Si la page ne s'affiche pas, cliquez ici !!!

Le conformisme a de l'avenir!

«Phaedra's Love»

Chapeau : Malheureusement mal relayé par la presse, Phaedra's Love de Sarah Kane n'en demeure pas moins un grand moment de théâtre. Aperçu des enjeux engagés par cette pièce et par la mise en scène de Renaud Cojo.

Source : Les éditions du mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : critique (Mots-clés : )

Genre Ressource : brève / notice

Apparence :

Jean-Marc ADOLPHE rédacteur
Renaud Cojo Metteur en scène
Sarah KANE auteur

Texte : Renaud Cojo met en scène, au Théâtre de la Bastille, Phaedra's Love, de Sarah Kane.
Voici un texte authentiquement contemporain, d'une auteure récemment découverte dont personne ne conteste l'acuité, mis en scène pour la première fois en France par un metteur en scène qui n'est pas au hit-parade des coteries parisiennes, mais qui s'est déjà signalé par de véritables créations dramaturgiques. Sans que cela forme les conditions d'un consensus béat (Phaedra's Love, de Sarah Kane, n'y est d'ailleurs guère propice), on pourrait s'attendre à ce qu'une partie de la critique et des «milieux professionnels» partage et relaie quelques-uns des enjeux ici engagés. Curieusement, c'est tout le contraire qui se passe.
Nous sommes pourtant quelques-uns (au Théâtre de la Bastille et en dehors) à considérer que ce Phaedra's Love est un grand moment de théâtre. Voyons donc quelques-uns des arguments avancés - publiquement ou non - par le clan des boudeurs professionnels.

1- La réputation de Sarah Kane est surfaite, le texte n'est pas très intéressant, etc.
S'il faut certes se méfier de certaines médiatisations hâtives, et ne pas nier que le suicide de Sarah Kane lui ait malheureusement assuré une certaine «notoriété»; on ne saurait pour autant oublier la «reconnaissance» que Sarah Kane a eu de son vivant (notamment de la part de «pairs» aussi incontestables qu'Edward Bond ou Harold Pinter). . . Par rapport à d'autres pays européens, la France a reconnu avec un temps de retard le talent de Sarah Kane. Faisons-en notre mea culpa, pour aussitôt affirmer, sans l'ombre d'un doute, que l'écriture de Sarah Kane n'est pas un effet de mode. C'est une écriture de théâtre contemporaine, la plus vive, la plus acérée, la plus précieuse qui soit.

2- Bon, Sarah Kane, d'accord, mais Phaedra's Love est la moins intéressante de ses pièces (variante du premier argument). Notons que ce jugement à l'emporte-pièce (c'est le cas de le dire) n'est étayé d'aucun commentaire précis qui viendrait en valider l'énoncé. Phaedra's Love est une pièce «commandée» à Sarah Kane par le Gate Theatre de Londres. Sarah Kane a pris cette commande très au sérieux. Son texte témoigne d'une connaissance profonde des ressorts de la tragédie comme du corpus «phaedrien». Qui s'en soucie vraiment ?

3- Sacrilège: la mise en scène de Renaud Cojo «ne se contente pas du texte» (Le Monde, 3 octobre) et tomberait dans une «surenchère technologique plaquée sur des paroles tranchantes» (Les Inrockuptibles, 3 au 9 octobre). «Renaud Cojo a préféré faire parler à tout prix son décor et traduire en langage cinématographique les scènes de foule - et il n'a ni les moyens d'Anthony Mann, ni la virtuosité de William Klein» (Le Monde, 3 octobre). Pis: l'utilisation de la vidéo dans le spectacle tiendrait du gadget.. Relevons tout de même que Sarah Kane indique elle même, dans sa pièce, la nécessaire présence de la télévision! Le traitement qu'en fait Renaud Cojo est une fine solution dramaturgique: voir notamment comment, dans la scène de la condamnation et du lynchage, la vidéo assume la place du choeur..

De quoi s'agit-il en vérité? Phaedra's Love ne raconte pas tant la violence et le sexe que la tragédie (forcément contemporaine) de la transgression de la Loi; une loi dressée par des pères qui ont depuis longtemps déserté et laissent une génération entière dans le désarroi. Qu'en est-il de l'amour (et de sa transmission) lorsque même la révolte n'a plus de sens? C'est en tout cas l'une des lectures possibles, parmi d'autres, d'une pièce qui regorge, dans sa concision-même, de questions décochées à brûle-pourpoint.
La distribution est quasi unanimement saluée (Claude Degliame, Thierry Frémont, Lucien Marchal, Marie Vialle, Jean-Claude Bonnifait). Comme si Renaud Cojo n'y était pour rien.
Mais la mise en scène de Renaud Cojo est aussi mise en espace, mise en son, mise en images, mise en corps; tous ingrédients d'une dramaturgie «contemporaine» qui ne nie pas le texte, bien au contraire, mais lui confère un «volume», une épaisseur et une densité remarquables.




Mots-clés : critique, polémique, tragédie, interprétation
Inséré le : 20/10/2000 00:00
Thèmes : théâtre,