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Utopie déchue

Deux expositions de Nicolas Moulin à Paris

Chapeau : A la galerie Chez Valentin, Nicolas Moulin enclenche avec son exposition Lac Datch la marche d'un « postmodernisme au carré ». Une exposition résolument placée sous le signe d'une utopie déchue

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : chronique (Mots-clés : )

Genre Ressource : édito / chronique

Apparence :

Nicolas MOULIN artiste
Mathilde VILLENEUVE critique d'art

du 26/05/2007 00:00 au 30/06/2007 00:00
Salle : Galerie Chez Valentin
9 rue Saint-Gilles
01 48 87 42 55
Paris 75003 France (Ile-de-France)




Texte : Poursuivit d'abord par une bande de dealer de crack dans une station de RER, les murs recouverts de faïence colorée, Nicolas Moulin débarque bientôt au bord d'un lac, plongé dans une lumière laiteuse, auquel vient s'associer le mot « datch ». Cette image rêvée, l'artiste la retrouve, en vrai, au bord de la Mer Morte. Du flash onirique à la réalité qui vient le confirmer, l'exposition Lac Datch, à la galerie Chez Valentin, s'annonce comme l'hommage rendu à ces allers-retours entre réalités.
Dans le dernier numéro de Mouvement, l'artiste publiait déjà un photomontage d'un bâtiment en plein désert : en réalité, le Ryugyong Hotel, situé en plein cœur de la capitale de la Corée du Nord, Pyong Yang, et dont la construction a été interrompue en 1992. Transformé ici en maquette, le projet quitte la simple appréhension visuelle pour investir une réalité dans son plus simple appareil – une structure en béton armé transpercée de trous jamais comblés. Symbole par excellence d'une utopie déchue, l'hôtel inachevé devient une sorte de « poupée pat », en référence au livre Le Dieu venu du Centaure de Philippe K. Dick et ses personnages qui se projettent dans une maquette jusqu'à y vivre. Quant à l'échelle de reproduction (au 1/97e), elle achève de renverser l'utopie qui a fait naître ce temple-monument, désormais soumis à un processus de « réduction » qui relègue son gigantisme au rang de stèle funéraire. Seul le film projeté dans la salle adjacente semble capable de lui redonner vie. L'artiste a remplacé le plafond d'un bâtiment brutaliste, qu'il reproduit en 3D, par une grille que traversent de larges filets de lumières qui tour à tour révèlent l'espace et le font disparaître. Tandis que ces derniers découpent l'architecture du lieu, et que le noir et blanc le tire vers l'abstraction, c'est tout un inconscient collectif qui est convoqué autour de la nuit. Mais malgré ses airs de majesté, l'image procède d'un système de réalisation simple : deux séquences superposées l'une à l'autre dans des rythmes et des allures différentes qui se répètent. Le son, lui aussi, n'est que l'enregistrement d'un écho ralenti soixante-deux fois et qui diffuse comme le bruit sourd d'un système aération.
Détournant encore une fois la manière postmoderne d'envisager l'espace, en évitant toute approche pop ou vintage, Nicolas Moulin présente par ailleurs à l'Espace Louis Vuitton Sternstelr, une machine dark aux allures d'instrument d'astrophysique, les bras de la structure montée sur pied s'activant dans des mouvements aléatoires de balancier. En effet, revendiquant l'influence du constructivisme russe, l'artiste décrypte une tendance actuelle vers le « post-postmodernisme », soit un « postmodernisme au carré » qui s'annulerait à mesure qu'il s'amplifie. En d'autres termes, la promesse d'abolition du temps et de l'espace. De cette terrible perspective qui prédirait l'ère de la déchéance d'un monde devenu « enfer lyophilisé », l'artiste n'a de cesse de produire ses pièces considérés comme autant de « stupéfiants ». Suivant cette idée d'utopie déchue, il prépare actuellement Le Monstre de la caspienne, une film élaboré autour de l'Ekranoplane, avion militaire soviétique qui est le plus gros avion du monde. Il s'apprête également à réaliser son premier long métrage de science fiction, intitulé Azur Asia – dans lequel il met en scène un Occident ruiné par la montée des océans, dont les habitants sont contraints pour survivre de se réfugier autour de la Méditerranée en construisant un barrage à Gilbratar. Ou plus précisément, nous raconte l'artiste, l'aventure d'un insolite Ghazy Van Keering qui accompagne les cosmonautes à bord de leur vaisseau pour quitter la Terre à jamais...

Mathilde Villeneuve

Lac Datch, exposition de Nicolas Moulin à la galerie Chez Valentin, Paris, jusqu'au 30 juin.
href="http://www.galeriechezvalentin.com"target="_blank">www.galeriechezvalentin.com
L'artiste présente également Sternstelr, à l'Espace Louis Vuitton, Paris, jusqu'au 26 août.


Date de publication : 30/05/2007


Mots-clés : post-modernisme, utopie, déchu
Inséré le : 29/05/2007 00:00
Thèmes : arts plastiques, arts visuels, exposition, galerie,