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Sarkozy pue de la gueule


Par Jean-Marc Adolphe



« Ensemble, tout devient possible. » Tel est le slogan sous lequel l'UMP a intronisé Sarkozy pour l'élection présidentielle. Mensonges et balivernes !


Il est marrant, le Sarkozy. Il n'y a pas si longtemps, il était le héraut de la droite tendance Kärcher. Depuis le week-end dernier et son intronisation en grandes pompes versaillaises (ce qui est plutôt curieux pour un bonapartiste) comme candidat unique de l'UMP à la course à l'Elysée, le hors-la-loi de Neuilly(1) se la joue « je suis de gauche tendance Jean Jaurès et Léon Blum ». Même Chirac, expert en la matière, a été incapable d'être girouette à ce point. Mais rien n'arrête le toupet de Sarkozy, surnommé par de Villepin et la garde rapprochée de Chirac « le petit Satan », si l'on en croit l'ouvrage que vient de lui consacrer Catherine Ney.
Aujourd'hui, Satan, même un peu nabot, est entouré de gardes du corps et surtout, très important, d'experts en communication. Lesdits experts, qui sont au four au moulin pour rouler l'opinion publique dans la farine, ont prévenu le candidat suprême : « Fais gaffe, mon petit Nicolas, si tu veux gagner la compèt', faut rassurer la populace. Calme tes nerfs, joue-la zen, et fais croire que tu as changé. » Obéissant, le Sarkozy a donc mis en scène sa mue : « Voyez comme je suis doux et gentil : maintenant, je suis de gauche. » Un homme capable de mentir aussi effrontément, par pur cynisme, est un homme qui pue de la gueule. CQFD. Et un Président de la République qui puerait de la gueule, ça ne le fait pas. Les Français le sentent, je crois. Ils ont trouvé collectivement une stratégie assez géniale : faire croire à l'intéressé, jusqu'au dernier moment, qu'il est populaire au point d'être chouchou. On sait depuis un certain temps déjà que les Français prennent un malin plaisir à manipuler les sondages. Là, ils font croire à Sarkozy qu'il est en tête de la Star Academy Elysée 2007. Et puis, au dernier moment, dans l'isoloir, ils lui enverront le message suivant : « Désolé, coco, en fait tu es le maillon faible. » Sarkozy n'aura plus qu'à pleurer sur l'épaule de Martin Bouygues, et en retraité précoce, commencera à écrire ses Mémoires. Ciao pantin !
En attendant, il a trouvé un slogan qui, lui aussi, pue de la gueule : « Ensemble, tout devient possible. » C'est subliminal. Sarkozy a oublié d'aller au bout de sa phrase. Il voulait dire : « Ensemble, tout devient possible pour moi. » Peu lui importe que dans le « ensemble » en question, ne comptent ni les sans domicile fixe, ni les sans papiers, ni les sans boulot, etc., etc. Mais là où le slogan tient de la baliverne, c'est dans le « tout devient possible ». Un responsable politique qui prétend que « TOUT » serait « POSSIBLE » est un irresponsable en puissance. Cet usage du « tout » désigne bien, au passage, le penchant totalitaire de Nicolas Sarkozy, qui se voit déjà investi des pleins pouvoirs. Les électeurs sauront le ramener à la raison.

A « gauche », notez bien, ce n'est guère plus brillant. Au Parti socialiste en tout cas. Ségolène Royal (dont on sait désormais qu'elle a un « défaut » pour compagnon), si elle est sans doute plus authentiquement républicaine que Sarkozy, ne sait guère davantage sur quel pied danser. Pour sa campagne, elle a enfourché un dada quelque peu tocard : la « démocratie participative ». Pour ma part, je n'ai jamais vraiment compris ce que recouvrait ce concept attrape-tout. Dans les années 1970 et jusqu'au début des années 1980, on parlait volontiers d'autogestion. C'est un mot qui avait de la gueule et qui ne puait pas trop. Aujourd'hui, comme les fabricants alimentaires arrivent à vendre des yaourts à la fraise sans un gramme de fraise, les petits génies du marketing politique inventent toutes sortes de concepts frelatés. A cet égard, la « démocratie participative » est un concept politique sans contenu. Que Ségolène Royal l'enfourche avec tant d'apparente conviction en dit long (hélas ?) sur le vide sidéral de son programme.

Au demeurant, cette « bipolarité » Sarko-Ségo (avec le cancer Le Pen en embuscade) a quelque chose d'assez désespérant. Décidément, pour sortir de la dépression engendrée par ce trouble bipolaire, il va falloir trouver autre chose. Le prochain Président de la République sera sans doute celui qui est capable d'adopter cette maxime chère à Henri IV : « Ce qui doit arriver ne peut manquer. » Patience. Sous peu, je vous en dis plus.

Jean-Marc Adolphe

1. Rappelons à toutes fins utiles qu'en tant que maire de Neuilly, Nicolas Sarkozy a toujours refusé d'appliquer la loi qui devrait obliger les communes à bâtir 20% de logements sociaux. Donc, Nicolas Sarkozy est de facto un hors-la-loi. Qu'un hors-la-loi puisse être, en France, ministre de l'Intérieur, voilà qui en dit long sur l'état de la démocratie !


Jean-Marc ADOLPHE,
Publié le 2007-01-24

Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)

Genre : édito
Thème(s) : politique, election,
Mot(s) Important(s) : politique, pouvoir, élection,
Artiste(s) : Jean-Marc ADOLPHE (rédacteur), Nicolas SARKOZY (ministre),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net

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