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Canaliser les énergies
Implanté depuis 2002 à Bobigny, Canal 93 a pour mission de fédérer les populations locales autour de projets pluridisciplinaires. Mark Gore, son directeur, et Emmanuelle Segura, responsable des ateliers artistiques, expliquent comment le slam s'est immiscé dans les autres projets de création.
Quelle est la mission de Canal 93 ?
Mark Gore : « Canal 93 est un établissement public institué par la ville de Bobigny il y a quatre ans et demi, et qui jouit d'une personnalité morale, donc d'une indépendance artistique réelle. La ville a doté cet établissement d'un certain nombre d'outils : studios d'enregistrement, salle de spectacles, cyber-espace, etc., permettant de prendre en compte toute la chaîne de création musicale et artistique et d'avoir une politique ambitieuse au niveau de la diffusion. Notre but principal est d'assurer un travail de formation autour des disciplines musicales, instrumentales, et du slam. Mais aussi de proposer au moins une création par an en accueillant un artiste qui pourra travailler sur un concept avec des amateurs et des professionnels. Une fois ce projet réalisé, il est restitué dans un premier temps dans les locaux
puis a vocation à tourner. La période de gestation de Canal 93 a été longue car le projet initial
– créer un centre de convivialité pour les jeunes – s'en transformé pour aboutir à un véritable centre culturel, un performance space dans l'esprit de la Roundhouse, qui vient de réouvrir à Londres.
Comment le slam est-il arrivé à Canal 93 ?
Emmanuelle Segura : « C'est en accueillant D' de Kabal [du groupe Spoke Orkestra, Ndlr.] l'an dernier que nous avons décidé de proposer des ateliers slam hebdomadaires. Il y a eu ensuite l'émergence de la “93 Slam Caravane” en janvier. Il s'agissait alors de proposer, une fois par mois, une scène gratuite, ouverte à tous, sur cinq villes de la Seine-Saint-Denis. Les participants y viennent s'exprimer, mais aussi un public qu'on ne connaît pas et qui vient par intérêt pour le slam ou les artistes. Ce projet fonctionne aussi grâce aux fortes personnalités qui sont à sa tête : Grand Corps Malade à Saint-Denis, Félix Jousserand à Saint-Ouen, Houcine Ben à Aubervilliers, Gérard Mendy à Montreuil et D' de Kabal à Bobigny.
M. G. : « La Slam Caravane est portée par un atelier qui se déroule derrière des portes fermées. Là, s'effectue la jonction entre le matériau qu'est la langue et le fait de l'exprimer. Le constat qui est établi est le suivant : globalement, la parole s'appauvrit. Mais le fait d'avoir ici un atelier slam, dans une ville de banlieue qui connaît un certain nombre de problèmes sociaux tels que le chômage, permet d'ouvrir un espace où les gens peuvent se réapproprier cette parole et l'enrichir au contact d'artistes qui nourrissent un certain esprit social et politique.
Le slam y a-t-il rencontré d'autres disciplines ?
E. S. : En un an et demi, il y est devenu central, et les résidences ont quasiment toutes une composante vocale de ce type : celle de D' a ainsi permis une ouverture sur plusieurs projets mêlant la danse, le hardcore, le théâtre. Et le slam sera aussi présent dans le projet de création de Mohamed Rouabhi, Vive la France(1). A Bobigny, on vient souvent nous solliciter pour des ateliers d'écriture ; les professeurs, notamment, se remettent en position d'“apprenants” ; ils viennent nous voir en disant : “On a des élèves qui aiment le slam, on ne sait pas ce que c'est, y aurait-il moyen de travailler là dessus ?” Ce qui inverse les rôles, et est positif.
M. G. : « Le slam ouvre une voie libératrice. A l'occasion de sa résidence au Musée du Louvre sur le thème Etranger chez soi, l'écrivain Toni Morrison a demandé au Louvre de trouver une ouverture permettant de traiter des événements qui se sont déroulés en France en novembre dernier à travers des éléments culturels et artistiques. Notre réponse à cette demande a été d'organiser une soirée le 10 novembre avec 10 slameurs, suivi d'un open mix avec des jeunes venus de Bobigny pour interpréter des œuvres dans les salles des peintures françaises et italiennes de grand format. Et le 25 novembre, en présence de Toni Morrison, nous allons restituer ici, à Bobigny, les travaux de création de nos résidents sur la thématique Etranger chez soi, lors d'un concert qui s'ouvrira par une slam session. L'organisation de ces événements est pour nous une manière de participer au débat de préparation à l'élection présidentielle de 2007.
Propos recueillis par Julie Bordenave
1. A l'issue d'un mois de résidence à Canal 93, Mohamed Rouabhi présentera les 1er et 2 décembre le premier volet de Vive la France, un triptyque sur l'immigration où les événements de novembre 2005 seront mis en perspective avec l'histoire coloniale de la France.
Julie BORDENAVE,
Publié le 2006-09-25
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : entretien
Thème(s) : Slam, Projets artistiques,
Mot(s) Important(s) : slam, Bobigny, centre d'art, lieu, projet,
Artiste(s) : Julie BORDENAVE (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
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