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Son>voix>corps

Chapeau : Après Jachères Improvisations, où la voix se dissociait du corps, Vincent Dupont explore dans Hauts cris (miniatures)ce créée aux Laboratoires d'Aubervilliers en octobre 2005, le phénomène du cri.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique (Mots-clés : )

Genre Ressource : brève / notice

Apparence :

Rubrique : Espace critique
Rubrique : 41

Vincent DUPONT chorégraphe
Pascale GATEAU rédacteur

Texte : Biographie / Comédien et danseur, Vincent Dupont est né en 1964. Il a travaillé entre autres avec les metteurs en scène Hubert Colas et Antoine Caubet, les chorégraphes Georges Appaix et Boris Charmatz. Il crée Le Verdict en 1999, Jachères Improvisations en 2001, repris en 2004 puis 2005, et (Dikromatik) en 2003.

A partir des deux derniers livrets (Vengeances et Jugements) des Tragiques d'Agrippa d'Aubigné, Vincent Dupont explore avec les techniques du son, de la voix et du corps le phénomène du cri. Le cri non considéré comme plainte ou forme de résistance mais, comme puissance d'agir. C'est en cela que le cri chez Dupont est vitalité. Le cri, émission sonore du souffle, se condense au tréfonds du ventre, s'étire et s'expulse en pure énergie. Antérieur à tout langage, il est la manifestation de la vie qui dit l'imminence d'une lutte.
Seul sur le plateau, assis sur un tronc d'arbre, dos au public à l'avant-scène, Vincent Dupont se lève pour investir dans la pénombre le décor d'une salle à manger bourgeoise avec table, chaises, buffet, tableau et cache-radiateur aux dimensions imperceptiblement réduites. D'emblée, l'espace semble saturé par le corps trop grand. Le spectateur est alors saisi par l'étouffement, le malaise que suggère cet intérieur clos chargé des traumatismes liés à la cellule familiale, à ses héritages et aux contraintes de ses règles sociales. Vincent Dupont, dont on ne perçoit que les contours souples et le volume charnel, évolue à quatre pattes entre les meubles, puis se déploie de toute sa stature tandis que s'échappe de la cavité de son organisme un souffle timbré et coloré qui, chargé de strates de mémoires de l'humanité, en fait résonner toute la vitalité. Tendu entre le ralenti du mouvement et l'accroissement du souffle, le corps est subordonné à des forces de vie invisibles qui se matérialisent hors du corps en cri.
A la différence de Jachères Improvisations, où la voix se dissociait du corps, Vincent Dupont réintègre ici la voix au corps. En effet, dans Jachères Improvisations, les danseurs évoluaient muets au lointain, alors que la voix du chorégraphe était retransmise au spectateur au moyen d'un casque individuel. De même, contrairement au principe de réduction des moyens scéniques à l'œuvre dans ce précédent spectacle, Vincent Dupont en propose ici une expansion allant jusqu'au spectaculaire : démesure du corps et du champ acoustique, amplitude du cri par rapport au chuchotement, sonorisation des déplacements des objets, destruction du décor.
Hauts cris (miniatures) se situe dans la continuité du travail entrepris depuis plusieurs spectacles avec le musicien Thierry Balasse et l'éclairagiste Yves Godin, qui intègre des techniques de musique électroacoustique à une pratique théâtrale de la voix et chorégraphique du corps. Le plateau a été conçu comme une chambre sourde et réverbérante. Des capteurs posés sur le danseur et intégrés dans les parois du décor saisissent le moindre frémissement, frottement du corps ou d'objets sur le sol. Un logiciel développé spécialement pour cette création permet de gérer en direct des traitements électro-acoustiques et de passer du sonore au musical.
La force du travail de Vincent Dupont est de composer avec diverses disciplines (danse, musique, théâtre) une dramaturgie de la sensation qui s'inscrit dans un espace/temps théâtral rigoureux – le temps et sa structuration s'inscrivent dans chaque système signifiant : les jeux d'éclairage, la sonorisation des déplacements d'objets, les distorsions du souffle et de la voix allant de la cacophonie à l'euphonie, les mouvements lents et progressifs du danseur composant des unités temporelles qui s'équilibrent dans l'espace de la scène.
L'environnement sonore et visuel dans lequel est immergé le spectateur de Hauts cris (miniatures) incite celui-ci à concentrer sans relâche son regard et son écoute, lui offrant ainsi une expérience esthétique et émotionnelle intense.

Pascale Gateau

> Hauts cris (miniatures)
Prochaines représentations : du 5 au 7 octobre à Marseille, dans le cadre d'Actoral à Montévidéo ; les 11 et 12 décembre au festival 100 dessus dessous, au Parc de la Villette, à Paris ; le 22 février 2007 au Centre chorégraphique de Tours.

Date de publication : 25/09/2006


Mots-clés : cri, chorégraphie, mise en scène, spectacle, voix, son, corps
Inséré le : 12/12/2006 00:00
Thèmes : Corps, son, voix, danse, théâtre,