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La sensation du possible
Entretien avec Hervé Robbe, directeur du Centre chorégraphique national du Havre et de Haute-Normandie
Chapeau : Depuis 1999, Hervé Robbe y a développé un travail où la présence de l'image est marquante. Mais à l'occasion des Météores, il présente une nouvelle création, simplement et sobrement intitulée
Là, on y danse.
Source : Les éditions du mouvement (
http://www.mouvement.net)
Genre : entretien (Mots-clés : )
Genre Ressource : entretien
Apparence :
Rubrique : Espace critique
Hervé Robbe directeur et chorégraphe
Jean-Marc ADOLPHE journaliste
du 18/05/2007 00:00 au 19/05/2007 00:00
Salle : Le Volcan
Place Gambetta
02 35 19 10 10
Le Havre 76600 France (Nord-Ouest)
Texte : Vous avez développé un travail qui a comme spécificité une hybridation entre la danse, la musique et l'image. Mais ta prochaine création, pour les Météores, s'intitule très directement : Là, on y danse. Faut-il y voir le désir de retrouver une certaine simplicité du plateau ?« Ces dernières années, j'ai souhaité interroger d'autres espaces. L'inscription dans un centre chorégraphique a suscité beaucoup de questions et de stimulations. En arrivant au Havre, en 1999, j'étais dans l'élan de
Factory, où il y avait cette question de la place du public, le souci d'amener un mode de perception différent... Assez naturellement s'est posée la question d'investir de nouveaux espaces, et l'image a été pour moi un nouvel espace. En quoi cela peut induire de nouveaux processus, une nouvelle vision du corps ? J'ai appréhendé ces nouveaux outils de façon très artisanale, car j'ai besoin de m'approprier la matière, la grammaire constituée par ces médias...
Toutefois, ce “temps-laboratoire” s'est aussi confronté à une réalité très forte. Je travaille au Havre, entre une station-service et un magasin d'électricité... Il y a une dimension sociologique, une réalité de paysage, une urbanité très particulière, avec une difficulté à créer dans cette ville des points de convergence et de rencontre. Cette réalité m'a obligé à me demander comment y faire vivre des enjeux de modernité, de rupture, d'évolution des formes, sans faire de compromis ; comment ne pas susciter un enfermement où un rapport arrogant lié au culte de la création.
Il m'a fallu appréhender une certaine liberté d'action, tout en étant aussi dans l'empathie d'une demande, parfois éloignée de l'art contemporain. Il faut créer de la médiation pour faire coexister un certain nombre de choses. On ne part de rien, et il faut constituer l'espace possible d'une rencontre, où l'on se présente soi d'abord, et pas une étiquette. À partir de là, tout est possible, dans un rapport qui se fait forcément dans la durée : redonner aux gens le goût de leur curiosité, ne pas rentabiliser leur expérience, etc. Un art n'est vivant que s'il a la capacité de se confronter, et non de se sécuriser de sa propre communauté.
La communauté de danse ne me dérange pas – c'est d'ailleurs tout le sujet du spectacle en ce moment, c'est notre affirmation de l'individualité et en même temps comment on arrive à inventer des possibles collectifs, de nouvelles utopies socio-collectives. Il me semble que parfois, un peu rapidement, on va chercher des références pour se sécuriser et valider une existence, et cela devient plus important que de confronter les discours esthétiques.
Pour parler de la pièce qui se présente
Là, on y danse, je réalise que la dimension de l'image a été très présente, avec des dispositifs qui proposent au public une autre façon d'appréhender les objets et de regarder la danse. Tout en disant cela, je constate que j'ai finalement toujours été très attaché à la dimension du mouvement.
Beaucoup de danseurs ont voulu travailler avec moi parce qu'apparemment je leur propose une matière, une façon de travailler le corps, qui les interpelle dans leur dimension d'interprète. J'ai finalement développé une matière corporelle, un vocabulaire de danse, une grammaire chorégraphique que je m'efforce de remettre en question et de renouveler au travers de nouveaux projets. Dans cette nouvelle création, au risque d'utiliser des processus qui peuvent sembler “archaïques”, j'ai préféré transmettre aux danseurs des matériaux qui se sont inventés de façon intuitive. Cette disponibilité, cette liberté, voire cette innocence à questionner ensemble, je ne la vis pas comme une dépossession, une désincarnation, mais comme un nouvel élan. Il y a aussi cette question de l'interpellation qui est nouvelle. J'ai toujours été plutôt enclin à gérer l'impact, par des modalités corporelles qui s'organisent par la fluidité, le contournement, l'adaptation, parce que c'est ma nature. Là, j'ai le désir d'interpeller parce qu'à mon sens, la nécessité du spectacle se fonde sur une confrontation, de la friction. Cette interpellation, j'imagine qu'elle s'adresse à celui qui regarde et à celui qui fait.
A partir d'une matière que vous donnez, les danseurs s'en saisissent, la modulent...« Et là, tout commence. Il y a quand même quelques éléments qui préexistent ; d'abord le choix d'utiliser un concerto pour violon de Stravinski. En fait, c'est une musique qui me poursuit depuis des années, qui a à voir avec mon histoire de danseur. Mais cette pièce qui me plaisait, je ne m'autorisais pas à l'utiliser jusqu'à présent. C'est une pièce en quatre mouvements. Le premier mouvement est rapide, dans la prolixité d'un élan très frénétique. Ensuite il y a deux mouvements, des arias extrêmement tristes et lyriques ; puis de nouveau un mouvement rapide, mais l'ensemble est quand même d'une grande nostalgie.
En choisissant cette musique – et c'est la première fois que je reviens à une partition, tout en travaillant avec des compositeurs contemporains, Romain Kronenberg pour
Là, on y danse et Andrea Cera pour
Wave 02 et
Vaguely light –, il me fallait remettre en question des modes de perception et de représentation de ce que “doit être” la musique de spectacle. J'ai tout de même demandé à un compositeur de remettre en chantier et en enjeu, l'écoute de cette musique avec des corps qui bougent au présent, en interrogeant cette dimension du nostalgique et du mélancolique. Évidemment, il y a une certaine gravité qui se dégage de cela, et je vois bien que la matière que je propose est dans le corps en conflit avec ce poids, cette gravité, cette distorsion, mais je pressens dans ce travail l'émergence d'un possible. Voilà, la question qui se pose à moi en ce moment : quelles peuvent être les formes qui suscitent cette sensation du possible ? »
Propos recueillis par Jean-Marc Adolphe
Là, on y danse, chorégraphie d'Hervé Robbe. Les 18 et 19 mai à 20 h 30, Grand Volcan, au Havre.
www.levolcan.com
Date de publication : 03/05/2007
Mots-clés : création, sensation, composition, image, concerto
Inséré le : 27/04/2007 00:00
Thèmes : danse, danse contemporaine, parcours de créations,