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Le verbe meurtrier
"Médée", mis en scène par Nadia Vonderheyden
Nadia Vonderheyden a choisi la Médée de Sénèque, dans la traduction de Florence Dupont, parce que la langue de Sénèque est une langue de l’action. Les mots qu’il choisit convoquent une violence à la hauteur de celle que subit Médée, la répudiée, l’étrangère, la bannie.
Médée nous ressemble, elle semble venir de n’importe quel âtre, de n’importe quelle vie d’aujourd’hui. Rien ne la différencie de ceux qui la regardent, de ces voix retenues qui tiennent le plateau, ces multitudes de petites vies fragiles, faiblement éclairées. Juste une violence comme la vie fait en fait à ceux qui la traversent. Et elle n’est pas seule, dans cet espace qu’elle traverse comme une mer, à faire voir et entendre ce qu’elle a enduré. Tout le premier moment de la pièce est comme le récit de cette douleur commune, une traversée collective qui n’isole pas Médée comme une figure héroïque. Et puis tout se renverse, d’un coup. D’un coup on comprend que Médée n’est pas une simple femme ordinaire. Elle a tout abandonné, trahi, pour se faire abandonner, trahir, et cela ne peut être enduré, justement. Elle ne peut persévérer dans la vie qu’à la condition express de dire que ce n’est pas supportable. Et d’en payer le prix, fort. Une autre voix se lève, une voix qui ne vient d’aucun endroit, une voix que personne n’a jamais vraiment entendue, une voix de sirène, contre laquelle il vaut mieux se protéger, au risque de plonger avec elle dans sa folie meurtrière. Son verbe meurtrier, faut-il dire, un verbe qui s’emploie à dire ce qu’on ne peut humainement pas faire. Où l’on comprend que c’est parce qu’elle le dit que tout devient faisable. Dans la mise en scène de Nadia Vonderheyden (créée cette saison à la MC2 de Grenoble), il faut saluer l’incroyable transformation de Médée (Frédérique Duchêne) qui plonge peu à peu dans le puits, si loin que personne n’en est revenu pour nous dire. Et elle dit, sur le bord, au bord de l’eau, celle qui l’a sauvée et qui va maintenant la dévaster, elle dit sur le bord extrême ce qu’elle va faire, comment elle va quitter l’humanité en tuant ses enfants. Et le disant, elle l’a déjà fait…
Bruno Tackels
Médée, de Sénèque, mise en scène de Nadia Vonderheyden, au Printemps des Comédiens, à Montpellier, les 16 et 17 juin. Tél. 04 67 63 66 67 www.printempsdescomediens.com.
Bruno TACKELS,
Publié le 2006-06-06
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : brève
Thème(s) : théâtre,
Mot(s) Important(s) : tragédie, théâtre, traduction, Montpellier, violence, mise en scène,
Artiste(s) : Nadia VONDERHEYDEN (metteur en scène), Bruno TACKELS (rédacteur),
Passage(s) : Montpellier 34000 ,
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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