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Extension du domaine de la Bâtie


A Genève, jusqu'au 13 septembre



Même la gastronomie est au rendez-vous du festival de La Bâtie à Genève, le grand rendez-vous suisse des arts indisciplinaires.


« Il n'y a pas d'alternative ». Le slogan, évidemment mensonger, claque en couverture de l'édition 2006 du Festival de la Bâtie, à Genève. En 1977, lorsque le festival a vu le jour, La Bâtie représentait bel et bien l'alternative à des institutions culturelles passablement assoupies. Aujourd'hui, si c'est aller un peu vite en besogne d'affirmer que l'alternative est devenue la norme, force est de constater que le festival de la Bâtie est devenu un événement incontournable, le grand rendez-vous suisse (avec le Belluard) des arts indisciplinaires.
L'édition 2006, qui a débuté le 1er septembre, est marquée par quatre axes principaux : la Belgique, Zurich à Genève, l'Italie et la gastronomie.

Le formidable vivier créatif belge fait visiblement envie aux organisateurs de La Bâtie, qui se demandent « si la Suisse pourra un jour vivre le même élan artistique », et invitent la danseuse Johanne Saunier, avec le projet Erase-E(x) dans lequel elle soumet une phrase chorégraphique d'Anne Teresa De Keersmaeker à de successives transformations (8 au 10 septembre, salle des Eaux-Vives) ; Pascale Platel et les vifs dialogues qu'elle met en œuvre dans Scoliozee d'artrozee (7 et 8 septembre, Théâtre du Loup) ; le collectif théâtral tg STAN, dont l'esthétique de la déroute et du décalage fait à nouveau merveille dans L'avantage du doute (14 au 16 septembre au Forum Meyrin) ; les constructions spatiales et sonores du performer Kris Verdonck (12 au 14 septembre) ; et à l'Usine, des concerts de l'anversoise An Pierlé (8 septembre) ainsi que le punck-rock des groupes PN, Soon et Te Sedan Vault, représentés par le label Funtime (le 9 septembre).

Entre Genève la francophone et Zurich la germanique, les relations sont celles d'un « amour qui s'ignore ». Les échanges culturels entre les deux villes sont plutôt rares. Afin de réduire cet écart, La Bâtie organise un débat-rencontre (le 9 septembre) et convie plusieurs artistes de la scène zurichoise tels la chorégraphe-performeuse néo-zélandaise Simone Aughterlony (9 et 10 septembre au Forum Meyrin), la Compagnie Drift qui mélange, dans Même pas mal, éruptions déroutantes, clowneries acrobatiques et virtuosités absurdes (les 9 et 10 septembre à Château-Rouge) ou encore le groupe Gaststube qui transforme un bus urbain en plateforme chorégraphique et sonore le temps d'un « voyage métaphysique à travers Genève » (du 8 au 10 septembre).

Avec l'Italie, c'est une autre histoire... « L'Italie a eu la malchance d'avoir un gouvernement anti-culturel pendant ces dernières années » , écrivent les organisateurs de La Bâtie. « On a vu des apôtres de la liberté économique pratiquer un contrôle drastique de l'expression artistique. Ce genre de dérive menace aussi la Suisse. Il suffit de penser à l'affaire Hirschorn, qui a vu le Parlement helvétique punir l'ensemble des artistes suisses en coupant un million de francs au budget de Pro Helvetia, simplement parce qu'une œuvre ne plaisait pas à la gente politique. Vu leur expérience récente, les artistes italiens nous aident à penser cette situation ». Sur scène, après la metteuse en scène Emma Dante dans les premiers jours du festival, rendez-vous est pris avec la compagnie Motus dans Petits épisodes de fascisme quotidien, adaptation d'une pièce de Rainer Werner Fassbinder (les 9 et 11 septembre au théâtre de l'Usine), et la chorégraphe Rafaella Giordano (les 15 et 16 septembre à L'Usine).

Que vient alors faire la gastronomie ? « Beaucoup d'artistes » , paraît-il, « utilisent la nourriture pour exprimer des idées » . Mais ce thème sert aussi à former le rêve que « l'art et la culture soient pour chacun aussi indispensables que la nourriture ». A ce rayon, on pourra notamment suivre, autour d'une table éclairée de chandelles, les performers britanniques de Freckless Sleepers écrire puis manger les derniers mots laissés par des condamnés à mort, célèbres ou anonymes, avant de se voir servir le dernier repas conçu dans les prisons texanes avant le passage sur la chaise électrique (du 9 au 11 septembre, salle du Faubourg), ou encore les mets assortis de musique électroacoustique que le créateur sonore Pio Gonzalo offre en partage (du 11 au 14 septembre, au Théâtre Le Galpion).

En dehors de ces quatre thèmes fédérateurs, on peut encore recommander plusieurs spectacles : Qui suis-je, de la chorégraphe franco-algérienne Nacera Belaza (les 12 et 13 septembre, salle des Eaux-Vives) ; un « non-événement musical » conçu par les musiciens et comédiens lausannois de Velma (les 11 et 12 septembre, à la Comédie de Genève) ; Wet !, un texte d'Elfriede Jelinek mis en scène par Maya Bösch (du 8 au 11 septembre au Théâtre de l'Orangerie) et une création de la compagnie ZT Hollandia, qui mêle des textes de Pasolini à des déclaration d'un ancien patron de Shell International (les 11 et 12 septembre, à L'Alhambra).

Signalons enfin un parcours vidéo à travers « l'âge d'or de la performance », avec des images d'archives de travaux de Robert Filliou, Laurie Anderson, Nam June Paik, Roman Signer, Chris Burden, Jochen Gerz et Urs Lüthi, proposé par le Centre pour l'image contemporaine (du 12 au 14 septembre, au BAC) ; et une passionnante série de débats et de films sur le thème de la tragédie qui inaugure, du 13 au 16 septembre, la très prometteuse saison du Théâtre du Grütli, dont on aura l'occasion de reparler sous peu.

Festival de La Bâtie, jusqu'au 16 septembre, à Genève.
Tél. +41 22 738 19 19
www.batie.ch





Jean-Marc ADOLPHE,
Publié le 2006-09-07

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : brève
Thème(s) : gastronomie, Suisse, festival,
Mot(s) Important(s) : Suisse, festival, gastronomie,
Artiste(s) : Jean-Marc ADOLPHE (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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