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Dans le vertige du temps


"In the Wind of Time", création à Bruxelles



Dans le vertige du temps
Isabella Soupart est la compositrice virtuose d’une représentation du monde, dont les fulgurances i


On parle énormément de langues différentes dans la pièce In the Wind of Time d’Isabella Soupart. C’est dire comme, sous ce titre d’apparence anodine (« Dans l’air du temps ») – et sauf le cas d’un spectateur polyglotte –, il serait vain de tenter de s’attacher à l’intelligibilité linéaire d’une intrigue. L’entrée en matière en est pourtant vive, franche découpe dans la typologie d’époque : lunettes de soleil, énergie fébrile, gestuelle saccadée et phrasé vrombissant, une conférence de presse veut nous entretenir d’un projet de production de spectacle.
A partir de quoi, plus rien n’intéresse vraiment, de cette anecdote. Un insaisissable mouvement d’âmes et d’actes va orchestrer brillamment un jeu de glissements, disjonctions, dérapages, entre les cinq interprètes d’une comédie de la vanité moderne. Isabella Soupart est la brillantissime metteuse en scène d’un réseau subtil et dynamique de plans et séquences, puisant au matériau composite de strates à être, et de réserves de sens. Non conjonctif, ce maelstrom de la réalité sèche et émouvante, palpite d’évitements, fuites et fulgurances.
Le texte théâtral convoque ses dialogues, la vidéo projette ses espaces en expansion, la danse creuse la plasticité des états de présence. Guettée par les soubresauts de l’inconscient, frictionnée par les transitions virtuoses du montage, s’enivrant de transactions glissées entre intériorité et extériorité, la réalité qui se déploie dans l’évidence instantanée du plateau est constamment aspirée dans un vertige de déréalisation. Une atmosphère diaphane, tout à l’élégance d’une légèreté fulgurante, baigne ce monde saisi par le vertige du temps.
En prise directe sur les accents du réel, le langage ici déployé n’est pas celui, faussement rassurant, d’une narration assumée. A un deuxième niveau, et au comble de la sophistication, Isabella Soupart compose une perception éclatée du réel, ô combien plus juste, dont la subtile sonorisation de la voix des acteurs fournit le meilleur exemple, en suggérant le doute d’écoutes sourdes, le saisissement d’éclats magnifiques, ou la résonance d’échos troubles.
Ce très grand art a-t-il ses limites ? Celles-ci se révèleraient alors dans le traitement de certaines danses, que n’épargnent pas les stéréotypes du « mouvement du corps qui prend le relais de ce que les mots ne peuvent pas dire » : grandes courses circulaires, gestuelle typique urbaine, signalent alors ce que peuvent être, aussi, les limites techniques de certains acteurs en cette matière. A ces instants s’entraperçoit ce que le projet d’Isabella Soupart recèle parfois d’exercice : magnifique, intelligent, mais exercice aussi.
Cela n’empêche pas In the Wind of Time de communiquer la sensation prégnante, essentielle, d’une menaçante ruine du sens, au travail dans l’insaisi de la circulation relationnelle généralisée. A cet égard, en passant derrière l’écran du brillant révélé des structures, cette pièce paraît magistrale.

Gérard Mayen

In the Wind of Time<./b> était programmé au Théâtre des Tanneurs à Bruxelles en mai 2006, et sera repris par le Théâtre de la Bastille (Paris) dans le courant de la saison 2006-2007.


Gérard MAYEN,
Publié le 2006-06-21

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : compte-rendu
Thème(s) : spectacle vivant,
Mot(s) Important(s) : danse, danse contemporaine, spectacle vivant, perception, temps, Bruxelles,
Artiste(s) : Isabella SOUPART (metteur en scène), Gérard MAYEN (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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