Si la page ne s'affiche pas, cliquez ici !!!

La musique avec les autres

Nicolas Frize en Seine-Saint-Denis

Chapeau : Dans le « 93 », jusqu'au 22 octobre, êtres, projet du compositeur Nicolas Frize, offre un parcours sonore précédé d'une réflexion sur le thème de l'étranger.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : brève (Mots-clés : )

Genre Ressource : brève / notice

Apparence :

Rubrique : 2006

Nicolas Frize compositeur
Jean-Marc LACHAUD rédacteur

du 18/10/2006 00:00 au 22/10/2006 00:00
Saint-Denis 93200 France (Ile-de-France)



Texte : Depuis de longues années, Nicolas Frize et l'équipe des Musiques de la Boulangère proposent des créations musicales contemporaines originales. Leur pratique, par ailleurs, affirme clairement son caractère militant. En effet, leurs œuvres sont de véritables événements (renouvelables, mais non reproductibles) qui, mobilisant et impliquant l'irréductible singularité des acteurs d'un collectif de vie (au sein de la cité, au cœur du monde du travail, dans le milieu carcéral...), se confrontent au monde réel, à son histoire passée et à venir, aux contradictions qui le défigurent, aux angoisses qui le hantent et aux espérances qui, malgré tout, s'y expriment. Refusant tout compromis au regard de l'exigence créatrice, il s'agit plus précisément de « mêler (noyer-réactiver) » démarche artistique et préoccupation politique (en avril dernier, par exemple, à Marseille, sur les lieux de travail des postiers, maintenant, la précédente intervention de Nicolas Frize, abordait la question des services publics et de leur sauvegarde).
êtres a été conçue dans le cadre d'une résidence simultanée dans sept villes de Seine-Saint-Denis. L'écriture de cette partition musicale « pour voix, instruments, chœurs et bandes-magnétiques » a été précédée par de nombreux moments de réflexion sur le thème de l'étranger, réunissant, autour d'intellectuels et de poètes (Etienne Balibar...), ceux qui (citoyens aux statuts, histoires et visions du monde divers) souhaitaient s'engager aux côtés du compositeur et d'artistes professionnels dans une aventure musicale collectivement pensée et vécue. Trois mouvements, déclinés dans des lieux différents de la ville (une ancienne halle, une patinoire... à Fontenay-sous-Bois fin juin), constituent ce parcours sonore qui impose aux solistes, au chœur et au public l'expérience physique de la déambulation et du déplacement. Mais êtres n'est pas un hymne à la foule anonyme ou à la multitude informe ; il s'agit, dans un subtil partage entre soi et les autres d'éprouver le vertige de situations inédites au sein desquelles se tissent et se nouent, entre frôlements et frottements, dans un mélange de bruits extérieurs et de sonorités intimes, d'imprévues « épreuves du sensible ». L'enjeu, pour Nicolas Frize est de laisser ainsi sourdre une musique inventive, afin que « quelque chose d'indicible se diffuse », que soient retenues les « voix du malentendu » et ouvertes les « voies de l'entendu ». Lézarder les frontières, concrètes ou imaginaires, est il est vrai une nécessité pour mieux repousser les tentations du repli (et finalement de la haine) et laisser surgir d'autres perceptions del'autre susceptibles de fonder de nouveaux modes d'être ensemble. Notons que la puissance critique des mots (ceux d'Aimé Césaire, de Paul Eluard, de Frantz Fanon, d'Edouard Glissant, de Jean-Paul Sartre...), évoquant l'esclavage, la colonisation, le racisme, la différence, l'intégration..., n'est pas négligée. En écho aux sons, aux chuchotements et aux silences, dans un moment de « lectures » qui s'inscrit au sein du premier mouvement, ceux-ci vibrent, se télescopent et se chevauchent parfois, selon la technique godardienne du montage, tandis que des citations significatives sont projetées sur un écran.
Alors que certains hommes politiques, par idéologie ou par opportunisme, nourrissent la peur de l'autre, alors qu'a été cet été organisée une inacceptable chasse aux enfants étrangers, la proposition de Nicolas Frize résonne telle une salutaire volonté d'active résistance pour « endiguer le tumulte ambiant ». En effet, « l'émotion sonore », ici produite et ressentie, s'avère bien avec force comme « une promesse de respiration et d'élucidation là où les discriminations sont légions »!

Jean-Marc Lachaud

Etres, du 18 au 22 octobre à Saint-Denis
entrée libre, mais réservation impérative : 01 48 20 12 50


Date de publication : 18/10/2006


Mots-clés : musique, compositeur, composition, projet, sonore
Inséré le : 17/10/2006 00:00
Thèmes : composition, musique, musique contemporaine,