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Inaccoutumés, nouvelles tranches

A la Ménagerie de Verre, du 2 novembre au 9 décembre

Chapeau : Julie Nioche, Rachid Ouramdane et Pascal Rambert, puis Yves-Noël Genod, ouvrent avec plusieurs créations le nouveau rendez-vous des Inaccoutumés.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : brève (Mots-clés : )

Genre Ressource : brève / notice

Apparence :

Rubrique : 2006

Mari-Mai CORBEL rédacteur
Yves-Noël GENOD chorégraphe
Julie NIOCHE chorégraphe
Rachid OURAMDANE chorégraphe
Jérôme PROVENÇAL rédacteur
Pascal RAMBERT chorégraphe

du 02/11/2006 00:00 au 09/12/2006 00:00
Salle : La Ménagerie de Verre
12-14, rue Léchevin
01 43 38 33 44
http://www.menagerie-de-verre.org/
Paris 75011 France (Ile-de-France)

Paris France (Ile-de-France)



Texte : Lieu d'effervescence(s) en tous genres, abritant les formes les plus insolites de la création chorégraphique contemporaine, La Ménagerie de Verre dispose d'un atout majeur avec Les Inaccoutumés, rendez-vous régulier qui se veut moins un festival qu' «un moment unique qui permet de prendre le pouls d'une époque ». Cette nouvelle édition ne déroge pas à la ligne directrice d'une programmation exigeante, vouée aux surprises et aux découvertes et, par conséquent, très tournée vers les jeunes expérimentateurs. Du 2 novembre au 9 décembre vont ainsi se succéder huit spectacles, dont quatre créations, qui adoptent des parti pris esthétiques tranchés, et parfois divergents, mais tendent vers un même objectif : (d)éton(n)er.
La première à entrer dans la danse, du 2 au 4 novembre, sera Julie Nioche, porteuse d'un projet, H²O-NaCl-CaCO³, défini comme « une proposition proche de l'installation, immergeant le spectateur dans un espace-temps privilégiant l'empathie.» Les potentialités de cinq éléments (une danseuse-chorégraphe, un guitariste, une architecte, un élcairagiste et un lieu) sont conjuguées pour troubler la perception du spectateur et mettre en question – et en tension – le corps et ses limites. Cette problématique des limites du corps occupe une place essentielle dans la pratique de Julie Nioche qui, parallèlement à ses expériences scéniques, a suivi un cursus en psychologie et une formation en ostéopathie, participant à des colloques d'éthique médicale et initiant des séminaires de recherche. S'inscrivant dans la suite logique de ses précédents travaux, H²O-NaCl-CaCO³ donne naissance à un environnement sensitif, de nature hybride, à l'intérieur duquel les corps sont amenés à réagir – au sens chimique du terme...

