Si la page ne s'affiche pas, cliquez ici !!!

Résonances multiples

Entretien avec Carole Rambaud

Chapeau : Directrice déléguée du Centre chorégraphique national du Havre Haute-Normandie, Carole Rambaud présente les grandes lignes de la seconde édition des Météores.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : entretien (Mots-clés : )

Genre Ressource : entretien

Apparence :

Rubrique : Espace critique

carole RAMBAUD direction
Hervé Robbe Directeur Artistique
Jean-Marc ADOLPHE journaliste

du 12/05/2007 00:00 au 27/05/2007 00:00
Le Havre 76600 France (Nord-Ouest)



Texte : Les centres chorégraphiques nationaux n'ont pas été initialement pensés comme lieux de diffusion. Qu'est-ce qui vous a conduit, au Havre, à créer les Météores ?
« Les centres chorégraphiques nationaux, lorsqu'Hervé Robbe a été nommé pour diriger celui du Havre, en 1999, étaient alors clairement liés à la figure de l'artiste et à sa présence. Mais s'affirmait aussi la nécessité que ces espaces se partagent. Le travail d'Hervé Robbe se construit dans une fabrication ample et lente, qui se sédimente, et qui a un moment donné rencontre la nécessité d'une confrontation publique. Dans une ville, tout commence par l'inscription de la présence artistique, et puis arrive un moment où cette inscription n'arrive plus à se suffire dans la modestie des espaces qui nous sont alloués. Il nous a alors semblé pertinent que l'art de la danse puisse être présenté dans une résonance multiple.
Les liens établis entre la danse et la vidéo, les nouvelles technologies, etc., caractérisent notre activité. Il y a eu, très rapidement, le désir d'être en familiarité avec des œuvres qui ont une certaine plasticité. Sans qu'il y ait de thématique particulière lors des Météores, il y a une diversité relative et à l'intérieur de celle-ci, cette question commune de l'avènement des corps, dans une écriture et une expérience constamment renouvelées, une résonance possible entre la façon dont des œuvres “prennent l'espace”, qu'il s'agisse, cette année, de la répétition hypnotique dans Umwelt de Maguy Marin, de l'irradiation du corps chez Maria Donata d'Urso, ou encore dans la tension dramatique que fait exister Vincent Dupont.

Les Météores vous permettent de déployer une inscription dans la ville et pas uniquement dans l'espace propre du centre chorégraphique ?
« C'est certain. Notre lieu est un espace de répétition sophistiqué, qui correspond aux exigences d'un plateau de théâtre, mais avec une configuration qui est celle d'un espace de travail et de fabrication. Inscrire une plus vaste résonance de cette fabrication nécessite par des passerelles. De ce point de vue, la connivence avec la scène nationale du Volcan est essentielle. Une identité esthétique artistique portée par le Centre chorégraphique trouve ainsi une place dans un espace de production et de diffusion qui en devient complice et partenaire.
En outre, notre inscription dans la ville se crée par des rapprochements possibles avec des espaces d'arts plastiques, et avec le Musée Malraux. Ces passerelles sont inhérentes à l'identité du parcours artistique d'Hervé Robbe, dans la juxtaposition de langages qui passent par les arts visuels et par la présence de l'image, créant une fabrication commune avec la danse. Cela fait plusieurs années que nous travaillons sur ces rapprochements-là. Il y a eu très rapidement plusieurs enjeux dans l'histoire de notre présence au Havre, cette conviction en la force du langage chorégraphique, en ce que le corps révèle, cette tentative d'élargir la résonance du corps en mouvement, hors du plateau, par des expériences filmiques, des installations. Nous avons toujours souhaité des confrontations d'images avec des plasticiens ou des vidéastes qui posent au centre de leur processus de travail la question de la présence du corps. Par exemple, en participant aux Semaines Européennes de l'Image (Apparemment léger), nous avions présenté La sauteuse de Sylvie Blocher et une installation de Kitsou Dubois sur l'apesanteur. Pour cette nouvelle édition des Météores, nous sommes en dialogue avec le Frac Haute-Normandie autour du travail de Maïder Fortuné. Notre volonté est de nous extraire de l'endroit où nous sommes. Et cette dilatation de notre espace d'origine prend appui sur des structures avec lesquelles nous partageons des connivences artistiques.

Cette « excroissance » de la danse va de pair avec une attention portée à la culture chorégraphique, par plusieurs projections et rencontres, notamment autour de Maguy Marin.
« Il y a avant tout une conviction dans la puissance de l'œuvre. C'est à partir de cet axe-là que ce désir de présentation s'est structuré, au-delà de ce qui pourrait être un simple accompagnement. A partir de cette conviction que l'œuvre se suffit, tout est possible pour créer d'autres correspondances. Tout cela est en corollaire avec un travail de fond, à l'échelle d'une ville. La visibilité ponctuelle des Météores s'architecture et se trame avec tout ce qui se fait durant l'année.

Pour autant, les Météores offrent une « tension » particulière ?
« Quand on est dans un temps concentré, on offre la possibilité d'une expérience qui se relativise, qui permet de moduler sa réception sensorielle, et qui favorise une fluctuation dans la sensation et dans l'évaluation de ce qui a été donné à voir et à recevoir. Entre la déposition d'apparitions, de signes, qui fonctionne dans la sédimentation qu'opère Maguy Marin dans Umwelt, l'unicité d'espace et de temps que propose Maria Donata d'Urso, et le focus qu'offre à voir la BaZooKa, comment un geste trouve son adéquation de sens et de forme, ouvre une aventure sensible dans des fabrications de natures distinctes mais qui pourraient avoir une circulation commune.
Entre la pièce de Johanne Saunier, qui part d'une matière initiale pour l'effacer et la remettre en scène dans une autre dramaturgie, et les duos d'Hervé Robbe, issues d'une pièce précédente, mais entièrement revisités et retravaillés, comment la réminiscence d'une matière antérieure crée un nouveau sens... Cette question du souvenir du geste est aussi valable pour D'après J.C., d'Herman Diephuis, qui a à voir avec notre mémoire, visuelle et sensible, de la peinture.
Tout cela se répond.

Lors des Météores, l'ODIA Normandie organise des « Journées professionnelles ». Qu'en attendez-vous ? On entend parfois dire que la danse perdrait son public parce qu'elle ne saurait plus se parler qu'à elle-même ?
« Tout le monde perçoit cette question de l'écart, cette sensation du non-compris, de la difficulté... Depuis quelques années, la danse verbalise la particularité de son langage, assume et formule cette expérience sensorielle. Il faut favoriser l'accession commune à ce langage et la possibilité de lui donner de l'appropriation. Sur la première édition des Météores, j'ai été extrêmement surprise de la disponibilité et de la curiosité des gens qui sont venus. Dans certains spectacles, il y a parfois des postures qui sont assez radicales, mais il y a une force esthétique qui a aussi une puissance, où l'incarnation du corps s'exerce dans la tension d'une forme qui dialogue avec le son, avec l'espace, avec l'architecture, avec la plasticité de l'espace du plateau. C'est ce qui peut créer l'adhésion, l'expérience d'une apparition singulière, la sensation que le temps spectaculaire est un temps suspendu, et dans tous les cas, laisser de l'espace pour du prolongement, de l'association... »

Propos recueillis par J-M. A


Date de publication : 03/05/2007


Mots-clés : présence, rencontre, champs artistiques, inscription en ville, pédagogie
Inséré le : 27/04/2007 00:00
Thèmes : danse, centres chorégraphiques, danse contemporaine, entretien,