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Une dialectique entre art et paysage

La première Biennale des Canaries

Chapeau : La première biennale d'architecture, d'art et du paysage des Canaries tente de renouer un dialogue esthétique, artistique et social avec les gens de l'île et ses visiteurs. Près de 70 artistes venus d'Afrique, d'Europe et d'Amérique investissent l'archipel, territoire du tout est possible.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : compte-rendu (Mots-clés : )

Genre Ressource : compte rendu

Apparence :

Rubrique : Espace critique

Texte : Le paysage comme concept humain. C'est le choix émis par le commissaire Antonio Zaya et Rosina Gomez-Baeza, directrice de la première Biennale d'architecture, d'art et du paysage des Canaries. Audacieux projet qui n'a demandé que 6 mois d'effort de part et d'autre des acteurs locaux, culturels et politiques. Enjeu politique de la Biennale ou hasard du calendrier, en mai prochain auront lieu les élections du prochain gouvernement canarien. Insularité aussi d'une région face aux populations migrantes de l'Afrique subsaharienne, dont l'actualité est indiscutablement liée aux « pateros » qui rêvent cet archipel comme un nouvel El Dorado. Volonté des acteurs locaux enfin d'offrir un regard sur l'île loin des clichés touristiques de carte postale, réfléchir à la conservation de son environnement naturel, afin de promouvoir l'intérêt des différentes collectivités et groupes sociaux et valoriser le paysage urbain et naturel. Dans un tel contexte, la Biennale peut s'affirmer comme instrument et vitrine de cette dynamique culturelle que réclament les étudiants mécontents à l'Université de la Laguna à Tenerife, sans atelier et véritable école des Beaux-Arts. Au cœur des territoires, d' espaces inattendus, le défi est de s'inscrire dans la vie locale et établir des relations durables avec les populations. Cette biennale naissante affirme l'importance des connexions possibles qui supposent le dépassement de l'espace, des frontières et envisage la culture du supportable contre la loi de la globalisation. Des artistes comme Kader Attia ou Maria Pappadimantriou ne tombent cependant pas facilement dans une œuvre frontalement politique. Ils questionnent les enjeux de la migration et du territoire face à la globalisation ou l'insularité est aussi un point de rencontre et un fragment territorial en mouvement. A Fuerteventura, l'installation Holly Land de Kader Attia, œuvre d'altérité, face à la mer, tournée vers l'autre, jeu des miroirs, est une référence directe au monolithe de Stanley Kubrick de l'Odyssée de l'espace, mais aussi à l'architecture ; fenêtre de trois religions : musulmane, catholique et juive. Dialectique minimale des miroirs qui évoque l'écologie, le paysage, le land art, sans oublier la dimension politique. Le paysage animique surgit là où le miroir se casse. Car casser le miroir, c'est aller au-delà de l'image qu'on a, une image fantasmée en permanence, image du moi, du nous, du sud vers le nord
Maria Papadimantriou choisit elle d'investir le « Castillo de San Gabriel » pour le transformer en hôtel Isola sur l'île de Lanzarote. Isolement récurrent des réfugiés, les « pateros », mais pour l'heure, l'artiste ouvre un lieu pour les migrants.
A Tenerife, la construction « Hoyra » de Younès Rahmoun est un langage ou le matériau sculptural acquiert ses qualités en étant lu, une expérience d'habitat dans un moment présent.
Dans la continuité de ces paysages animiques citons également la jeune artiste égyptienne Amal Kenawy. Sa vidéo The room instaure un jeu constant entre le comportement individuel et la pratique sociale, la couleur blanche dominante entraîne le spectateur dans une construction mentale et émotionnelle, comme protagoniste de l'œuvre. Empreint de poésie sans jamais s'éloigner d'une certaine forme de désespérance, ou l'espoir serait aussi permis.
Ces jardins d'expériences artistiques, à contre-courant des visées politiques des autorités locales, suggèrent des espaces où la culture et l'art ne se laissent pas assigner à une identité bloquée. Biennale balbutiante, mais avec la nécessité d'exprimer de manière urgente la culture...Responsabilité culturelle d'un territoire où s'invente et se joue le monde de demain, l'île est vécue comme un atelier expérimental. Une tentative de libre circulation de l'art comme libre circulation des hommes, car « aucun homme ne doit être illégal », rappelle Antonio Zaya.

Karine Claeren

1ère Biennale des Canaries, jusqu'au 20 février 2007
www.bienaldecanarias.org

Date de publication : 14/12/2006


Mots-clés : art, architecture, paysage, biennale
Inséré le : 13/12/2006 00:00
Thèmes : arts plastiques, architecture, art contemporain, arts visuels, exposition,