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Le jeu de la matière
Deux créations de Josef Nadj
Josef Nadj met en œuvre une poétique où la mémoire et le rêve se matérialisent. Au Festival d’Avignon, dont il est artiste associé, le chorégraphe crée un spectacle inspiré par l’œuvre de Michaux, ainsi qu’un duo avec le peintre Miquel Barceló.
« J’écris pour me parcourir. Peindre, composer, écrire : me parcourir. Là est l’aventure d’être en vie. » Josef Nadj cite ces quelques mots de Henri Michaux (dans Passages) à l’orée de sa prochaine création pour la Cour d’honneur du Palais des Papes. Du solo Journal d’un inconnu, créé en 2002, on pouvait se demander : quel est donc cet inconnu qui vient ici hanter le solo d'un autre ? Cet « inconnu » n’est-il pas, tout simplement, celui de la création artistique, qui rôde à la lisière de la démence et de la mort. Si l'art est une fête (parfois tragique) et un artisanat (parfois sublime), Nadj est cet artisan qui sait métamorphoser en fête la plus sombre des nuits. Dans Journal d'un inconnu, il suffisait de quelques images rudimentaires (une ombre chinoise réalisée avec un peu d'eau et d'encre, un berceau qui devenait baignoire puis cercueil) pour dire que le geste de créer prend place dans le cycle infini de la vie et la mort. La création est un jeu (en japonais : Asobu, titre de la pièce qui ouvre le prochain Festival d’Avignon) et un duel dansé avec l’invisible, afin de « dire le silence qui déshabille les vivants pour vêtir les morts » (Peter Kral). En Avignon, après la Cour d’honneur du Palais des Papes, Nadj entamera dans l’écrin intime de l’Eglise des Célestins un Paso doble avec le peintre et sculpteur Miquel Barceló. Sol et mur incliné en argile, paysage de glaise dont la croûte va se craqueler, se déchirer et s’ouvrir sous les coups de boutoir de la geste humaine, avant de devenir scène et tableau mêlés, sculpture en temps réel de formes minérales, animales, archaïques, mythologiques, en incessante métamorphose. Endroit d’un combat physique avec la matière où, pour figurer sa présence au monde, l’homme de chair retourne et malaxe les surfaces, creuse son empreinte, se bat pour laisser une trace, fragile, peut-être éphémère, dans le vivant. Dans l’indéterminé. L’art se tient là, à l’endroit de cette lutte démente et enfantine, aussi, pour gagner un peu d’inexplicable beauté.
Jean-Marc Adolphe
(Extrait d’un article paru dans Mouvement n° 40, juillet-septembre 2006, actuellement en kiosque.)
A voir :
Asobu, chorégraphie de Josef Nadj, dans la Cour d’honneur du Palais des Papes, du 7 au 13 juillet à 22 h.
Paso Doble, de Josef Nadj et Miquel Barceló, à l’Eglise des Célestins, du 16 au 27 juillet à 18 h.
Exposition à la Maison Jean Vilar, du 4 au 27 juillet. Photographies, à l’Ecole d’Art, du 7 au 27 juillet. Les Miniatures, lieux et dates à préciser.
Expositions Miquel Barceló, à l’Eglise des Célestins, du 8 au 27 juillet (de 11 h à 16 h) et à la Collection Lambert, du 8 juillet au 1er octobre (de 11 h à 19 h).
Jean-Marc ADOLPHE,
Publié le 2006-07-11
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : brève
Thème(s) : peinture, sculpture, théâtre, danse contemporaine,
Mot(s) Important(s) : théâtre, danse contemporaine, mémoire, matière, rêve, Festival d'Avignon,
Artiste(s) : Josef NADJ (metteur en scène), Jean-Marc ADOLPHE (rédacteur), Miquel BARCELO (peintre), Henri MICHAUX (écrivain),
Passage(s) : Avignon 84000 ,
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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