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Une disparition, une présence


Le décès de Gisèle Donnard



Infatigable militante, Gisèle Donnard vient de disparaître. Bernard Rémy lui rend hommage.


Giselle Donnard vient de disparaître. Elle s'engagea tout au long de sa vie en décloisonnant, vie privée et vie publique, politique et art, culture et luttes sociales, histoire et actualité. Avec elle, parfois, la beauté et la politique se touchèrent. Ce ne fut pas un chemin de roses, il y eut des petits matins blêmes. Et pourtant, de lignes brisées en lignes brisées, de nouvelles continuités apparurent, au fur et à mesure de l'élan essentiel qu'elle généra, qu'elles générèrent durant trente ans : l'ouverture féminine dans la société.
De la guerre d'Algérie à la guerre en Bosnie, en passant par l'année 68, le PSU, la relance du féminisme, le MLAC, le groupe information armée, le CINEL (créé par Félix Guattari, fondateur de Laborde, maison pour l'activité des malades mentaux), la revue Multitudes, l'action de Giselle Donnard ne cessa de se différencier. Et à chaque fois en reposant la question féminine.
Et d'une manière exacte, au cours du dernier mouvement – comme on le dit pour une œuvre musicale – de son existence, Giselle Donnard participa en France à l'apparition d'une étrange figure féminine, celle des femmes en noir, qui, d'abord en Bosnie, puis actuellement en Israël, s'interposent entre les belligérants au nom de la dignité de la vie de tous les jours. Vivre sans honte, en beauté.
Professeur d'histoire, mère attentive, passionnée notamment par l'architecture baroque en Italie et l'art roman en France, Giselle Donnard ne connut pas la notoriété, demeura anonyme. Et c'est à ce titre, à hauteur de sa discrétion et de son souffle, qu'elle fait partie de l'histoire de France, de notre histoire, de notre présent.
Giselle Donnard a inventé de nouveaux rapports entre l'engagement politique, l'art et l'enseignement. Ainsi en Bosnie elle eut une action solidaire avec les peuples en proie à la violence et en même temps elle fit parvenir des livres dans cet endroit du monde ravagé par la guerre. En tant que mère, elle ressentait au plus profond d'elle-même que le savoir, c'est la vie. Sa pensée était un patchwork comme une robe d'été. En tant qu'enseignante, elle savait qu'il ne s'agit pas seulement de transmettre des connaissances, mais de rassembler rigoureusement autour d'un être, pour une période donnée, des éléments de civilisation.
Giselle Donnard a changé la vie, un peu nos vies, et la vie d'une multitude de personnes qui ne la connaissent pas présentement. Avec Giselle et ses camarades, la femme cessa d'être une identité pour devenir un événement incessant. Ce qui est nouveau, c'est la présence inattendue de la femme dans la société. En peu de temps, en 30 ans, un immense et varié déplacement eut lieu, celui des femmes, du foyer familial à l'espace public, à la vie active. Une nouvelle histoire est en cours. Une invitation à la féminité.

Le jour des obsèques, dans la chapelle du crématorium du Père Lachaise, trois femmes sans âge se disposent sur les étagements de l'autel face au cercueil.
Et
les voix des femmes modulant de grandes mélodies classiques,
se dirigent vers le pauvre corps
et la porte de la coupole grince, laissant un jour apparaître
et le vol invisible passe dans l'invisible
lumière, air, mercure.

Bernard Rémy

Bernard RÉMY,
Publié le 2007-01-11

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : portrait
Thème(s) : éducation culturelle, enseignement,
Mot(s) Important(s) : hommage, enseignement, art, féminisme, histoire, féminité, femme, engagement,
Artiste(s) : Gisèle DONNARD (professeur), Bernard RÉMY (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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