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L'envers du show

Good Samaritans, de Richard Maxwell

Chapeau : Invité au Festival d'Automne à Paris et à Toulouse, le new-yorkais Richard Maxwell sape les clichés d'une Amérique étincelante en collectant personnages, situations et vocabulaire déclassés, produits du low cost et du hard discount.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : analyse (Mots-clés : )

Genre Ressource : texte d'analyse

Apparence :

Richard MAXWELL Metteur en scène
Jean-Louis PERRIER rédacteur

Texte : (...) Le théâtre de Richard Maxwell n'est pas hors ou au-delà de Broadway, mais un accident violent, soigneusement prémédité, au cœur même de Broadway. Il opère au croisement de banals faits du quotidien qui renvoient l'entertainment à sa facticité endimanchée. Ses personnages n'en sont pas moins des produits dérivés du divertissement, vraisemblablement recalés aux épreuves de qualification, et rejetés par lui. Inaptes au recyclage, promis au rebut, et qui entendent chanter quand même le terne de leur vie. S'ils sont mortels, c'est fortuitement. Même là, ils échappent à la recension. Ils ont raté les sentiers de la gloire, bifurqué avant les autoroutes de la communication et piétinent sur place, dans l'espoir d'une limousine qui les conduirait ailleurs, au son d'une guitare rock, là où se rassemblent et se ressemblent les créatures de l'empire américain. Ils sont imprésentables, mais pas irreprésentables, à condition de les soumettre à la sévère discipline scénique maxwellienne, résistance farouche à l'expression dominante qui les inscrit comme dominés, doublement. (...) Leur réserve apparente, qualifiée « d'inexpressive » par la critique américaine, est aspiration à ne pas dépasser. S'ils s'alignent volontiers, c'est moins pour parodier la chorus line, que pour rester dans le rang. L'exercice de la hauteur et de la largeur est suffisant pour montrer leur appartenance aux marges du pays de la liberté.
(...) Ils sont verbalement faibles, comme ils sont économiquement faibles. Leur vocabulaire est bas de gamme, extrait des linéaires inférieurs d'un dictionnaire fortement décompté. Leurs propos ont été collectés au hasard des rues, par des portes et des fenêtres entrouvertes. Parfois, Richard Maxwell les a sauvés de la décharge. Quand ils ne sont pas déjà défraîchis, il les délave jusqu'au poncif et élimine la tentation d'un sous-texte qui ferait graisse. (...) Le silence maxwellien s'impose alors, qui excède ce que le théâtre communément admet. Il frôle le blanc, il le cherche, en forant. S'extraire du blanc est aussi vain que sortir de leur condition. Mais cela permet un geste grandiose, comme s'il s'agissait de pousser la machine-corps jusqu'au bas-côté avant de la remettre en parole.
(...) Richard Maxwell a coupé les ponts entre langage et émotion. Pour mieux révéler l'un et l'autre et sans doute l'un à l'autre. Les voix et les corps, les propos et les actions apparaissent détachés. Ils forment les isolats d'un petit peuple déraciné dans son chez lui. Un détachement qui n'est pas de façade, mais une logique de société. De son injustice. De sa décomposition. Seuls, les lyrics pourraient recoller les pièces, dans de brefs unissons: « Baby, I love you / Baby, I'll find you / Baby, yes I will / Baby, I love you / Yes I do / Let it be true / I love you... » Les paroles sont les même qu'à Broadway, mais pas l'air, chanté de guingois, tiré vers les sonorités les plus ternes, vers le lieu où toute mélodie risque de se coucher et mourir, où s'éveille en place de larmes le rire et sa répression. C'est assez pour en finir avec un « réalisme », dont Richard Maxwell a juré la perte, et qu'après avoir combattu comme peu d'Américains de son temps, il laisse entrevoir à sa façon par les portes battantes de Good Samaritans.

Jean-Louis Perrier
(extraits d'un texte publié dans Mouvement n° 42, octobre-décembre 2006)

Good Samaritans, au Centre Pompidou (Festival d'Automne à Paris), du 11 au 14 octobre, et au Théâtre Garonne à Toulouse, du 17 au 21 octobre.

Showcase, dans un hôtel du quartier des Halles (Festival d'Automne à Paris), du 11 au 14 octobre, et au Perfect Performance Festival, à Stockholm, les 22 et 23 octobre.

www.festival-automne.com

www.theatregaronne.com




Date de publication : 05/10/2006


Mots-clés : théâtre, représentation, scène, spectacle, festival, dramaturgie
Inséré le : 04/10/2006 00:00
Thèmes : écriture, festival, théâtre,