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Sonic boom cut

Chapeau : Sous le nom de Madlib,le producteur/rappeur Otis Jackson Jr. multiplie les projets depuis plus de dix ans. Un chercheur de boucles modifiant et triturant à foison ses mélodies où se conjuguent soul, funk, rap, mais aussi rock psychédélique, jazz et minimalisme électronique.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : portrait (Mots-clés : )

Genre Ressource : portrait

Apparence :

Rubrique : Espace critique
Rubrique : 41

MADLIB musicien
Fred HANAK rédacteur

Texte : Biographie : Otis Jackson Jr. est né à Oxnard (Californie) en 1973. Fils d'un musicien de jazz (qui produira le premier maxi de son groupe Lootpack), il s'imprègne très tôt de musique et n'échappe pas à la révolution hip-hop des années 1980. Après avoir fait ses débuts avec les Alkaholics, signant 21 & Over en 1993, il se fait un nom en tant qu'homme-orchestre, auteur, rappeur, producteur et DJ en Californie. Sa rencontre avec Peanut Butter Wolf, fondateur du label Stones Throw, est déterminante pour la suite de sa carrière autant que pour celle du label. Peanut dira à son sujet : « Quand j'ai signé Madlib, c'est comme si j'avais signé 15 artistes d'un seul coup. » Alors qu'il continue à produire à un rythme effréné, citons parmi ses plus récentes parutions les albums Monkey Suite (sous le nom de Madvillain) et Take It Back.

