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Julien Blaine ou les restes de la performance
Les éditions Al Dante et Adriano Parise font paraître un CD et un DVD
Chapeau : En 2004, le « poète physique » qui vociférait depuis plus de quarante ans une œuvre « en chair et en os » a dit solennellement adieu à la performance.
Bye bye la perf. est le « résidu » multimédia de ce salut époumoné en forme de tournée de pop star.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : brève (Mots-clés : )
Genre Ressource : brève / notice
Apparence :
Rubrique : Espace critique
Texte : L'histoire dira si la fin des avant-gardes n'aura pas été, fondamentalement, l'effet second d'une douleur articulaire. Que l'arthrose et la sciatique puissent sonner le glas d'un art dont l'insoumission constituait la prescription essentielle, voilà en effet l'ultime provocation que Julien Blaine semble livrer avec
Bye Bye la perf. Cet ouvrage, sorte de catalogue tout à la fois d'exposition, de souvenirs et de VPC, accompagné par un CD et un DVD, est le fruit d'une tournée d'adieu réalisée par l'artiste en 2004.
« En ce début de millénaire moi, après 42 ans passés à en faire (des perfs c.àd. des poëmes en chair et en os) j'arrête », écrit-il.
« Après je me planquerai dans les résidus : livres, disques, films, expos et autres traces ordurières. » Figure de la poésie sonore et acteur jusqu'alors infatigable de la scène de la performance depuis les années soixante, Blaine documente les raisons de sa révérence : outre un PV pour
« cri et vocifération sur la voie publique » (mais que faisait la police pour ne pas l'avoir constaté plus tôt ?), les pages du livre reproduisent notamment des radiographies et des bulletins d'hospitalisation, sans parler des traces du chicungunia... Irréductible à l'ordre, la « perf » s'inclinerait-elle devant l'ordonnance ? A force de descendre dans le corps, fût-il celui d'un éléphant (comme dans la première performance de Blaine en 1962 où le barrissement devient la mesure d'un cri poétique), il fallait bien que l'art assume sa dépendance à l'égard de la fragilité d'un cartilage ou des fantaisies d'un moustique empoisonné. L'ironie de cet aveu, parce qu'il évite ce que l'auteur nomme
« la perf sous perfusion », mérite un cynique et profond respect.
Mais pour un artiste qui, afin de la faire sortir de sa
« guangue », a toujours pris la langue au pied de la lettre (
« l'écriture c'est le pied »), ou plutôt à la sueur du pied de la lettre, comment cet état des lieux pourrait-il s'arrêter à la littéralité d'un diagnostic médical ? Il y a du reste. Quelque chose qui déborde, dégouline, exsude. Et excède, dans tous les sens du terme, car Blaine est assez énervant. D'abord, il gueule souvent. Qu'il
« cri, crève, crée, crois, crrrrrr... ». Ensuite il semble vouloir qu'on l'aime et c'est indécent. Enfin il brame que
« la performance est un art désespéré ». Et pour cause, selon lui,
« la performance c'est un corps dans un espace et c'est un son dans un corps ». La tragédie physique qui se joue entre lange et linceul, entre
« l'ange et l'un seul », est ce qui dérange au fond, avec pertinence, et qui s'exprime quand
« avec le temps, le squelette s'extériorise ». Précisément : ce qui reste est ce qui
dé-goutte. Autrement dit, dans ces
« résidus » de performance, tout ce qui relève d'un ordre du littéraire, du poétique et de l'anthropologique. Là réside un grand intérêt de l'ouvrage. La fin de « perf » (fin relative, car l'artiste n'a pas disparu de la scène artistique) fait donc signe vers une performance comme condition indépassable de l'existence. Limite que le médium de la présence physique n'est pas seul à manifester, le livre de Blaine l'atteste.
David Zerbib
Julien Blaine, Bye Bye la perf., éditions Al Dante et Adriano Parise, 252 pages + 1 CD + 1 DVD, 42 €.
Date de publication : 16/11/2006
Mots-clés : art visuel, artiste, édition, performance
Inséré le : 15/11/2006 00:00
Thèmes : arts plastiques, performance, arts visuels,