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Mo'Fo, toujours vert
Retour sur ce festival dédié au rock indépendant
Compte rendu des temps forts de Mo’Fo, festival cent pour cent indépendant dont l’édition 2006 vient de s’achever, faisant souffler sur Mains d’Œuvres, entre le 29 juin et le 1er juillet, un vent de fraîcheur estivale, en passant par le Québec.
A quoi reconnaît-on que c’est l’été à Mains d’Œuvres ? Les filles sont joliment moins vêtues ? C’est vrai, mais non. Les fûts de bières s’alignent comme des rangées de sentinelles au-dessus des consommateurs (com)pressés ? Exact, mais ce n’est pas encore ça. Serait-ce donc alors cette double affiche qui barre le mur derrière les scènes, avec écrit, dans un décor cinglant de B-D trash en noir et blanc, les deux syllabes Mo et Fo ? Gagné ! Mo’Fo, festival 100 % rock indépendant, a donc repris pour la cinquième année consécutive ses quartiers au sein du bastion de l’irrévérence culturelle lo-fi du nord parisien. Avec une affiche parmi les plus belles sans doute. De celles qui donnent envie de gigoter, la bave « houblonneuse » au bord des lèvres et la sueur dégoulinant sur son t-shirt mal échancré des Liars. Et de la sueur, autant dire qu’on y a eu droit, dans un complexe musical transformé pour l’occasion en sauna effervescent. Même la première soirée, qui s’annonçait pourtant comme une des plus posées avec son cortège de projets pop/folk expérimentaux (des espoirs français de Lapin Machin aux plus aguerris Silver Jews) s’avéra des plus chaudes. Et ce, en grande partie grâce à la performance revigorante de The Gossip, nouvelle coqueluche du label K records de Calvin Johnston, mélange détonnant de punk/garage façon riot grrl et de soul/rythm’n’blues libidineux. Emmené par la massive Beth Ditto, le groupe a plus que convaincu un parterre de fans et de furieux, ravis de se confronter au pouvoir désinhibant de cette musique autant militante (le groupe défend ouvertement la cause des gays et lesbiennes) que dépotante. Moins ultime, la performance des « anciens » Frank and Walters a néanmoins convaincu, et pas seulement car le groupe de Cork sait toujours affubler ses mélodies à la Smiths d’une décontraction avenante. Avec quelques nouveaux titres dans la musette, le trio irlandais a sûrement redonné leur sourire de vingt ans au bataillon de vieux fans présents. Dans la salle principale, Why ? a prêché son mélange iconoclaste de folk psyché et d’indie/hip-hop devant une assistance convaincue d’avance. Malgré son intensité, la performance n’a que partiellement rendu hommage à la classe de son album Elephant Eyelash, paru cette année sur Anticon. Qu’à cela ne tienne, Yoni Wolf est tout de même élu « plus belle moustache du festival ». On retiendra peut-être davantage le concert envoûtant de Cyann & Ben, chaînon manquant noisy/folk entre la noirceur narrative de Godspeed You! Black Emperor et la majesté mélodique d’un Robert Wyatt ou d’un Neil Young.
La deuxième soirée ouvrait grande ses portes à la nouvelle scène noise/rock canadienne. L’humour en bandoulière, Duchess Says éreintait les premiers rangs de son « Moog rock » volatile et désinvolte, capable de lier dans un même morceau les mélodies sinueuses de la new wave et le souffle rauque du grindcore. Avec leur look de beaufs glam, Les Georges Leningrad étaient eux aussi très attendus, mais leur show tombait trop souvent dans la caricature. Sortes d’Animal Collective nourris au PFK (« Poulet Frit du Kentucky » – la version québécoise du KFC), Les Georges Leningrad impressionnait sur quelques titres, en mettant au diapason la violence clairvoyante de DNA et une approche très « free-rock » de l’autodérision, mais la sensibilité burlesque de l’ensemble ne parvint pas toujours à sauver un exercice musical plutôt limite. Moins excentriques, mais tout aussi énergiques, les We Are Wolves ont aiguisé avec soin leurs griffes de prédateurs avant de s’attaquer aux Eurockéennes de Belfort. Leur post-punk analogique et salace, évoquant autant Devo et Suicide que Wire, a sans doute été le plus efficace de toute la colonie québécoise. Pour se reposer des coups de boutoir des cousins d’Amérique, il ne restait plus qu’à se tourner vers les prestations plus moelleuses de Berg Sans Nipple et d’A Certain Ratio. Avec leur post-rock en lévitation, mélange de boucles sensuelles, de samples aériens et de loops de batterie appuyées, les premiers ont su créer un climat envoûtant, sobrement répétitif mais musicalement riche. On attendait avec impatience le retour des seconds. Formé en 1977 à Manchester, A Certain Ratio a dès ses origines, et dans la lignée d’un certain Brian Eno à qui ils ont emprunté le titre de leur groupe, introduit des sonorités afro-world et funky dans leur tasse de thé cold wave. Un mélange toujours pertinent aujourd’hui, où leur étiquette avant-garde semble en mesure de trouver un nouveau public appartenant à une nouvelle génération plus fouineuse. A la fois rythmique et fluide, dansante et exploratoire, leur performance a permis de réécouter quelques vieux classiques comme Starlight ou Wild Party, des moments précieux de candeur pop/punk creusés dans un délicieux sillon de sophistication jazzy. Avec les performances du samedi soir d’Eugène Kelly et de Frances McKee, les anciens Vaselines, et celles du fondateur du festival, le chanteur Yaya Herman Düne, Mofo pouvait tirer avec fierté un trait sur cette édition 2006, un rendez-vous devenu désormais incontournable sur les agendas estivaux de l’éclectisme électrique francilien.
Laurent Catala
Laurent CATALA,
Publié le 2006-07-11
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : compte-rendu
Thème(s) : festival, musique, rock,
Mot(s) Important(s) : folk, indépendants, Rock, post-rock, musique électronique, musique, festival,
Artiste(s) : Laurent CATALA (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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