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L'envers du show
Chapeau : Le New-Yorkais Richard Maxwell sape les clichés d'une Amérique étincelante en collectant personnages, situations et vocabulaire déclassés, produits du
low cost et du
hard discount.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : portrait (Mots-clés : )
Genre Ressource : portrait
Apparence :
Rubrique : Espace critique
Rubrique : 41
Richard MAXWELL Metteur en scène
Jean-Louis PERRIER rédacteur
Texte : Biographie : Né à Fargo (Dakota du Nord) en 1968, Richard Maxwell a étudié le théâtre à l'Université d'Etat de l'Illinois à Chicago. En 1994, il s'installe à New York et fonde la troupe des New York City Players. En dix ans, il écrit et dirige une vingtaine de pièces, dédiées aux invisibles de l'Amérique, qui font rendre l'âme aux lyrics
. Showy Lady Slipper
a été présenté au festival Exit à Créteil en 1999 ; House
et Caveman
, toujours à la Maison des Arts de Créteil, lors du Festival d'Automne à Paris en 2000, ainsi que Drummer Wanted
, au Théâtre de la Cité internationale en 2002. Good Samaritans
, qui annonce plus directement ses sentiments, et Showcase
, un solo du plus maxwellien des acteurs new-yorkais (l'imperturbable Jim Fletcher), sont à l'affiche du Festival d'Automne 2006.Richard Maxwell a choisi de réhabiliter le terne. Non pas le mat, qui exhiberait un geste artiste hautement acceptable, mais bien le terne. Un caractère unanimement décrié, puissamment dérangeant, qui place en chiens de faïence l'humour et le désespoir, gardiens intraitables de tout accès à ce qui brille. Passée la gêne qu'il suscite, le terne acquiert la fraîcheur d'une révélation. Il dévoile des nuances, des alliages inattendus. Dans une société où tout doit étinceler, du sol au plafond, sa conjugaison apparaît comme une incivilité remarquable, une déchirure dans le contrat de représentation. Richard Maxwell enrôle équipier (
Burger King), coursier (
Flight Courier Service), ouvrier (
Caveman), boxeur de second rang (Boxing 2000), musicien d'occasion (
Drummer Wanted), sans emploi ni domicile fixe (
Good Samaritans), et même cadre en rade (
Showcase), et il les envoie froidement à l'assaut du gloss américain. Ces endettés à vie, abonnés à la panne, routiniers du bug sur lesquels aucun moyen de communication, aucun art de masse ne se retourne, sont aussi des proscrits de la scène. Ils ne feront rien pour y être acceptés. C'est elle qui devra se serrer entre leurs bornes étroites.
Le théâtre de Richard Maxwell n'est pas hors ou au-delà de Broadway, mais un accident violent, soigneusement prémédité, au cœur même de Broadway. Il opère au croisement de banals faits du quotidien qui renvoient l'
entertainment à sa facticité endimanchée. Ses personnages n'en sont pas moins des produits dérivés du divertissement, vraisemblablement recalés aux épreuves de qualification, et rejetés par lui. Inaptes au recyclage, promis au rebut, ils entendent chanter quand même le terne de leur vie. S'ils sont mortels, c'est fortuitement. Même là, ils échappent à la recension. Ils ont raté les sentiers de la gloire, bifurqué avant les autoroutes de la communication et piétinent sur place, dans l'espoir d'une limousine qui les conduirait ailleurs, au son d'une guitare rock, là où se rassemblent et se ressemblent les créatures de l'empire américain. Ils sont imprésentables, mais pas irreprésentables, à condition de les soumettre à la sévère discipline scénique maxwellienne, résistance farouche à l'expression dominante qui les inscrit comme dominés, doublement.
Nombre de pièces de Richard Maxwell ont été créées à l'Ontological Theater de Richard Foreman dans l'East Village. Pas une pourtant qui ne s'inscrive au revers de l'hystérie foremanienne. Tandis que celle-ci aspire frénétiquement à une quatrième dimension, les personnages maxwelliens font tous leurs efforts pour se limiter à deux. Au théâtre expansif de Foreman, Maxwell oppose un théâtre rétractif. L'homme unidimensionnel n'est pas loin. Pour faire entrer ses personnages dans deux dimensions, il les met à la cure. Ils doivent perdre cet embonpoint naturel au théâtre psychologique, cette épaisseur humaine dégoulinante de sentiments, assortie de la retape habillée du « bien joué ». Leur réserve apparente, qualifiée d'
« inexpressive » par la critique américaine, est aspiration à ne pas dépasser. S'ils s'alignent volontiers, c'est moins pour parodier la
chorus line que pour rester dans le rang. L'exercice de la hauteur et de la largeur est suffisant pour montrer leur appartenance aux marges du pays de la liberté.
Richard Maxwell peint par à-plats. Tout empâtement, tout effet de chair n'ouvrirait que des perspectives trompeuses. Un souffle de désir, impalpable, ne cesse pourtant de tourbillonner sur scène. Les corps désérotisés se tordent sous la contrainte d'un sévère maintien. La tentation d'un simple baiser (
House) les transforme en véritables planches en équilibre l'une contre l'autre. Tout effet de voix ouvrirait les vannes du sentiment. Autant dire les flots d'un magma coloré qui ferait disparaître ce qu'ils sont. Leur vérité. Le parler aussi se pratique plat – non sans résistance. Dans l'enchaînement complexe sujet-verbe-complément, ses personnages s'enlisent souvent au niveau du sujet. Le doigt sur la détente – ils sont toujours sur la défensive, en survivants d'une espèce tolérée –, ils balancent leurs petites phrases comme des salves de mitraillettes, sans trop se préoccuper de ce qu'ils arrosent. Ils sont verbalement faibles, comme ils sont économiquement faibles. Leur vocabulaire est bas de gamme, extrait des linéaires inférieurs d'un dictionnaire fortement décompté.
Jean-Louis Perrier
> Au festival d'automne 2006
Good Samaritans, au Centre Pompidou, du 11 au 14 octobre, et au Théâtre Garonne à Toulouse, du 17 au 21 octobre.
Showcase, dans un hôtel du quartier des Halles, du 11 au 14 octobre, et au Perfect Performance Festival, à Stockholm, les 22 et 23 octobre.
> Tournée
The End of Reality (créé en janvier à New York), sera au festival Steirischer herbst, à Graz, en Autriche, du 28 au 30 septembre ; au Perfect Performance festival, à Stockholm, les 20 et 21 octobre, et au Barbican Centre, à Londres, du 8 au 18 novembre.
> Création
La nouvelle création de Richard Maxwell,
The Frame, est à découvrir au Theater de Bonn, en Allemagne, du 24 novembre au 6 décembre.
> Contact
www.nycplayers.org
Date de publication : 25/09/2006
Mots-clés : théâtre, New York, mise en scène, quotidien, situation
Inséré le : 13/12/2006 00:00
Thèmes : théâtre, théâtre-texte,