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Partitions pour corps et images

Temps d'Images, à la Ferme du Buisson

Chapeau : A la Ferme du Buisson, en région parisienne ; aux Halles de Schaerbeek de Bruxelles et dans plusieurs villes européennes, le festival Temps d'images, auquel est associé Arte, continue d'élargir son périmètre.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : brève (Mots-clés : )

Genre Ressource : brève / notice

Apparence :

Rubrique : Espace critique

Julien Bouffier Metteur en scène
MOTUS compagnie de théâtre
Rabih Mroué Metteur en scène
Jean-Louis PERRIER rédacteur
Lina Saneh Metteur en scène

Texte : « Faire dialoguer sur un plateau une image projetée et un corps vivant. »Tel est le principe fondateur du Festival Temps d'images. Associés sur cette base, dès l'origine, en 2002, la Ferme du Buisson et Arte - croisement d'une scène nationale et d'une chaîne européenne -, n'ont cessé d'accroître leur périmètre d'intervention, intégrant performances et installations, pour faire jouer de nouvelles partitions aux corps et aux images. Moment et lieu de recherche, Temps d'images place les auteurs (cinéaste, dramaturge, chorégraphe, plasticien, circassien, musicien...), face au pluriel d'écritures. A preuve, les « chantiers », ouverts dès la première édition, auxquels sacrifieront brillamment les tandems Pedro Costa / João Fiadeiro ; Guy Alloucherie / Olivier Smolders ; Jan Speckenbach / Emmanuel Salinger ; Daniel Danis / Benoît Dervaux...
La cinquième édition de Temps d'images à la Ferme du Buisson réserve les premières en France de Qui a peur de la représentation ? des Libanais Rabih Mroué et Lina Saneh ; Kamp, des Hollandais d'Hotel Modern et Petits épisodes de fascisme quotidien, des Italiens de Motus ; ainsi que celles de Remember The Misfits, de Julien Bouffier ; Monsieur Zéro, Famous when Dead, d'Alexandre Castres ; Silence de Clara Andermatt ; In-Affresco du groupe Zur... « Chantiers » à suivre : ceux de Renaud Cojo / Du Zhenjun (Elephant People) ; Maarten Seghers / Jan Lauwers (O.H.N.O.P.O.P. ICONO) ; Howard Katz / Yoann Trellu / Félix Zopf (Exhibit A4206 / Stolen Property), avant des « Nuits curieuses » qui réservent leurs performances surprises entre cinéma et piscine.
Ancré dans l'idée européenne dès ses débuts, le Festival s'est élargi naturellement à une dizaine de pays, non par duplication d'un programme central, mais multiplication d'inventions locales. Temps d'images est ainsi décliné à Bruxelles (Halles de Schaerbeek, jusqu'au 6 octobre), Lisbonne, Rome, Düsseldorf, Riga, Budapest, Varsovie, Tallinn, et même Montréal....

J.-L. P.

Festival Temps d'images.
A la Ferme du Buisson, du 13 au 22 octobre. Tél. 01 64 62 77 77

www.tempsdimages.org


A lire dans Mouvement n° 42, octobre-décembre 2006 : des entretiens avec la compagnie Hotel Modern, et avec Rabih Mroué et Lina Saneh, ainsi qu'une carte blanche à la compagnie Motus.

Extrait du texte d'introduction sur Kamp, d'Hotel Modern :

