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Les Doms par neuf


Une vitrine pour la création belge



A l’aune d’une diversité pour dire et jouer le monde, le Théâtre des Doms invite neuf troupes belges (dont une germanophone), organise débats et rencontres, dont l’une avec le rédacteur en chef de Mouvement, le 21 juillet.


Le Théâtre des Doms ne s’inscrit pas dans l’image habituelle qui colle à la peau du « off » : foire aux spectacles où des troupes de tous horizons seraient prêtes à tout pour jouer dans des lieux de fortune, dans l’espoir de capter l’attention d’un public badaud mais aussi d’éveiller l’intérêt de diffuseurs potentiels… S’il est difficile de se retrouver dans cette foison de textes, de mises en scène, de one-man (ou woman)-shows, où l’on peut tomber sur de véritables pépites, le Théâtre des Doms offre d’abord, dans un cadre adéquat, une vitrine à des artistes et compagnies de Belgique francophone (et même, cette année, à une troupe germanophone).
Philippe Gromber, directeur du Théâtre des Doms, revendique, à travers les neuf spectacles retenus cet été, le parti-pris d’une « diversité » dans la façon de dire et de jouer le monde : « Par des textes qui leur appartiennent et un fort engagement de jeu, ils nous livrent : un regard amusé sur leur identité, une rencontre souriante avec la mort, la mécanique de la banalisation du mal, l’utilisation de la « mauvaise foi », la folie créatrice face à la raison d’Etat, la tendresse et la cruauté des contes… Créateurs de renom au déjà riche parcours, d’autres en pleine reconnaissance ou même certains en émergence, ils portent tous en équipe ces propositions artistiques autour d’écritures d’aujourd’hui qui révèlent avec un humour décalé et une sensibilité souvent visuelle l’esprit de notre temps. »
Voici une brève présentation des spectacles qui constitueront « l’été des Doms » en Avignon :

A quelques pas d’elle, de et par Michèle Nguyen.
Née en Algérie d’un père vietnamien et d’une mère belge, Michèle Nguyen développe depuis 1996, de spectacle en spectacle, une gestuelle, une écriture et un univers très personnels basés sur le quotidien. A quelques pas d’elle est l’aboutissement d’un long processus d’écriture basé sur la musicalité de la parole. Il est aussi le fruit de deux voyages au Vietnam, tous deux colorés par une même quête d’identité. Identité qui se dévoile au fur et à mesure que les rencontres se tissent, que les secrets s’effeuillent: une sorte d’odyssée comprenant différents voyages, où réalité historique et affective se mêlent et se répondent. (Du 7 au 27 juillet à 11 h)

Les Croisés, par le Théâtre Agora
Agora, théâtre de la Communauté germanophone de Belgique offre là un spectacle en langue française, à la fois burlesque et féroce, qui dénonce l'absurdité de la guerre et de tous les intégrismes. Dans une ambiance de kermesse, la mère supérieure Zara, qui dirige l'hospice Sainte-Jeanne, et ses patients, tous mutilés de guerre, présentent une « revue » agrémentée de chants et de musique instrumentale qui met en scène les différentes thérapies appliquées aux grands blessés de guerre. Bientôt, ces « combattants de Dieu », manipulés comme des rats de laboratoire, seront guéris et prêts à partir pour de nouvelles croisades… (Du 7 au 27 juillet à 13 h 30)

La Grande Vacance, de et par Philippe Vauchel
Entre hypothèse et mystère, entre humour et poésie, entre insolence et délicatesse, Philippe Vauchel tente de remettre cette Grande Vacance au centre de nos vies pour peut-être, comme le disait un vacancier célèbre, « porter un peu mieux le chagrin des départs… » (Du 7 au 27 juillet à 16 h)

Un petit chat dans un grand sac, par la compagnie de l'Arbre rouge
Ce spectacle de contes et musiques pour les enfants à partir de 4 ans, propose de délicieuses mises en abîmes au royaume de l'absurde. (Du 7 au 27 juillet à 17 h)

Les Témoins, de Philippe Blasband
Dans une Belgique du futur, où le capitalisme s'est écroulé, la technologie et la médecine ont disparu, et où les difficultés de communication et de déplacement empêchent toute justice centralisée, des juges indépendants sillonnent le pays. Ils enquêtent, jugent, condamnent. L'un d'eux est appelé au village de Treigne, pour une affaire de barrière entre deux terrains. Au cours des auditions, entre conflits de propriété, bière bleue, viols et « tentatives de tuerie », son enquête va remuer des secrets enfouis depuis de longues années… (Du 7 au 23 juillet à 18 h)

