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La Tentation de l'absolu
Au lendemain de la création de ses Illusions comiques au CDN d'Orléans, Olivier Py investit, pendant tout un mois, les espaces du Théâtre du Rond-Point, à Paris, pour une « Grande parade » qui s'annonce comme un monumental appel au jeu.
Biographie : En 1988, Olivier Py fonde la compagnie L'Inconvénient des boutures, à partir de laquelle naît son écriture théâtrale : Gaspacho, un chien mort (1990), Les Aventures de Paco Goliard (1992), La Jeune Fille, le diable et le moulin (1993). Viennent ensuite le cycle de La Servante (1995) et Le Visage d'Orphée, créé à Avignon en 1997. Nommé directeur du CDN d'Orléans en 1998, il réalise l'année suivante un montage historique en réponse à la guerre dans les Balkans (Requiem pour Srebrenica) et il continue à monter ses propres textes (L'Apocalypse joyeuse, L'Epître aux jeunes acteurs), avant de s'attaquer au Soulier de satin de Paul Claudel, en 2003. Il aégalement réalisé un film pour Arte (Les Yeux fermés), mis en scène cinq opéras, dont deux de Wagner. En 2005, lors du Festival d'Avignon, il a présenté sa dernière trilogie Les Vainqueurs. Toutes ses pièces sont publiées chez Actes Sud-Papiers – ainsi que son premier roman, Paradis de tristesse – et aux Solitaires intempestifs.
Olivier Py est un amoureux, c'est ce qui le sauve, y compris de ses outrances, y compris de son orthodoxie. Car il aime le théâtre, et son théâtre le lui rend bien, même s'il le paie d'un certain décalage avec l'air du temps. C'est qu'Olivier Py n'est pas vraiment un écrivain de son temps. L'exigence sans concession de son écriture, tout entière fondée dans la tradition théâtrale, lui donne un caractère incontestablement intempestif. Sa profession de foi repose sur ce vertigineux paradoxe : plus le poème est fidèle à la parole des origines, plus il parlera aux hommes de demain. Elle suppose que la parole est une force d'autant plus agissante qu'elle prend corps au théâtre. Et entre en conflit direct avec les certains tenants de l'esthétique actuelle qui, d'une manière ou d'une autre, prennent acte, en « modernes », du désenchantement et de l'éclatement du monde.
Le théâtre d'Olivier Py n'est pas moderne, si par là on entend les tentatives d'en finir avec le jugement du dieu de parole. Cela ne veut pas dire pour autant qu'il appelle de ses vœux le retour à l'identique des valeurs anciennes. D'où le nom qu'il (se) donne dans l'Epître aux jeunes acteurs : le personnage qu'il incarne n'est pas « la tragédie » qui imposerait ses idées, mais le poète qui joue en tragédie. Toute la différence tient dans cet appel au jeu qui éloigne radicalement le théâtre de Py de toute injonction religieuse. Mais à l'inverse, le théâtre d'Olivier Py est moderne si l'on y puise les nombreuses tentatives de libération des individus englués dans la morale qui bride les corps et entrave le désir des hommes. Il explore, dans nombre de ses figures, une quête hédoniste qui remet l'individu au centre de sa vie, dans la pureté de son présent, indéfiniment continué.
Cette quête implique un combat, l'immémorial agon théâtral où l'homme se trouve en conflit, avec lui-même, ses dieux et ses démons, sa zone sombre et sa part flamboyante. La force du théâtre d'Olivier Py tient aussi à ce courage politique qu'il a toujours su tenir, celui du poète comme celui du citoyen. Faire parler les pères dont l'utopie s'est effondrée, et qui ne savent plus comment transmettre à leurs fils. Ni quoi. A rebours de cet état ambiant, le théâtre est souci du passage des générations et appel à la mémoire renouée, à la transmission retrouvée comme par magie. Pour que soit rendue la Parole à la Parole. Et à ceux qui la portent et l'ont perdue.
Entretien /
Vous vous dessinez sous les traits du poète. Qu'est-ce que le poète ?
« Le poète est un homme – pour le définir par la négative – qui n'est ni un philosophe, ni un croyant. C'est celui qui arrive à affirmer la totalité de tous les destins possibles, celui pour qui la vie suffit. Ça veut dire qu'il n'y a pas de métaphysique pour le poète. Il est physique. Il n'a besoin d'aucun dieu, d'aucun après, d'aucune miséricorde. Pour le poète, être en vie est miséricordieux.
Quelle est la place de l'écriture, son moment ?
« L'écriture est très secondaire. L'écriture n'est presque rien. C'est juste la machine – qui marche mal – de cette chose-là, qui est le poème. Je me suis rendu compte, pour passer par l'autobiographie, que même si je n'avais pas fait la rencontre de la Joie, malgré tout je ne serais pas un désespéré – au sens philosophique. Pour être un philosophe, il faut être désespéré, sinon on n'est pas un philosophe, sinon on est un poète. Un philosophe, c'est un poète mort et un théologien mourant. Le poète est le seul qui sait vivre sur terre. Le philosophe sait mourir.
Y a-t-il adéquation entre l'écrire et le vivre ?
« Non ! C'est bien là que le théâtre intervient. Parce que l'écriture n'est pas suffisante à témoigner de la parole. Bien que la parole du poète passe par les mots, elle n'est pas dans les mots, elle est par la présence même. Pour parler de la Joie, au sens poétique, il a bien fallu que j'invente un jeu de miroirs et que je trouve un corps, qui est le corps de l'acteur. Nous sommes dans un temps post-culturel. On ne peut pas nier que la culture a été inventée, comme une idéologie. Où en sont les livres aujourd'hui, s'ils sont pris dans un réseau idéologique ? Si, quand on lit un livre, on lit un livre et qu'on ne rencontre pas un homme ? Le théâtre a été probablement ma manière de convoquer encore le poème. Quand un poète fait le choix du théâtre, ce qui est le cas de Claudel ou de Corneille, il y a toujours, déjà présente, une parole qui est en soi la parole. Pourquoi Claudel n'a-t-il pas rendu compte de sa pensée théologique, politique, esthétique, ontologique même, par une autre forme ? Pourquoi a-t-il choisi le poème dramatique ? C'est là, dans la rencontre de la théologie, que j'ai trouvé les clefs pour comprendre ce que je cherchais dans le théâtre. Quand je me suis penché vers les formulations théologiques, ce n'était pas pour chercher Dieu, mais pour chercher l'homme, pour mieux comprendre l'incarnation.
Bruno TACKELS, Jean-Louis PERRIER,
Publié le 2006-03-25
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : entretien
Thème(s) : politique, écriture, théâtre,
Mot(s) Important(s) : théâtre, écriture, politique,
Artiste(s) : Olivier PY (dramaturge), Bruno TACKELS (rédacteur), Jean-Louis PERRIER (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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