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Lisbonne a-t’elle besoin d’un festival ?
Alkantara, jusqu’au 18 juin
Après quatre ans d’absence, le festival Alkantara revient dans la capitale portugaise et offre un panorama de la création européenne.
Treize ans après la première édition de Danças na Cidade, alors en étroite relation avec la naissance de la « nouvelle danse portugaise », le festival Alkantara (“pont” en arabe) est de retour à Lisbonne avec une édition élargie qui mêle la danse, le théâtre, la performance et des installations. Jusqu’au 18 juin, Lisbonne récupère ainsi un festival d'arts performatives qui mobilise une grand part des lieux culturels, les noms émergents de la création portugaise, un budget de 700 000 euros et qui espère toucher (ambitieusement) 20 000 personnes. Mark Deputter, le directeur artistique du festival Alkantara et ex-programmateur du Centro Cultural de Belém, aime cependant à dire que la tenue du festival s’inscrit dans un travail continu, attentif au terrain et complémentaire de la production portugaise.
Alors que la fragilité des conditions de production réduit significativement la marge de risque, la manque de circulation augmente le sentiment de marginalisation, les transformations culturelles dans le domaine de la réception modifient la façon dont les spectacles outrepassent les frontières du préjugé. Quatre ans après sa dernière édition, le retour du festival Alkantara est le produit d’un réseau de contacts, synergies, complicités et hypothèses de relation, qui s’opposent à l’engouement médiatique mais éphémère qui peut entourer un festival. L'idée n’est plus de faire la somme de différentes disciplines artistiques, mais de valoriser une communauté artistique active et pensante, dont les perspectives ne sont pas seulement liées à des identités nationales, mais aussi avec la dimension politique du geste de création, l’internationalisation ou les transversalités.
Aujourd’hui, Mark Deputter s'intéresse à appliquer au théâtre ce que Danças na Cidade a auparavant révélé dans le champ de la danse contemporaine : Tiago Guedes, Sónia Baptista, Tânia Carvalho et Vitalina Sousa sont des exemples récents du rôle moteur que le festival a joué pour certains artistes issus de la danse, mais dans le théâtre les hypothèses sont plus fragiles. Des choix comme ceux du Teatro Praga (Discotheater), de Patrícia Portela (Trilogie Flatland), de Rogério Nuno Costa (Lado C) ou d’Ana Borralho & João Galante (No Body Never Mind 003), s'ils ne sont pas complètement représentatifs des milieux du théâtre et de la performance, font partie de cette communauté artistique qui a abandonné les carcans des classifications.
Dans ce qui est proposé par Alkantara, rien n’est nouveau, mais certaines démarches arrivent enfin au Portugal. Bruxelles #4, sera ainsi l’occasion pour le public portugais de découvrir le travail de Romeo Castelluci, jamais présenté ici. Le festival accueille encore Jérôme Bel (Isabel Torres et Pichet Klunchun & Myself), Jan Lauwers (La Chambre d’Isabella), Bruno Beltrão (H2 2005), Aydin Teker (Akabi), Alain Platel (vsprs) ou Forced Entertainment (The World in Pictures et Exquisite Pain).
Lisbonne avait-elle besoin d'un festival ? Certes oui puisque, aussi bizarre que cela puisse paraître, la capitale portugaise n’avait toujours pas de festival international où l’on puisse voir un panorama de ce qui se fait, se pense, se dit et se défend maintenant. Alkantara a les conditions, et les moyens pour répondre à ces attentes, même s’il peut donner l’impression d’un nuage qui voilerait la fragile réalité portugaise. Mais jusqu'au 18 juin, laissons de côté les pensés pessimistes….
Tiago Bartolomeu Costa
Festival Alkantara, à Lisbonne, jusqu’au 18 juin. www.alkantarafestival.pt.
Publié le 2006-06-06
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : brève
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Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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