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Public en jeu

La première édition de Off Limits

Chapeau : Entretien avec Clyde Chabot, qui offre avec Off Limits un nouvel espace à la création de recherche sur la scène parisienne.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : entretien (Mots-clés : )

Genre Ressource : entretien

Apparence :

Rubrique : Espace critique

Clyde CHABOT Organisateur
Mari-Mai CORBEL rédacteur

Texte : Pour sa première édition, Off Limits, organisée par Clyde Chabot, a pour thème « Public en jeu ». Cela découle aussi des propres recherches de Clyde Chabot dans la mise en scène ; cette dernière travaille en effet à une interactivité entre spectateurs et interprètes, c'est-à-dire à une écriture de spectacles qui comportent un volet improvisé, que les spectateurs prennent en charge. Elle a souhaité convoquer des artistes qui ont, aussi, l'habitude de remettre au centre la relation au spectateur : Michel Schweizer, Grand Magasin, Pascal Rambert et Gilles Groppo, Felix Ruckert. Elle leur a demandé de produire des propositions spécifiques. Mains d'œuvres, l'Espace 1789 à Saint-Ouen, la Ménagerie de Verre, Confluences et le Collectif 12 à Mantes-la-Jolie ont permis des résidences. Elle-même met en espace trois textes d'auteurs-metteurs en scène (Alain Béhar, Jean-Paul Quiénec, Frédéric Ferrer) qui évoquent les processus d'écriture et la fragilité du geste artistique.
Ces recherches cherchant à modifier l'implication habituelle du spectateur, pourraient présenter un risque de démagogie. On l'illusionnerait sur sa participation ou encore on le flatterait, en l'impliquant de manière superficielle dans un processus ce création, en prenant au pied de la lettre Joseph Beuys lorsqu'il déclarait : « Chaque homme est un artiste. » Cependant, l'importance cruciale d'un « public en jeu » est liée à l'un des drames de la modernité, ce bouleversement qu'introduisent les mutations économiques et industrielles, dans l'élaboration de l'identité. Le philosophe Bernard Stiegler a signalé ces inquiétantes évolutions dans De la misère symbolique. Il faut retenir une perte des outils de participation au monde, d'où une désorientation. « On est passé à une production machinique de notre identité », commente Clyde Chabot en se référant à Chaos de Félix Guatari.
Il y a encore une autre manière de peser l'intérêt de ces propositions et leur rapport brûlant avec le théâtre. Si la question de ce qu'est le théâtre pouvait se résoudre, il pourrait se définir comme le lieu où une limite départage deux espaces de présence : la scène où l'on fait, et l'espace d'où l'on la regarde. Lieu symbolique du concept de limite, de ce clivage, qui se décline entre soi et l'autre, le même et l'autre, le propre et l'impropre ou l'étranger... Ces questions sont actuelles, comme la rumeur générale qui dit qu'il n'y aurait plus de limite, l'exprime. Cette même rumeur qui réclame plus de police, ne comprend pas le sens de sa plainte, qui est cette perte intime du sens de la limite. C'est en quoi le théâtre, en la mettant à l'épreuve, nous transmet des outils pour savoir l'outrepasser, ou supporter d'être atteint...

Mari-Mai Corbel.

Entretien avec Clyde Chabot.

Comment êtres-vous passé de la position de metteur en scène, à celle d'un programmateur de festival ?
« Mon rapport à l'art vient de ma pratique de spectatrice. C'est cette découverte de ce que l'art pouvait m'apporter, en écho à ma vie, une façon de se dire qu'on n'est pas tout seul, face à la difficulté d'être au monde... qui m'a amené au plateau. Et dans mes mises en scène, je travaille à accueillir la présence des spectateurs, à ce qu'on appelle de manière schématique une “interactivité » et qui, pour moi, correspond à la recherche d'un partage de quelque chose... Peut-être aussi ai-je “fait le tour” des modalités de ce partage, si tant est que cela soit possible... Et désormais, je souhaite réunir des artistes autour de ces mêmes questionnements.
Cela dit, sans l'effort de Francis Parny (2) et du Conseil régional d'Ile-de-France, qui s'est mobilisé pour financer une structure d'aide à la permanence artistique, je n'aurais rien pu faire. C'est aussi dans ce cadre que j'ai coproduit et réalisé avec la revue Théâtre Public, son numéro 184, que j'ai intitulé “Les écritures extrêmement contemporaines” ; j'envisage aussi la mise en place d'un observatoire des créations expérimentales. En fait mon intérêt va aux circulations entre la pensée et la création. La rencontre du 31 mars, animée par Thomas Ferrand, qui est aussi un metteur en scène de formes nouvelles, va en ce sens. Ce ne sera pas une rencontre ordinaire ; elle aura des moments à la limite de la performance...

Qu'est-ce qui a déterminé tes choix : Grand Magasin, Michel Schweizer, Pascal Rambert et Gilles Groppo, Felix Ruckert pour Public en jeu ?
« Grand Magasin et Michel Schweizer sont plus dans une réflexion sur la passivité et l'activité, sur la liberté du regard, que des dispositifs particuliers peuvent rouvrir par rapport aux scènes ordinaires. Les situations de la conférence ou de l'échange commercial, qu'ils nous proposent, une fois associés à la démarche théâtrale peuvent être comprises autrement.
Felix Ruckert propose lui un corps à corps qui repose sur une intuition énergétique de l'autre, mais l'autre comme être-là, comme rythme... On reste dans un espace d'exploration, d'apprivoisement dont on est grandement en manque. Pour Gilles Groppo, qui propose des “temps réels”, ces entraînements qu'il pratique par ailleurs comme interprète des pièces de Pascal Rambert, cela ne passe pas forcément par le toucher... Ce sont des expériences qui renvoient le spectateur à une présence actrice qui donnent des sensations de condensation, d'ouverture, de réquisition de soi... »


1. La création actuelle connaît un renouveau que les institutions n'accueillent pas suffisamment et sous sa poussée, des artistes, malgré la pénurie, tentent de se donner une visibilité, comme d'organiser des circulations artistiques. Off Limits a en ce moment une petite sœur, dans l'initiative de Youness Anzane, Jérôme Pique et Jonah Bokaer, IL FAUT BRULER POUR BRILLER (du 13-19 avril), qui se présente comme un module de mobilité des artistes et de rencontres artistiques internationales de performances.
2. Francis Parny est vice-président (PCF) du Conseil Régional d'Ile-de-France, en charge de la Culture, des Nouvelles technologies de l'information et de la communication.


Les 23 et 24 mars 2007. Parcours à Saint-Ouen. Temps réel, un temps à partager, avec Gilles Groppo, Voyez-vous ce que je vois, conférence spectaculaire, Grand Magasin. Projection de Car Wash, de Pascal Rambert.
Les 30 et 31 mars. Avancé masqué, de Clyde Chabot. Projection vidéo des spectacles précédents. Débat : « Scène expérimentale, scène militante ? » avec Pascal Rambert, Michel Scwheizer, Frédéric Ferrer, Frédéric Hocquard, animée par Thomas Ferrand.

Tél. 01 49 45 16 65
www.inavouable.net



Date de publication : 20/03/2007


Mots-clés : interactivité, interdisciplinarité
Inséré le : 20/03/2007 00:00
Thèmes : théâtre, Festival interdisciplinaire,