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Le burlesque lillois à la Nouvelle Orléans

Le Prato investit une ville laissée pour compte.

Chapeau : Le Prato, scène conventionnée lilloise, a exporté en janvier dernier son univers circassien à la Nouvelle Orléans : quinze jours ponctués d'ateliers pédagogiques, de présentations en espace public et de rencontre avec les artistes du cru, pour panser les blessures d'une ville encore à vif.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : présentation (Mots-clés : )

Genre Ressource : brève / notice

Apparence :

Rubrique : Espace critique

Julie BORDENAVE rédacteur

Texte : « Une expérience fabuleuse au pays de l'extravagance américaine. New-Orleans, ville grouillante, farfelue, typée, qui regarde beaucoup du côté de la France, profondément marquée par Katrina et qui veut panser ses blessures et ré accueillir les habitants, les touristes. Une générosité débordante et sincère, un sens de la fête dans tous les sens, une curiosité non dissimulée ; une ville cosmopolite peuplée de gens touchants » : ainsi Géraldine Elie, coordinatrice du projet « Circulons », consigne-t-elle ses souvenirs dans son journal de bord, à l'issue des quinze jours passés dans la ville américaine en compagnie du Prato. C'est à l'initiative du Consulat de France de Nouvelle Orléans que la structure lilloise a exporté son univers burlesque dans les contrées américaines. Les objectifs ? Retisser du lien social dans une ville laissée pour compte depuis les ravages de l'ouragan Katrina, investir un espace public en mettant en avant l'aspect tout terrain des propositions artistiques sélectionnées : « il nous fallait des spectacles susceptibles d'être joués dans la rue ou dans des espaces non aménagés, dans n'importe quel quartier », explique David Gadenne, administrateur du Prato.
Une expérience similaire menée en amont dans le département du Pas de Calais permet au Prato de mettre sur pied un projet adapté à ces nouvelles contraintes : un Cabaret Cirque protéiforme, composé d'artistes soutenus de longue date par le théâtre lillois - Anne de Buck et Milis Minier-Matsakis (porté acrobatique), Tanguy Simonneaux (anneaux), Emile Chaygneaud (danse et jonglage) -, emmené par l'emblématique Jacques Motte, comédien leader du Prato, reconverti pour l'occasion en Monsieur Loyal. « Nous voulions créer un vrai univers, totalement Prato, et non présenter une simple successions de numéros sans lien, explique Patricia Kapusta, secrétaire générale du théâtre. Il s'agissait également d'emmener de jeunes artistes vers de nouvelles expériences professionnalisantes, à l'intérieur d'un projet artistique mêlant les techniques, mais aussi la poésie ... »
En point d'orgue, les ateliers pédagogiques menés par les artistes dans les établissements scolaires de la ville - clown dans les écoles primaires francophones, acrobatie dans les universités – permettent d'initier des vocations, et de présenter une discipline qui a encore peu droit de cité dans les rues : « l'objectif était multiple, artistique mais aussi quasi humanitaire, analyse Géraldine Elie. L'idée était d'apporter une nouvelle dynamique, de redonner un peu de joie, d'apprendre le français autrement, mais aussi d'inviter le spectacle en extérieur. Si la culture du carnaval est ancrée dans la tradition de la Nouvelle Orléans depuis des années, il n'en est pas de même pour le cirque, même si des structures locales existent, comme le Kid Smart de Meret Ryhiner. Proposer un spectacle sur Frenchmen Street - une rue très populaire qui regorge de clubs de jazz, mais qui souffre d'une recrudescence de la criminalité sauvage - est un moyen de se réapproprier l'espace public. Voir des enfants massés dans les rues est un pari sur l'avenir... »

Une réappropriation qui permet aussi aux disciplines de se croiser, et de créer une certaine effervescence entre les artistes : « le deuxième jour, le Consulat organisait un événement important autour du jazz, on a donc mélangé les deux prestations : au lieu de passer une bande sonore sur leurs spectacles, les artistes se sont fait accompagner par les musiciens du coin. Ils se sont calés sur le rythme de la musique, puis c'est parti en improvisation ! Ensuite, on a fréquenté cette rue toute la semaine, on a visité le berceau du jazz, les artistes se sont fait inviter à droite à gauche, des liens se sont créés avec tout l'univers circassien et musical du quartier. Tout cela est maintenant en train de mijoter, pour peut-être se produire à nouveau l'an prochain. »

Julie Bordenave

www.leprato.fr


Date de publication : 19/02/2007


Mots-clés : New Orleans, arts de la rue, cirque
Inséré le : 19/02/2007 00:00
Thèmes : arts plastiques, arts de la rue, cirque de création,