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Depuis Stanislavski, le jeu a évolué !
Entretien avec le metteur en scène Alvis Hermanis
Chapeau : Alvis Hermanis, figure de proue du nouveau théâtre letton, est de retour en France avec une tournée de Long Life, pièce pathético-burlesque et sans paroles sur le vieillissement, qui est aussi une réflexion sur l'art de l'acteur.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : entretien (Mots-clés : )
Genre Ressource : entretien
Apparence :
Rubrique : Espace critique
Alvis HERMANIS dramaturge
Jean-Louis PERRIER rédacteur
Texte : Dans
Long Life (Longue vie), du metteur en scène letton Alvis Hermanis, des corps jeunes, visiblement, rassemblent leurs forces pour mieux s'abîmer à représenter la vieillesse. Ils illustrent une autre forme « d'idiotie », plus fruste que celle explorée par Lars von Trier, où le quotidien est réduit à une gestuelle fonctionnelle qui évince la parole, mais pas le son. Cette entreprise pathético-burlesque est aussi une réflexion sur l'art de l'acteur. Après une incursion à Strasbourg (TNS) la saison dernière,
Long Life revient en tournée en France. Entretien avec Alvis Hermanis.
Qu'est-ce qui vous a conduit à une pièce muette ?Depuis plus de quinze ans, je travaille dans le théâtre dramatique, le théâtre qui parle, et pourtant je préfère quand les acteurs ne parlent pas. Normalement, nous donnons des textes, mais si les acteurs évitent de parler c'est mieux. En France, j'ai noté que les jeunes spectateurs n'aimaient pas le parlant. Ils préfèrent voir de la danse moderne même de très mauvaise qualité plutôt que du théâtre de bien meilleure qualité.
Il y a eu un grand débat à l'été 2005 à Avignon sur ce sujet. Les rapports entre arts plastiques, performances, théâtre de texte...A Zurich, une actrice a fait une crise d'hystérie après avoir lu la pièce que je proposais, car elle estimait que son personnage n'avait pas assez de texte. Elle s'estimait offensée. Les stars du théâtre germanique ne supportent pas. Si l'acteur pense que le texte est le seul moyen d'expression, c'est qu'il est un très pauvre instrument.
Vous avez récemment déclaré qu'après la télé-réalité, il n'était plus possible de jouer de la même manière. Je viens de la tradition théâtrale russe, celle de Stanislavski, lequel était obsédé par une chose : comment imiter la réalité avec une précision telle que les gens y croient. Depuis Stanislavski, le jeu a évolué, les mensonges sont devenus de plus en plus raffinés. Quand j'ai vu la télé-réalité, j'ai compris que l'imitation de la réalité n'était plus le monopole des acteurs professionnels. Je pense qu'il reste deux manières de développer le jeu dans le futur : la première est que les acteurs ne prétendent plus qu'ils sont quelqu'un d'autre, ils s'adressent aux spectateurs en faisant fond de leur personnalité réelle sans prétendre qu'ils sont autres – ce qu'on a fait dans
By Gorky, par exemple - ; la seconde réside dans la capacité réelle des acteurs de se transformer en quelqu'un d'autre. L'an dernier, j'ai envoyé les vingt acteurs de la troupe chercher une personne dans Riga, enquêter sur elle durant des mois, avec son accord, et on en a tiré vingt petites pièces chacune dédiée à la personne réelle en question.
Etait-ce imitation ?C'était possible. Certains ont cherché à devenir l'autre personne, y compris dans son apparence. Nous y avons travaillé longtemps. Au Théâtre de Riga, nous avons le privilège de pouvoir faire ces essais des mois durant, nous pouvons nous livrer à un travail pas seulement artistique, mais anthropologique. Pour
Long Life, nous avons travaillé sur la dimension anthropologique de la vieillesse. En Europe, elle reste un tabou. Dans le spectacle on force à faire face à cela, comme au zoo.
Dans les trois pièces que vous avez présentées en France, Le Révizor, Long Life et By Gorki, il y a une dimension de critique sociale, sur l'homo sovieticus, les vieux pauvres et les nouveaux petits bourgeois.Notre objectif n'est certainement pas d'améliorer le monde. Le message socio-politique est marginal. Quand on a monté
Le Révizor, on s'est dit : allez, pour une fois, faisons du théâtre à la mode ancienne. Comme celui de notre enfance. La dimension de la corruption n'était qu'un aspect marginal. Nous avons monté
Le Révizor parce que c'était goûteux pour les acteurs.
Et pour Long Life ?Au début des répétitions, nous avons décidé de jouer l'illusion au maximum. Nous avons découvert à Berlin une boutique de maquillage très sophistiquée, avec des produits du niveau d'Hollywood. Nous avons essayé de maquiller les acteurs et découvert que ce n'était plus du théâtre, le jeu disparaissait. Cela n'avait plus de sens.
Propos recueillis par Jean-Louis Perrier
Long Life, mise en scène d'Alvis Hermanis.
Dates de tournée en France et en Belgique : le 14 novembre à La Foudre, scène nationale de Petit-Quevilly ; les 17 et 18 novembre au Théâtre des Salins, Martigues ; le 21 novembre au Théâtre de Cahors ; le 24 novembre au Granit, à Belfort ; du 28 novembre au 2 décembre à la Maison des arts de Créteil ; les 5 et 6 décembre au Théâtre de l'Agora à Evry ; les 8 et 9 décembre à La Rose des Vents de Villeneuve d'Ascq dans le cadre du festival Scènes étrangères ; et du 15 au 22 décembre au Théâtre de la Place à Liège.
Date de publication : 02/11/2006
Mots-clés : théâtre, mise en scène, dramaturgie, Lettonie
Inséré le : 02/11/2006 00:00
Thèmes : théâtre, théâtre-texte,