Initié à la musique par son père Otis Jackson, Madlib a commencé son apprentissage sonore dans son petit home studio qu'il a nommé « The Bomb Shelter », un bunker situé au beau milieu de Oxnard, bled illuminé par le soleil californien. Admirateur de Sun Ra, de Melvin Van Peebles ou d'Alain Goraguer, cet enfant du rap a amorcé très tôt ses expériences musicales, et pas forcément du côté du hip-hop : « Mon père a travaillé avec beaucoup de musiciens, aussi bien pour des compositions de morceaux blues et soul que pour du jazz. Il était chanteur soul. A la maison, il laissait la porte ouverte lorsqu'il chantait dans sa chambre ou lorsqu'il passait des disques, les classiques de Blue Note par exemple. J'ai écouté
ses disques dès mon plus jeune âge, j'ai grandi avec du jazz et de la soul plein la tête, avec le reggae et le dub aussi, avec la musique noire. De Miles Davis à Thelonious Monk en passant par John Coltrane ou Herbie Hancock, Ronnie Foster ou Horace Silver. A la maison, il y avait toujours de la musique. Mon père m'emmenait aussi dans les boutiques de disques, lorsqu'il achetait ses vinyles, et j'écoutais au casque les dernières nouveautés qu'il me conseillait. Il m'a fait grandir là-dedans. »
Sa musique est ainsi emplie de vibrations qui lorgnent souvent vers le jazz, comme en atteste l'hommage à Coltrane titré Jazz Cats, un morceau présent sur son chef-d'œuvre, The Unseen, disque diffusé sous le pseudo Quasimoto. Cet opus faussement nonchalant constitue un des albums de rap les plus intéressants de ces dernières années. Nourri de soul et de rythmes souples et/ou granuleux, le travail d'Otis Jackson Jr. déroute bien souvent l'auditeur, qui se perd au milieu des samples de flûtes joués par un rejeton trépassé (Microphone Mathematics), de tonalités baroques (Come on Feet) et de scratches parfaitement placés (Basic Instinct). Ce joyau sort des sentiers rebattus du hip-hop, d'autant plus qu'on y entend deux voix antinomiques : l'une, chaleureuse, est celle de Madlib, l'autre, saillante, celle de Quasimoto, un alias fantasmé donnant la mesure de la surenchère schizophrénique de ce démon du sample. Mais ce n'est pas avec The Unseen que les amateurs de musiques nouvelles l'ont remarqué. Malgré un nombre incroyable de projets, cette créature aux multiples pseudonymes a explosé lors du parachutage de Shades Of Blue, un enregistrement inclassable, édité sur le prestigieux label Blue Note, tête chercheuse du jazz depuis 1939. « Lorsque Blue Note m'a appelé pour me demander un album, je n'arrivais pas à y croire... Blue Note Records a influencé ma vie, mais aussi la vie du jazz et celle de milliers d'artistes du monde entier, qu'ils soient ou non attirés par le jazz. On ne peut nier l'influence que le jazz a eue sur le hip-hop. Pour Shades of Blue, on m'a juste dit de faire ce que je voulais. »
Un homme-orchestre
Connu par les amateurs de rap, à ses débuts, avant tout pour son rôle hyperactif au sein du collectif Lootpack formé aux côtés de DJ Romes et Wildchild (auteurs en 1999 de l'indispensable Soundpieces : Da Antidote, récemment réédité en double CD), dans lequel il est metteur en sons et rappeur, Madlib est aussi, en tout bon workaholic qui se respecte, un producteur aux tentacules étendus, remixant et produisant parmi les plus belles pointures, tels les Beastie Boys, Tha Alkaholics, Dilated People ou LMNO, ou encore ses compères Declaime et Peanut Butter Wolf. Ce dernier continue, du reste, à lui donner carte blanche pour ses élucubrations vibrantes et ses fantasmagories. Répondant toujours présent à l'appel alors que le marché du microsillon n'est pas au mieux, son label continue de parachuter des vinyles dans les bacs et va jusqu'à embaucher les idoles de Madlib. Parmi celles-ci : Melvin Van Peebles, père fondateur de la blaxploitation, connu pour son long métrage Sweet Sweet Baadasssssong, dont la bande originale a été samplée à répétition par Quasimoto sur The Unseen, vient de signer sur Stones Throw pour un album prévu fin 2006, qui sera réalisé probablement en collaboration avec Otis Jackson Jr. La boucle est bouclée ? Pas vraiment. Répondant à l'appel du son, Madlib a décidé, comme de coutume, de changer de visage et de forme. Après le lutin Quasimoto, voici venu le Yesterday New Quintet. En quelques semaines, il forme un ensemble de jazz expérimental comprenant Ahmad Miller (vibraphone), Joe Mc Duffrey (claviers), Monk Hugues (basse) et Malik Flavors (percussions), et lui-même à la batterie. Le groupe a déjà produit plusieurs opus, souvent dirigés vers les reprises (un album entier est consacré à Stevie Wonder, par exemple), mais n'a jamais voulu répondre aux interviews ou se produire sur scène. Cherchez l'erreur. Armé d'une pile de disques à faire rougir plus d'un collectionneur de pointe, de son sampler SP-1200 et de multiples instruments, il se révèle être le seul homme-orchestre de ce combo surréaliste. Et s'il ne s'agit pas forcément son meilleur projet, YNQ montre tout de même le caractère spécifique de celui qu'on surnomme « The Loopdigga » (« le chercheur de boucles »).

Frédéric Hanak

> En concert dans le cadre de la soirée anniversaire du label STONES THROW, GOD BLESS STONES THROW!, avec PEANUT BUTTER WOLF, J ROCC, PERCEE P et DAEDELUS. le 6 octobre De 20 h 30 à 6 heures, à la Chapelle Saint-Sauveur de l'hôpital Corentin-Celton (Issy-Les-Moulineaux)
> Discographie sélective (sauf indication contraire, tous ces disques ont paru chez stones throw/pias) :
Lootpack : Soundpieces : Da antidote (Groove attack, 1999).
Quasimoto : The Unseen (2000), The Further Adventures... (2005).
Jaylib (Madlib & Jay Dee) : Champion Sound (2003).
Madlib : Blunted in the Bomb Shelter (Trojan/sanctuary, 2004), Shades Of Blues (Blue Note/Pias, 2004), Take It Back (2006).
Yesterdays New Quintet : Stevie (2004).
Madvillain (madlib & MF Doom) : Madvillainy (2005).
DJ Rels : Theme For A Broken Soul(2005).
Sound Directions : The Funky Side of Life(2005).
P. Butter, Adult Swim & Stones Throw's : Chrome Children (2006).





Date de publication : 25/09/2006


Mots-clés : musique, son, sonorites, Rap, Hip Hop, Rock
Inséré le : 13/12/2006 00:00
Thèmes : son, hip-hop, musique, rap,