Un garçon debout, de Rachid Ouramdane et Pascal Rambert (par Mari-Mai Corbel)
Rachid Ouramdane propose pour sa part du 7 au 11 novembre, avec le solo d'Un garçon debout (vu en création à la Scène nationale d'Annecy), de représenter une identité différente de celle couramment admise. « Je m'interroge aujourd'hui sur la capacité que nous avons de regarder un individu sans entrer dans des problématiques identitaires » écrit-il. Identitaire renvoie à l'idée d'une identité réductible à une communauté d'appartenance. A une identité inaltérable dans sa suffisance. Cette conception est mise à mal par la constitution d'une intériorité ; ce serait le jeu de l'existence que de se connaître, et, celui de l'art, que de traduire l'aspect vivant de l'individualité, altérable et créatrice d'elle-même. L'identité ne se suffirait pas. Elle aurait besoin de l'autre, de sa rencontre, et d'un lieu pour avoir lieu.
Un garçon debout vient bien d'un lieu, Annecy, et d'une rencontre à mesure de leurs résidences à la scène nationale, entre Rachid Ouramdane chorégraphe et Pascal Rambert, concepteur de pièces contemporaines – si nécessaire à rappeler... Ils sont bien l'un pour l'autre, un autre - un autre artiste avec un autre médium, même si l'un et l'autre travaillent aux limites des genres, et que leurs esthétiques ont en commun un rapport au silence et à l'autofiction, comme à l'effacement d'eux-mêmes par la scène. Mais ce n'est pas leur rencontre qui est le sujet d'Un garçon debout ; le sujet, c'est cette subjectivité intime, à la recherche d'elle-même, et des moyens scéniques pour mettre ceux qui regardent en rapport avec la leur.
Pascal Rambert n'est donc pas un personnage, mais, habillé comme son habitude, et jouant lui-même, il met en jeu « son » soi-même, non pas comme une garantie d'authenticité mais comme un soi qui, à s'exposer, révèle sa condition d'anonyme ; la scène le révèle interprète comme un autre. L'identité ne peut se qualifier, elle préexiste au langage, au nom ; elle a besoin d'équivalences symboliques, ou de langages poétiques. La scénographie installe bien le lieu du soi comme un lieu vide, neutre, d'un blanc gris, prêt à recevoir la projection des images de l'extérieur converties dans un langage d'ombres et de lumières, abstrait, lié au sens primordial des choses – ici, la projection des images d'une grotte, d'un enfant, les prend au sens symbolique de la Grotte (des commencements, du genre grotesque), de l'Enfant. Dès lors, l'obscurité ténébreuses des choses, parlant par énigmes, est inquiétante, fendue qu'elle est, par instants, d'éblouissements hypnotiques, comme les éclairements et la vidéo travaillées de pair, entre Aldo Lee (vidéaste) et Yves Godin (créateur lumière) le restituent. Les gestes balbutient ; le corps entre allongement et relèvement, cherche une justesse d'être, un ajustement entre soi et le sol, entre soi et l'humus de cette intimité à soi ; un sens à sa marche. Quelques mots sont projetés qui trahissent comment la subjectivité, à peine apparue, se désiste : « J'avais pensé... mais j'... / (...)... non » Le sujet, traversé de silences, est absorbé par son tempo intérieur - tempo irrégulier, diachronique, d'une lenteur troublante, ce dont la guitare électrique de Alexandre Meyer connectée à différents ordinateurs, donne le sentiment et le volume.
L'espace du dedans ne vient qu'à partir d'un écart temporel, d'un dédoublement entre soi et soi, entre ce qu'on a été, et ce qu'on va être. C'est ce que des images d'un enfant à l'écran vêtu semblablement à Pascal Rambert, comme l'enfant qu'il aurait été, suggèrent. Un rapport de substitution, d'accompagnement - le petit garçon sort du paysage, Pascal Rambert y disparaît. Pas n'importe quel paysage. Ce sont les montagnes d'Annecy... C'est l'espacement de ce rapport entre soi et l'autre de soi, ici l'enfant, qui donne consistance au lieu, nous laisse entendre Rachid Ouramdane, au lieu nécessaire pour que la rencontre de l'autre ait (un) lieu...

Elle court dans la poussière, la rose de Balzac, d' Yves-Noël Genod (par Jérôme Provençal)
La première quinzaine des Inaccoutumés 2006 s'achèvera par le nouveau spectacle, présenté du 13 au 15 novembre, de Yves-Noël Genod, d'une incongruité – déjà discernable dans son titre : Elle court dans la poussière, la rose de Balzac – absolument jubilatoire. Présomptueux serait celui qui prétendrait saisir en quelques phrases cet objet chorégraphique hors norme et fâcheux celui qui, ne sachant comment le prendre, préfèrerait le rejeter. Cela équivaudrait à rejeter l'idée même de liberté car c'est au nom de la liberté (cette denrée devenue si rare) que quatre épatants interprètes – deux hommes, un petit garçon et une femme – s'emparent de l'espace de la Ménagerie de Verre, un espace réduit au plus brut et jonché d'accessoires improbables (deux gros rats en caoutchouc, une perruque, une citrouille, une boule de bowling...) qui tous, ne serait-ce que deux secondes, jouent un rôle actif. Que se passe-t-il avec tout ça? On sautille, on soliloque, on chante (des bribes de Louis-Ferdinand Céline surgissent vers la fin), on blague, on divague, on pense et on danse, bref : on chahute tous azimuts. L'aspect très spontané de ce chahut drolatique, touchant par moments au plus nu de l'enfance, résulte évidemment d'un travail obstiné – les étincelles de l'improvisation ne faisant pas long feu sans les secours de la précision. Rigoureusement foutraque, Elle court dans la poussière, la rose de Balzac s'apparente à un cours d'éducation pataphysique dont on ressort incrédule et ravi.

Mari-Mai Corbel, Jérôme Provençal

Les Inaccoutumés, du 2 novembre au 9 décembre, à La Ménagerie de Verre.
Tel. 01 43 38 33 44

Programme complet sur www.menagerie-de-verre.org





Date de publication : 02/11/2006


Mots-clés : danse, danse contemporaine, chorégraphie
Inséré le : 02/11/2006 00:00
Thèmes : danse, danse contemporaine,