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Inde contemporaine
L'exposition Passages à Bozar / Bruxelles
Chapeau : Comme à Lille, Bozar à Bruxelles consacre l'Inde jusqu'au 21 janvier. Parmi les propositions variées et souvent attendues du festival, l'exposition Passages rend compte, en présentant six artistes de la scène actuelle, d'une Inde contemporaine, hors des sentiers battus.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : brève (Mots-clés : )
Genre Ressource : brève / notice
Apparence :
Rubrique : 2006
Léa LESCURE rédacteur
du 07/10/2006 00:00 au 28/01/2007 00:00
Salle : Palais des Beaux arts de Bruxelles
Bruxelles
32 2 662 13 20
Bruxelles 1000 Belgique
Bruxelles 1050 Belgique
Texte : L'exposition
Passages, parmi l'événement de grande ampleur qu'est le festival India à Bruxelles, porte bien son nom puisqu'elle prend place dans un couloir de Bozar entre deux escaliers. Que le visiteur se prépare cependant à une intense frustration, car en plus d'être peu nombreuses, les six pièces ouvrent largement l'appétit, stimulant des intérêts tant esthétiques que théoriques. Les deux commissaires, Jany Lauga – par ailleurs chargée de la programmation culturelle à l'ENSBA – et le critique et historien de l'art Deepak Ananth, professeur aux Beaux arts de Caen, ont de toute évidence, faute de pouvoir développer l'initiative en termes quantitatifs, fait preuve d'exigence.
Passages permet d'entr'apercevoir les problématiques récurrentes qui s'imposent aux artistes indiens, principalement articulées autour de la « culture globale ». Il est difficile de tenter une synthèse de la situation économique et sociale dans ce pays tant son étendue et sa diversité en font une confédération d'Etats davantage qu'une nation ; néanmoins, on peut sans trop de risques évoquer le tiraillement, inédit parce qu'accéléré, entre un boom économique porté en grande partie par les industries tertiaires et du software informatique, accompagné des modes de vie occidentaux au rabais diffusés par les médias, et une société régie par un contrôle social omniprésent basé sur des valeurs traditionalistes intransigeantes.
Parmi les œuvres présentées se détachent deux pièces majeures.
Global Clones de Sharmila Samant est une superbe installation située dans une minuscule pièce noire. Une projection au sol recouvre une paire blanche de baskets Nike ; elle donne à voir une paire de babouches aux contours mal définis qui avance lentement, sur un sol de glaise. La plasticienne de Bombay a choisi dix paires de chaussures que portent les femmes de l'un des pays traversés par la route de la Soie, l'une des premières voies de commerce entre le sous-continent indien et l'Europe. Elle a ensuite utilisé un logiciel de morphing, de manière à ce que chaque paire se métamorphose subrepticement en la suivante, en s'animant d'un mouvement qui initie la marche. La vidéo en boucle nous montre donc toutes ces mules qui avancent, tout en faisant du surplace. La mise en présence de ces deux éléments raconte une multitude d'histoires : la matérialité imposante de l'unique paire de baskets que tentent de recouvrir en transparence et sans succès toutes ces babouches qui n'arrivent pas à ne faire vraiment qu'une paire; le fantasme du produit industriel reluisant avec son cuir blanc pour lequel marchent indéfiniment toutes ces vieilles chaussures usées ; ou encore l'homogénéisation progressive des chaussures des femmes qui portent toutes une histoire, aspirant au modèle éthéré qui les surplombe, indistinct et unisexe.
Plus abstrait et intimiste,
This or that est une vidéo de cinq minutes réalisée par la plasticienne Kriti Amora. L'image, en noir et blanc, est granuleuse et de mauvaise définition, et le montage crée des répétitions, des superpositions d'images en flashes, dans un rythme saccadé, un peu à la manière des travaux de Brackhage. La vidéo s'ouvre sur un plan large, un train qui avance, pour ensuite enchaîner des images qui représentent ce que l'on suppose en être l'intérieur. Une jeune fille secoue un drap, dans un mouvement stroboscopique où les formes deviennent abstractions. Quiconque a voyagé en Inde sait combien les trains, de façon bien plus exacerbée qu'en Europe, ne sont pas tant un moyen de transport qu'un lieu de vie, avec son économie propre et sa temporalité particulière. Derrière cette sorte d'hommage au train, c'est autre chose qui apparaît : les mouvements réguliers, ascendants et descendants, de différents motifs récurrents, le regard vide de la jeune fille étendant son drap qui évoque l'inéluctabilité de quelque chose, la figure de cette jeune fille qui s'efface derrière le carré de tissu blanc, le noir et blanc qui devient rouge sang par un filtre basse définition, l'accélération du montage, puis enfin le visage endormi de la femme illuminé de postillons de lumière qui jaillissent d'une lune désormais fragmentée.
Léa Lescure
Passages : Contemporary India, avec Kriti Amora, Anita Dube, Subodh Gupta, Jitish Kallat, Sonia Khurana, Sharmila Samant, au Bozar à Bruxelles, jusqu'au 21 janvier.
www.bozar.be
Date de publication : 18/10/2006
Mots-clés : Bruxelles, Inde, art visuel, Belgique, exposition
Inséré le : 17/10/2006 00:00
Thèmes : arts plastiques, Bruxelles, arts visuels, exposition,