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La guerre au corps, et le chant des oiseaux

Nine Finger, au Théâtre des Abbesses

Chapeau : Comment « rendre esthétiques des faits qui ne sont pas à esthétiser » ? Fumiyo Ikeda, Benjamin Verdonck et Alain Platel se retrouvent autour d'un texte d'Uzodinma Iweala qui regarde la perversité de la guerre à travers les yeux d'un enfant soldat

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : citation (Mots-clés : )

Apparence :

Rubrique : Espace critique

Fumiyo IKEDA danseuse
Alain Platel artiste
Benjamin VERDONCK comédien
Jean-Marc ADOLPHE rédacteur

du 24/04/2007 00:00 au 26/04/2007 00:00
Salle : Théâtre des Abbesses
Place des Abbesses
01 42 74 22 77
Paris 75018 France (Ile-de-France)

Paris 75015 France (Ile-de-France)



Texte : Fumiyo Ikeda, Alain Platel et Benjamin Verdonck ont scellé leur rencontre de travail autour de quelques documents, notamment Beasts No Nation, premier roman-coup de poing (encore inédit en français) d'Uzodinma Iweala (1), jeune écrivain américain originaire du Nigéria. Dans cet ouvrage, volontairement écrit dans un anglais rudimentaire, Iweala regarde la perversité de la guerre à travers les yeux d'un enfant soldat. Direct, inconfortable, bouleversant. Dans Nine Finger, ce sont ces mots-là, d'une enfance en guerre, qui brutalisent la chair du langage et tordent les figures de la danse.
On sait quelle magnifique danseuse est Fumiyo Ikeda, complice de toujours des créations d'Anne Teresa De Keersmaeker. Ici, danse t-elle ? Il suffit de dire qu'elle est en présence, tragique et enfantine, c'est-à-dire sans pathos. Benjamin Verdonck, lui, est encore inconnu des scènes françaises. En Belgique, il s'est fait remarquer par quelques performances beuysiennes (par exemple, à la veille de l'invasion imminente de l'Irak par les Etats-Unis, passer trois jours enfermé dans une porcherie, en compagnie d'un cochon, sous le titre I like america and america likes me) et autres actions insolites (entre autres, se loger dans un nid d'oiseau, au sommet d'une grue, en plein centre administratif de Bruxelles). On découvre un acteur prodigieusement transformiste, animal et démon, dont la prestation fait penser, en tout bien tout honneur, aux corps éructants d'Erna Omarsdottir ou de Wim Vandekeybus dans de fameux solos signés Jan Fabre. Mais c'est Alain Platel qui est ici aux manettes de cette rencontre épatante et lancinante qui compose avec trois fois rien (un matelas, un carton de déménagement, un micro) le paysage dévasté de l'outrage indicible que subit ici et là l'espèce humaine. Il s'agit, écrit Benjamin Vedonck dans une lettre à Alain Platel, de « rendre esthétiques des faits qui ne sont pas à esthétiser ».
Nine finger n'est pas un spectacle triste et désespérant, on y entend même tout du long le chant des oiseaux, parce que guerre ou massacres, les oiseaux s'en fichent un peu et continuent de chanter soir et matin pour la Terre qui, même meurtrie, survivra à toutes les atrocités que les hommes sont capables d'inventer.

Jean-Marc Adolphe
(extraits d'un texte destiné au Journal du Théâtre de la Ville)

1. Uzodinma Iweala, Beasts No Nation, HarperCollins, 2005

Nine Finger, de Fumiyo Ikeda, Alain Platel et Benjamin Verdonck, au Théâtre des Abbesses, du 24 au 26 avril. Le spectacle sera repris au Festival d'Avignon, du 24 au 27 juillet.


Date de publication : 17/04/2007


Inséré le : 17/04/2007 00:00
Thèmes : danse, théâtre,