Si l'information ne s'affiche pas, cliquez ici !!!
Le goût des autres
La Cantine populaire, à La Rochelle.
Les différentes recettes réalisées par Elodie Carré et Pascal Sémur sont une invitation réciproque, montrant la complexité du mélange de nos identités culturelles et sociales.
Le travail de ces deux jeunes artistes Elodie Carré et Pascal Sémur, interroge le monde dans lequel nous vivons, une démarche à la croisée de l'art, de l'ethnographie et du social. Davantage une proposition contre le déterminisme de notre société de consommation, individualiste, en tous les cas un acte de micro changement.
Ils essaient d'éveiller, dans le quotidien, des actes qui pourraient produire des changements dans une hyperdétermination de nos gestes et comportements. Les pouvoirs de résistance de la création sont plutôt faibles dans notre société étant donné que nous devons aussi y être inclus si nous voulons exister. Politique et pouvoir savent bien que l'art est la zone dans laquelle ils peuvent distiller un peu de liberté et accepter même la critique et la controverse de ce coté là. Sachant dans le même temps que l'art est de toute façon cadré et balisé par eux-même. Elodie Carré et Pascal Sémur n'hésitent pas à jouer de tout cela !
Toujours dans une relation très « physique » du public, ou les plats s'échangent, les conversations fusent, les mains se touchent, la part d'expérience est le moyen et moteur de leur travail. Dans la fabrication de recette, le public reste partie prenante dans la réalisation, ou dans la manipulation d'objet ou d'expérience dans lequel il est participant.
« Inviter l'art dans le quotidien [...] ou l'idée de passation ou de transmission est incluse dans la réalisation des objets, et des interventions .» Leur seule revendication se définit dans un espace de micro-résistance et aussi de proposition utopique, ou chacun consomme son existence différemment.
La Cantine populaire est un processus en continu ponctué par des recherches, des questionnements sur ce ici et ce ailleurs de notre quotidien.
Ils se projettent également dans ces questionnements nord/sud en élaborant des plats et des recettes transculturels, rappelant si besoin est, que ce qui est endommagé dans nos représentations occidentales, c'est l'idée de coexistence avec l'autre.
En opposition à une pensée bipolaire ou axiale, ils préfèrent une recherche qui implique la notion de passage.
Ce clivage Nord-Sud se mêle, se démêle pour établir une traduction d'un langage commun. Il s'agit d'une requête d'un camouflage des frontières. C'est une invitation réciproque, montrant la complexité du mélange de nos identités culturelles et sociales où chacun est dans le vœu de cette cohésion au goût de l'autre afin de communiquer le sien, le tout dans un instant commun. Leur travail tente toujours d'élucider la façon dont l'interaction entre les corps, les personnages, structure notre entourage, une position qui se situe entre « art de vie et art de vivre, ou l'un nourrit l'autre ».
Ici, l'idée de la recette serait mise à profit dans la recherche d'un monde commun, nous inviterait également à expérimenter cette capacité à nous amener hors de nous, vers l'autre , une autre manière de dire que de l'autre peut surgir la singularité...
Elle sert aussi à réaliser une construction et une expérience communes. De l'autre peut surgir « l'indéterminé», sans attente particulière, et naît ce constat : « Nous avons des goûts qui peuvent être identique, mais pouvons-nous les communiquer dans un seul et même langage ? »
Cette transculturalité, soucieuse d'avenir, trouverait finalement son essence dans le don de soi, de l'autre, moteur intime de toute relation humaine. Don de soi, du temps, le sujet, etc...
Et de toutes valeurs en général non-économique, mais qui en sont les valeurs que le libéralisme essaie à tout prix de s'approprier. Dans une de leurs installations, ils ont réalisé un centre de non-activité avec des objets de situation de non-activité (les CNA : le tourne pouce, tourner en rond,...) qui interrogent la notion de la relation entre notre attitude et l'environnement socio professionnel et l'individualisme croissant. Et à travers l'expérimentation de ce SNA, se dessine l'idée que la non-activité serait plus rentable que la sur activité.
Travailler, voir et agir avec des faits de notre environnement, afin d'éveiller et de révéler un geste simple, « une poésie de l'ordinaire », une économie de gestes usuels. On n'est pas très loin de l'univers d'un Tati...
La cantine populaire
Espace art contemporain de La Rochelle
La cantine populaire de Elodie Carré et Pascal Sémur
Du 12 janvier au 10 février 2007
Karine CLAEREN,
Publié le 2007-01-23
Source Texte : Mouvement (http://www.mouvement.net)
Genre : présentation
Thème(s) : ethnographie, art contemporain, recette,
Mot(s) Important(s) : ethnographie, art contemporain, performance, quotidien,
Artiste(s) : Pascal SéMUR (artiste), Elodie CARRé (artiste), Karine CLAEREN (rédacteur),
Passage(s) :
Source Artishoc : Mouvement - http://www.mouvement.net
A voir :