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Riche et célèbre, mais pas très originale

Retour sur Frieze 2006

Chapeau : A la veille de l'ouverture de la Fiac, retour sur Frieze, la foire d'art contemporain londonienne dont l'édition 2006 s'est tenue du 12 au 15 octobre.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : compte-rendu (Mots-clés : )

Genre Ressource : compte rendu

Apparence :

Rubrique : Espace critique

Mathilde VILLENEUVE rédacteur

Texte : D'un point de vue commercial, la quatrième édition de Frieze, organisée par Amanda Sharp et Matthew Slotover, est un succès. Les chiffres propulsent la foirée londonienne aux côtés de ses aînées, Bâle et Miami : 152 galeries participantes (dont 13 nouvelles cette année), parmi lesquelles 35 galeries anglaises, 25 allemandes, 9 italiennes, 8 suisses, 7 autrichiennes et françaises. Si l'on songe qu'un stand coûte au minimum 7 000 dollars, on se dit qu'en effet, les affaires roulent. Les ventes elles aussi semblent avoir atteint des sommets et le nombre de visiteurs (63 000 au total) achève de confirmer cette réussite.
Et pourtant, c'est un sentiment d'ennui qui plane du côté des visiteurs-spectateurs. D'abord parce que la configuration générale semble relever d'un « kit foire » désormais de rigueur. Soit un peu de sculptures et de peintures par-ci par-là, peu de grandes installations, guère d'agencements réellement pensés des stands ni de prises de risques des galeristes, et même parfois de mauvaises pièces de bons artistes (tels ce podium auto-caricatural de Thomas Hirschhorn). Forcément, ici, tout est formaté au mètre carré près, les pièces doivent rentrer dans les cases qui leur sont assignées. On le sait, une foire n'est pas le lieu idéal pour rencontrer l'art, mais elle n'est pas non plus là pour homogénéiser l'ensemble des propositions artistiques et amollir les identités de galeries habituellement démarquées les unes des autres.
Mises à part quelques propositions bien senties d'artistes en galeries, tels les frères Chapman du White Cube, qui proposaient de peindre sur commande et en échange de quelques 4 500 dollars notre portrait, ce sont finalement les artistes invités à travailler en dehors des stands qui retiennent l'attention. C'est le cas par exemple des nano sculptures, invisibles à l'œil nu, élaborées par Loris Gréaud et DGZ Research, de la liste détaillés des matériaux nécessaires à la foire inscrite sur le mur par Lara Almarcequi, du labyrinthe de Mike Nelson à découvrir au détour d'une allée, ou encore du tour en minibus proposé par Pablo Bronstein à la rencontre des bâtiments londoniens des années 1980 et 90.
Bon point aussi pour La Wrong Gallery (davantage une équipe qu'une galerie en fait, composée de l'artiste Maurizio Cattelan et des deux curators Massimiliano Gioni et Ali Subotnick), qui a décidé de rejouer une performance de Gino De Dominicis (1947-98) qui avait outré toute l'Italie lors de la Biennale de Venise en 1972 : un trisomique est assis sur une chaise, le regard dirigé vers trois objets, une pierre, une sphère et un cube imaginaire. Une manière alors pour l'artiste de confronter différentes appréhensions du monde en faisant appel à un regard étranger. Si le choc s'est aujourd'hui estompé, la pièce continue de flirter avec des sujets sensibles tels que l'exploitation, la normalité ou l'intégration.
Enfin, la série des conférences faisant intervenir des artistes d'envergure (Liam Gillick, Marina Abramovic ou Tino Sehgal) et des critiques (dont Claire Bishop, Brian Dillon ou Susan Hiller) pour interroger tour à tour les notions de performance, de goût, de critique, ou d'architecture constitue un autre aspect positif de la foire. Tout comme la programmation des films regroupés autour de thématiques choisies par les curators invités, et ceux diffusés et produits par Frieze de Bonnie Camplin, Phil Collins (l'un des lauréats du Turner Prize), Miguel Calderon et Manon de Boer.

Mathide Villeneuve


Date de publication : 18/10/2006


Mots-clés : Fiac, galerie, Angleterre
Inséré le : 17/10/2006 00:00
Thèmes : arts plastiques, art contemporain,