister à une programmation vidéo de Jean-Marc Chapouli, à une performance de Blixa Bargeld et à d'autres interventions d'artistes tels que Jérôme Mauche et Eric Duyckaerts.
Mathilde Villeneuve
« Egosystème »
La Station [Nice] au Confort Moderne de [Poitiers]
Jusqu'au 17 décembre
Confort Moderne
185 rue du Faubourg du Pont-Neuf
F-86000 Poitiers
05 49 46 08 08
www.confort-moderne.frLa Station
10, rue Molière
06100 Nice
04 93 51 75 41
www.lastation.org
Date de publication : 05/10/2006
Mots-clés : exposition, artiste, art visuel
Inséré le : 04/10/2006 00:00
Thèmes : arts plastiques, installation, peinture, association, exposition,