Le Roi Lune, de Thierry Debroux
Louis XIV était le Roi Soleil. Le Roi Lune, sous la plume de Thierry Debroux, n’est autre que Louis II de Bavière. Le soir où il apprend la mort de Wagner, fou de douleur, il tente de faire revivre le compositeur en présence de son amant et d’un de ses Ministres. Mais surtout il imagine un jeu de rôle complexe – son propre procès – qui révèle avec sensibilité à la fois un discours sur le théâtre, sur la politique, sur le mensonge, sur la force de l’art. (Du 7 au 27 juillet à 20 h 30)

Les petites histoires très courtes, très tristes et très cruelles…, d’Isabelle Darras
Depuis sa création, la compagnie Pi 3,14 s’efforce de créer et de diffuser des formes théâtrales particulières. Construit autour d’un noyau d’acteurs, ce collectif se veut espace de liberté, permettant d’expérimenter des désirs et des projets qu’il ne serait pas toujours possible d’entreprendre ailleurs. Les petites histoires très courtes, très tristes et très cruelles… sont des tableaux cyniques de la vie quotidienne dont les personnages ne sont pas des héros, mais des marionnettes en carton et plexi, aux silhouettes proches du dessin animé. (Du 7 au 27 juillet à 22 h 15)

J’ai gravé le nom de ma grenouille dans ton foie, par la Clinic Orgasm Society
La Clinic Orgasm Society met le spectateur dans un rapport imprévu à la scène. Ce collectif bruxellois créé en 2000, enlève toute solennité, tout vernis qui « emballerait » le spectacle, qui lui donnerait des contours lisses, séduisants et plus digestes. Il aime ce qui dépasse, ce qui n’est pas net ou raffiné, ce qui est maladroit, bancal, ce qui provoque des failles dans lesquelles les évidences s’émiettent d’elles-mêmes, dans lesquelles notre « humanité » et notre « inhumanité » se retrouvent à égalité… La Clinic Orgasm Society aime l’imperfection : « Dans l’idéal, nous cherchons à poser sur scène un acte, pour que le spectateur crée lui-même sa représentation… » J’ai gravé le nom de ma grenouille dans ton foie se présente comme « une sorte d’expérience scientifique » : devant l'œil d'une caméra, un homme et une femme confrontent ce qu'ils croient être les fondements de leur masculinité/féminité. Ces jeunes comédiens (dé)construisent en direct un univers plutôt déjanté où se mêlent objets triturés, bouts de musique et de chant, mouvements énervés, caméra suiveuse, cris et chuchotements… (Du 7 au 27 juillet, à 22 h 45)

A propos de Butterfly , chorégraphie de José Besprosvany
Confrontant différentes formes scéniques, flirtant avec le cinéma, José Besprosvany n'hésite pas à digresser, sans nuire à la cohérence du célèbre opéra de Puccini qui rencontre ici, soutenu par la voix incomparable de Maria Callas, une danse épurée, sibylline. Comme un mariage de danse contemporaine et de manipulation de marionnette humaine (inspirée du bunraku japonais), renforcé par des projections teintées de l’esthétique contrastée des mangas… (Du 10 au 24 juillet, à 17 h 30, aux Hivernales, 4, Escaliers Sainte-Anne)

Le Théâtre des Doms présente d’autre part trois concerts (Vincent Delbushaye, Stéphanie Blanchoud, et l’Orchestre du Mouvement Perpétuel) au club de l’Association pour le Jazz et la Musique Improvisée, invite des auteurs le temps d’un « apéritif convivial » (de 11 h 30 à 12 h 30) et organise deux débats-tables rondes. Le premier abordera « l’Europe de la culture : les enjeux de la mise en réseau », à partir du projet Trans Danse mené de 2003 à 2006 (le 19 juillet à 11 h 30) ; le second portera sur les limites de la politique de démocratisation culturelle, à partir d’un ouvrage de Jean-Claude Wallach, La culture pour qui ?, récemment paru aux éditions de l’Attribut.
Enfin, Jean-Marc Adolphe, rédacteur en chef de Mouvement, sera présent pour une rencontre dans le jardin du Théâtre des Doms, le 21 juillet à 11 h 30 : « Au regard du festival d'Avignon (et de la « polémique » qui s'y est fait jour l'an passé), comment apprécier et commenter ces formes diverses, hybrides, parfois inclassables, qui ne se réfugient plus dans la case du théâtre, de la danse, du concert ou des arts visuels, mais qui cherchent de nouveaux « espaces à espaces » et qui mettent en jeu d'autres modes de perception des oeuvres ? »

Le Théâtre des Doms, 1 bis, rue des Escaliers Sainte-Anne, à Avignon. www.lesdoms.eu


Publié le 2006-07-11

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : brève
Thème(s) : spectacle vivant, festival, théâtre, Belgique,
Mot(s) Important(s) : théâtre des Doms, théâtre, Belgique, Festival d'Avignon,
Artiste(s) : Philippe GROMBER (directeur de structure),
Passage(s) : Avignon ,
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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