« Pour savoir il faut s'imaginer. Nous devons tenter d'imaginer ce que fut l'enfer d'Auschwitz... N'invoquons pas l'inimaginable. Ne nous protégeons pas en disant qu'imaginer cela, de toutes les façons – car c'est vrai -, nous ne le pouvons, nous ne le pourrons jusqu'au bout. Mais nous le devons, ce très lourd imaginable. » L'ouverture d'Images malgré tout, de Georges Didi-Huberman, pourrait être reprise par Pauline Kalker, Arlène Hoornweg et Herman Helle, du groupe Hotel Modern. Un jour, à eux aussi, Auschwitz a jeté son interrogation sans fin, qui leur enjoignait de « s'imaginer », dans leur langage, celui du théâtre de marionnettes. Tous trois appartiennent à la troisième génération (le grand-père de Pauline a été assassiné à Auschwitz), plus libre d'approche que la précédente, mais pas moins concernée. Nul ne s'y satisfait de preuves historiques, incontestables mais insuffisantes à répondre à la volonté de savoir - de l'intérieur. Aussi fortement inscrit soit-il dans notre passé collectif, Auschwitz n'a pour autant rien de figé, à la différence des lieux qui portent son nom. Auschwitz ne cesse de bouger, au présent de chacun. Et c'est au présent – au présent artistique, celui de la marionnette et de la vidéo – que répond Hotel Modern.
(...) Comme dans Holocauste, de Charles Reznikoff, la poésie naît ici de la froide exactitude. Laquelle ne consiste pas à reproduire la réalité, mais à en effectuer - selon le mot d'Hotel Modern - la « translation ».
La distribution des marionnettes par plaquettes, leurs déplacements solidaires, ne se contente pas d'attester du système d'extermination, elle lui donne une forme, une prise à la pensée. De même, la matière des marionnettes, cette résine blanchâtre qui projette les corps vers la transparence, leur disparition. La « translation » s'avère autrement délicate lorsqu'il s'agit d'affronter la seconde échelle de représentation : celle de gros plans, filmés en direct, en vidéo, projetés sur un grand écran qui surplombe la maquette. Images en noir et blanc mouvantes et mal définies – leur précarité évoque Sokhourov –, images volées de reporters taillés comme des géants, images où un seul déporté – ou son bourreau – prend figure d'exemple, images d'actualité, qui opèrent à coup d'inserts, délivrent une dramaturgie du présent dans le passé.

Jean-Louis Perrier

Extrait du texte d'introduction sur Qui a peur de la représentation ?, de Rabih Mroué et Lina Saneh :
Rabih Mroué et Lina Saneh n'ont peur de rien. Nouvelle preuve avec « Qui a peur de la représentation ? », après Biokhraphia, la « biographie de merde » d'une actrice et de son double, sujets au mal être libanais. La question est posée à travers la représentation annoncée, elle appuie sur l'adresse personnelle, au risque d'être remis en question par elle. Mais elle porte aussi sur la représentation en général. Qui a peur de re-présenter ? De présenter à nouveau. En s'enfonçant parallèlement dans l'histoire de l'art corporel et dans celle du Liban, « Qui a peur de la représentation ? », introduit à une série d'interpellations, de défis, inscrivant la peur de représenter au revers de représentations propres à évoquer la peur. Celle qui émane de l'Histoire récente, de ses blancs, des zones où elle ne capte pas.
(...)
L'essentiel de la représentation passe par le verbe. De part et d'autre de l'écran - ni opaque, ni totalement transparent - deux types de récits alternent. Ils témoignent un certain Occident (art corporel, automutilation, exhibition, la femme), et d'un certain Proche-Orient (guerre, destruction de l'autre, refoulement, l'homme). Leurs histoires ne se superposent pas, mais posent la question de leur superposition. Rabih Mroué et Lina Saneh leur donnent une forte unité de ton et glissent des passerelles discrètes entre elles. Chaque performance est en effet située par son auteur à un moment de l'histoire du Proche-Orient : « Orlan » date ses principales interventions de la fin de la guerre civile, « Chris Burden » évoque la prise d'otages du FPLP à Munich, « Mike Butler » l'élection de Bachir Gemayel à la présidence de la République.
Chaque fois, l'ange du scandale frôle la scène. Il pointe l'absence des Libanais d'une tendance de l'art contemporain, autant que la difficulté de l'art contemporain à réfléchir une des principales lignes de fractures du monde. (...)

Jean-Louis Perrier






Date de publication : 05/10/2006


Mots-clés : théâtre, festival, spectacle, spectacle vivant
Inséré le : 04/10/2006 00:00
Thèmes : festival, théâtre,