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L’étoilement des archives




L’Académie expérimentale des théâtres a cessé ses activités fin 2001, mais son fonds a été déposé à l’IMEC, près de Caen. Depuis, plusieurs centres de ressources, en France et dans le monde, en activent la mémoire.


Et si nous parlions de l’Académie expérimentale des théâtres ?.… Comment !? Cette non-institution, fondée et dirigée par Michelle Kokosowski avec la complicité de Georges Banu, n’a-t-elle pas baissé le rideau de ses bouillonnantes activités en décembre 2001 ? L’histoire, pourtant, ne s’arrête pas là. En douze ans de « traversées » de la scène contemporaine, de Tadeusz Kantor à Jan Fabre, de Jerzy Grotowski à Romeo Castellucci, d’Anatoli Vassiliev à Josef Nadj, sans omettre des questions phares comme celle des « penseurs de l’enseignement », tout un matériau de traces de travail, de textes et entretiens, de films et de documents rares, a été patiemment constitué. Ce précieux fonds d’archives, Michelle Kokosowski a décidé de le confier aux soins attentifs et experts de l’IMEC (Institut mémoires de l’édition contemporaine), désormais installé dans le cadre épatant de l’Abbaye d’Ardenne, près de Caen. La mémoire vive de l’Académie expérimentale des théâtres est venue y rejoindre de nombreux fonds consacrés au théâtre ou à la danse(1).
« L’IMEC a été créé par des chercheurs et des professionnels de l’édition, pas par des gens d’archives. Même si on a pu être qualifiés de pirates, l’IMEC a pu se développer différemment des autres institutions, confie son directeur littéraire, Albert Dichy. Nous gardons ainsi avec les déposants une relation contractuelle qui nous stimule. Et nous veillons à respecter l’esprit de chacun des fonds qui nous sont confiés. L’Académie expérimentale des théâtres a fonctionné en gardant une très grande richesse de contributeurs et de collaborateurs, mais aussi en développant une série de petits laboratoires. » Une telle dynamique reste à l’œuvre dans l’activation des archives de l’Académie. C’est au sein même de l’abbaye d’Ardenne que Sophie Lucet, maître de conférences en Etudes théâtrales à l’université de Caen, a ainsi décidé d’offrir un cadre de travail à ses étudiants.
Mais le plus original est sans doute dans la dissémination, en France et dans le monde, de ces archives. En Amérique latine, l’Alliance française de Buenos Aires et le Centre d’information André Maurois à Bogota sont ainsi dépositaires d’une partie de ce fonds documentaire. Michelle Kokosowski s’en remet à des « alliés » qui ont contribué par passion à l’Académie expérimentale des théâtres : l’universitaire Jorge Dubatti en Argentine, le metteur en scène Rolf Abderhalden en Colombie. En Israël, avec le concours de l’Ambassade de France, The School of Visual Theatre ; et en Italie, à Palerme, le Centre culturel français et le Centro Amazzone font pareillement office de centre de ressources : ne se contentant pas de stocker des archives, ils en font vivre le contenu à travers des actions spécifiques.
En France, l’Ecole supérieure d’art dramatique du Conservatoire national de Montpellier, que dirige Ariel Garcia Valdès, et La Parole errante à Montreuil, qu’animent Armand Gatti et Jean-Jacques Hocquard, ont été les premiers alliés-dépositaires. A Rennes, Stanislas Nordey devrait embarquer l’école du Théâtre National de Bretagne. Et à Marseille, en décembre dernier, Montevideo est entré dans la ronde. Ce lieu de création mis en chantier par Hubert Colas et Jean-Marc Montera a organisé deux journées d’un acte inaugural particulièrement fort où interven-tions et débats ont ponctué d’extraordinaires projections, tel le film de Laurent Champenois réalisé en 1990 à Avignon lors du processus de répétitions mené alors par Tadeusz Kantor. Peu après l’inauguration du dépôt d’archives de l’Académie expérimentale des théâtres à l’IMEC, en 2003, le poète Henri Meschonnic écrivait à Michelle Kokosowski : « Une aventure pareille ne peut pas finir : elle se transforme, comme nous, et la mémoire prolonge le sens de l’aventure, elle va seulement changer dans sa manière d’être présente au présent. […] Inaugurer l’archive, c’est inaugurer la multiplication, la dissémination de toutes nos voix. »

Jean-Marc Adolphe

1. Citons, pour ne mentionner que quelques-uns de ces fonds, ceux d’Arthur Adamov, Arrabal, Jean Audureau, Dominique Bagouet, Samuel Beckett, Roger Blin, Susan Buirge, Maria Casarès, Copi, Alain Cuny, Roland Dubillard, Didier-Georges Gabily, Kateb Yacine, Yannis Kokkos, Bernard-Marie Koltès, Antoine Vitez, ainsi que ceux de théoriciens et essayistes tels que Denis Bablet ou Bernard Dort, et ceux d’auteurs, comme Jean Genet, ayant écrit pour le théâtre. L’IMEC est ainsi devenu, en France, l’un des pôles principaux de ressources documentaires sur les arts de la scène. Ses capacités vont être décuplées par la restauration et la numérisation en tours de toutes les archives – y compris audio-visuelles – grâce, au sein de l’Abbaye d’Ardenne, d’un laboratoire intégré, le CERIS.


Jean-Marc ADOLPHE,
Publié le 2006-03-25

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : portrait
Thème(s) : institution, spectacle vivant, théâtre,
Mot(s) Important(s) : théâtre, spectacle vivant, institution, archivage, mémoire, patrimoine, conservation,
Artiste(s) : Michèle Kokosowski (directeur de structure), Georges BANU (directeur de structure), Jean-Marc ADOLPHE (rédacteur), Henri Meschonnic (poète),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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